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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2500892

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2500892

mardi 17 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2500892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de La Réunion, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu la décision implicite de rejet du préfet de La Réunion concernant la demande de titre de séjour de Mme A. Le juge a retenu l'urgence, caractérisée par la situation précaire de la requérante, mère isolée de quatre enfants français, et un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 423-10 du CESEDA et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2025 sous le n° 2500892, Mme C A, représentée par Me Ali, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision du préfet de La Réunion rejetant implicitement sa demande de titre de séjour présentée le 6 mars 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que, dans l'attente du renouvellement de son titre, notamment par l'octroi d'une carte de résident, elle demeure dans une situation précaire en dépit des attestations de prolongation d'instruction qui lui sont délivrées pour trois mois, ne pouvant concrètement accéder à un travail alors qu'elle doit assumer seule la charge de ses quatre enfants, de nationalité française, depuis la séparation conjugale motivée par les violences de son époux ;

- la décision litigieuse est dépourvue de motivation et n'a pas été précédée d'une saisine de la commission du titre de séjour ;

- les conditions sont remplies, au regard de l'article L. 423-10, pour l'obtention d'une carte de résident, suite aux cartes de séjour annuelles et pluriannuelles qui lui ont été accordées à Mayotte puis à La Réunion ;

- le refus méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et celles de l'article 3-1 de la convention de New-York.

La procédure a été communiquée au préfet de La Réunion qui n'a pas défendu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête enregistrée le 28 mai 2025 sous le n° 2500884 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision susmentionnée.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CFSEDA) ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juin 2025 :

- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;

- les observations de Me Djafour, pour la requérante, qui confirme ses conclusions et moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Compte tenu de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Mme A, ressortissante comorienne née en 1991, qui a vécu à Mayotte depuis l'enfance et y a été scolarisée jusqu'à l'obtention d'un baccalauréat professionnel, qui a mené sa vie familiale avec un ressortissant français avec lequel elle a eu quatre enfants nés en 2015, 2016, 2018 et 2021, qui réside à La Réunion avec ceux-ci depuis 2021 et qui a disposé depuis 2015, à Mayotte puis à La Réunion, de titres de séjours successifs dont le dernier était une carte de séjour pluriannuelle valable du 20 mai 2022 au 19 mai 2024, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 6 mars 2024 en invoquant plus particulièrement son droit à bénéficier désormais d'une carte de résident en application de l'article L. 423-10 du CESEDA. Sa demande a été enregistrée, mais seules lui ont été délivrées des attestations de prolongation d'instruction ayant une validité limitée à trois mois, sans que l'administration ne soit expliquée sur les raisons de ce blocage, notamment à la suite de sa demande de communication des motifs du refus du 17 mars 2025. L'intéressée a saisi le tribunal, le 28 mai 2025, d'une requête à fin d'annulation dirigée contre le rejet implicite de sa demande de titre, suivie le 30 mai 2025 de la présente requête en référé-suspension.

4. Il est constant que la demande de titre a été présentée de manière complète et dans les formes requises en mars 2024, des attestations de prolongation d'instruction ayant d'ailleurs été délivrées à l'intéressé suite à l'enregistrement de la demande. Ainsi, le silence de l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. Les requêtes à fin d'annulation et de suspension apparaissent donc recevables, aucune fin de non-recevoir n'étant au demeurant opposée par le préfet.

5. Au titre de l'urgence, Mme A invoque l'ancienneté et l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France, et plus précisément à La Réunion en dernier lieu, ainsi que la précarité de sa situation dans l'attente du renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle ou de la délivrance d'une carte de résident, ses initiatives en vue de trouver un emploi demeurant vaines tant qu'elle est en possession d'une simple attestation valable pour trois mois alors qu'il lui incombe de subvenir aux besoins de ses quatre enfants, qu'elle élève seule depuis qu'elle a dû se séparer de son mari à la suite des violences conjugales qu'il lui a fait subir. Dans ce contexte, la requérante peut être regardée comme faisant état de circonstances particulières de nature à justifier une intervention du juge du référé-suspension avant que le tribunal ne statue sur la requête au fond. La condition d'urgence est remplie.

6. Mme A apporte des éléments probants, d'ailleurs non contestés par le préfet, dans le sens de l'ancienneté et de la particulière intensité de ses attaches sur le territoire français. Elle justifie également de la nécessité, dans l'intérêt de ses enfants, de voir sa situation administrative confortée par la délivrance d'un titre de séjour valable pour une longue période, tel que la carte de résident. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-10 du CESEDA, ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de refus de titre opposée à l'intéressée suite à sa demande du 6 mars 2024.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de la décision du préfet de La Réunion refusant implicitement de lui délivrer le titre de séjour sollicité le 6 mars 2024.

8. La suspension de la décision litigieuse implique qu'il soit enjoint à l'administration de procéder à un réexamen de la situation de Mme A dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, pour l'heure, d'assortir cette injonction d'une astreinte

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi de 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Ali, avocat de Mme A, sous réserve de renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du préfet de La Réunion refusant implicitement de délivrer à Mme B le titre de séjour sollicité le 6 mars 2024 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de La Réunion de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Me Ali, avocat de Mme C A, la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1990 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au préfet de La Réunion.

Fait à Saint-Denis, le 17 juin 2025.

Le juge des référés,

M.-A. AEBISCHER

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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