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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2401461

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2401461

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2401461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 et 28 novembre 2024 sous le n° 2401461, Mme C A, représentée par Me Wandrey, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision du préfet de La Réunion rejetant implicitement sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Wandrey au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le refus de titre la maintient dans une situation précaire alors qu'elle mène sa vie familiale à La Réunion, où elle est arrivée régulièrement sous couvert d'un visa de long séjour, avec son compagnon et l'enfant du couple, l'un et l'autre de nationalité française ;

- alors que sa demande de titre " parent d'enfant français " a été présentée de manière complète et dans les formes requises le 30 novembre 2023, elle se heurte à un refus implicite dépourvu de motivation, entaché d'un défaut d'examen de sa situation et qui méconnait tant les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du CESEDA que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- la récente réponse de la préfecture par mail du 13 novembre 2024, l'invitant à se présenter au guichet pour présenter un nouveau dossier, n'est pas de nature à rendre sans objet ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2024, le préfet de La Réunion, conclut au rejet de la requête ou an non-lieu à statuer.

Le préfet soutient que :

- la demande présentée par Mme A le 30 novembre 2023 a été clôturée ;

- il appartient à l'intéressée de se présenter au guichet pour présenter un nouveau dossier complet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête n° 2401462 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision susmentionnée.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CFSEDA) ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 novembre 2024 :

- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;

- les observations de Me Wandrey, avocat de la requérante, qui confirme ses conclusions et moyens et insiste sur le fait que le refus implicite consécutif à la demande du 30 novembre 2023, présentée de manière complète par téléservice conformément aux exigences formelles inhérentes à la nature du titre en cause, demeure d'actualité, sans que puisse être exigé le dépôt d'un nouveau dossier au guichet, cette récente exigence de la préfecture étant en l'espèce dépourvue de justification légale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Compte tenu de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Mme A, ressortissante mauricienne née le 28 juin 1989, mère d'un enfant français né à Saint-Pierre le 18 mars 2023, est revenue à La Réunion le 18 octobre 2023 sous couvert d'un visa de long séjour délivré par l'autorité consulaire française à Maurice. Le 30 novembre 2023, elle a déposé, via le téléservice de l'ANEF, une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " en sa qualité de parent français. S'étant heurtée depuis cette époque au silence de l'administration, elle a saisi le tribunal, le 7 novembre 2024, d'une requête à fin d'annulation dirigée contre le refus implicite de sa demande de titre ainsi qui, par la présente requête n° 2401461, d'une demande de suspension assortie de conclusions à fin d'injonction.

4. Contrairement à ce que soutient le préfet de La Réunion dans le cadre de son mémoire en défense déposé à l'ouverture de l'audience, la circonstance que Mme A ait été informée par un mail du 13 novembre 2024 de la possibilité qui lui était offerte de déposer au guichet un nouveau dossier de demande de titre de séjour n'est pas de nature à rendre sans objet les requêtes à fin d'annulation et de suspension dirigées contre le refus implicite de la demande de titre de séjour du 30 novembre 2023, dès lors que, d'une part, l'intéressée justifie du caractère complet de cette demande de titre, déposée par téléservice conformément à la réglementation en vigueur, et que, d'autre part, l'administration n'apporte aucune explication crédible sur le bien-fondé de l'acte de clôture pris à l'égard de cette demande.

5. Au titre de l'urgence, Mme A invoque notamment l'intensité de ses liens personnels et familiaux à La Réunion, où son retour a été autorisé par l'autorité consulaire en vue d'une installation en tant que parent d'enfant français, et où elle mène de manière effective sa vie familiale avec M. B, ressortissant français, et l'enfant du couple, également de nationalité française. Dans ces conditions, la requérante peut être regardée comme faisant état de circonstances particulières de nature à justifier une intervention du juge du référé-suspension avant que le tribunal ne statue sur la requête au fond. La condition d'urgence est remplie.

6. Il est constant que, comme cela a été dit au point 4, la demande de titre de séjour " parent d'enfant français ", a été présentée de manière complète et selon les formes requises, à savoir au moyen du téléservice correspondant à la nature du titre concerné. En outre, la requérante apporte des éléments probants dans le sens de l'effectivité du soutien apporté à l'enfant par elle-même et par le père de l'enfant. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des article L. 423-7 et L. 423-8 du CESEDA, ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de refus de titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de la décision du préfet de La Réunion refusant implicitement de lui délivrer le titre de séjour sollicité le 30 novembre 2023.

8. La suspension de la décision litigieuse implique qu'il soit enjoint à l'administration de réexaminer la situation de Mme A, une autorisation provisoire de séjour devant lui être délivrée dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi de 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Wandrey, avocat de Mme A, sous réserve de renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du préfet de La Réunion refusant implicitement de délivrer un titre de séjour à Mme A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de La Réunion de délivrer, dans un délai de dix jours, une autorisation provisoire de séjour à Mme A.

Article 4 : L'Etat versera à Me Wandrey, avocat de Mme A, la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1990 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnnelle.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au préfet de La Réunion.

Fait à Saint-Denis, le 4 décembre 2024.

Le juge des référés,

M.-A. AEBISCHER

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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