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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2401450

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2401450

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2401450
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, M. C D doit être regardé comme demandant au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au recteur de l'académie de La Réunion d'assurer l'accompagnement effectif de leur fils B D par une auxiliaire de vie scolaire pour une durée hebdomadaire de 24 heures de son temps de scolarisation sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Il soutient que :

- il est porté atteinte de manière grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale constituée par le droit à l'éducation des enfants en situation de handicap dès lors que, privé de l'aide d'une AESH (accompagnante des élèves en situation de handicap) individuelle depuis le 25 avril 2024, leur fils ne peut bénéficier d'une scolarisation réelle, l'Etat étant tenu en la matière à une obligation de résultat sous peine d'engager sa responsabilité ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que leur fils est en situation de souffrance et en danger et le non-respect de cette obligation prive leur fils d'un égal accès à l'instruction.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2024, le recteur de l'académie de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 novembre 2024 à 14h00, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :

- le rapport de M. Monlaü,

- les observations de M. D et de Mme A pour le recteur de l'académie de La Réunion.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale, d'exercer sa citoyenneté () ". Aux termes de l'article L. 112-1 du même code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap () ". Aux termes de l'article L. 351-3 du même code : " Lorsque la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles constate que la scolarisation d'un enfant dans une classe de l'enseignement public ou d'un établissement mentionné à l'article L. 442-1 du présent code requiert une aide individuelle dont elle détermine la quotité horaire, cette aide peut notamment être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L. 917-1. () ".

3. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap, de toute possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de cet article, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En outre, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie tant au regard de l'âge de l'enfant que des diligences accomplies par l'autorité administrative.

4. Il résulte de l'instruction que la commission des droits et de l'autonomie des personnes en situation de handicap (CDAPH) de La Réunion a, par décision du 30 avril 2024, attribué au fils de M. C, âgé de huit ans, un droit cible consistant en une orientation en classe ULIS (unité localisée pour l'inclusion scolaire) dans un établissement scolaire valable du 25 avril 2024 au 31 juillet 2028. En l'espèce, il est constant que le jeune B a été orienté au sein d'une classe ULIS à l'école Paul Hermann à compter de la rentrée scolaire au sein duquel officie un AESH chargé des besoins collectifs, susceptible d'être appuyé par un AESH en renfort. Si M. D en sa qualité de représentant légal soutient que son fils doit bénéficier d'une aide individuelle personnalisée, il ressort de la notification du 30 avril 2024 et du projet personnalisé de scolarisation pour B D que ce droit pour une aide humaine individuelle jusqu'au 31 juillet 2028 à hauteur de 24h00 par semaine pour l'aide à l'accompagnement dans les actes de la vie quotidienne, les activités de la vie sociale et relationnelle et l'accès aux activités d'apprentissage scolaires, n'est qu'alternatif, ce qui signifie qu'il ne peut être activé que s'il n'a pas été possible de satisfaire le droit cible. En outre, s'il résulte des explications orales apportées par M. D à l'audience que sa demande résulte de remontées d'information des enseignants, la représentante du recteur de l'académie indique qu'aucun élément particulier de la situation de B ne lui aurait été signalé qui justifierait le recrutement d'un AESH et qu'il appartient au requérant de saisir la MDAPH du besoin spécifique de son enfant de bénéficier d'un AESH.

5. Dans ces circonstances, dès lors que le jeune B est scolarisé dans des conditions qui permettent la réalisation de son projet personnalisé de scolarisation, sa situation ne permet pas de caractériser une urgence particulière rendant nécessaire l'intervention, dans les quarante-huit heures, d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Par suite, les conclusions de la requête de M. D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, la présente ordonnance ne faisant pas obstacle à une nouvelle saisine du juge des référés, en cas d'élément nouveau concernant la situation du jeune B.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de La Réunion.

Fait à Saint-Denis, le 12 novembre 2024.

Le juge des référés,

X.MONLAÜ

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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