jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2100400 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS ROYANEZ |
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2100400, par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 novembre 2021 et le 30 mars 2022, la Mutuelle des fonctionnaires et agents des services publics (MDF), la Mutuelle du commerce (MDC) et la Mutuelle du nickel (MDN), représentées par la SELARL d'avocats Royanez, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'article 3 de la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 du congrès de la Nouvelle-Calédonie instituant des mesures exceptionnelles relatives à l'épidémie de Covid-19 ;
2°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie le versement à chacune d'elles de la somme de 212 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le pouvoir réglementaire n'était pas compétent pour adopter la délibération attaquée dont l'article 3 rend obligatoire la contribution des mutuelles au financement du fonds autonome de compensation en santé publique pour les mesures exceptionnelles prises en cas de menace sanitaire grave, en ce que cette contribution, destinée à financer de manière pérenne une mission de service public non prévue par leurs statuts, présente le caractère d'un prélèvement obligatoire entrant dans la catégorie des impositions de toute nature, que seule une loi du pays pouvait légalement instituer conformément aux dispositions de l'article 99 de la loi organique du 19 mars 1999, sans que la théorie des circonstances exceptionnelles, laquelle n'a pas vocation à s'appliquer au simple besoin en financement d'un fonds dans l'objectif de réduire les dépenses de la CAFAT, puisse justifier cette intervention illégale du pouvoir réglementaire dans le domaine de la loi ;
- la procédure d'adoption de la délibération du 21 octobre 2021 est irrégulière dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article 74 de la loi organique du 19 mars 1999, les membres du congrès n'ont pas reçu préalablement une information suffisante ;
- l'article 3 de la délibération du 21 octobre 2021, en faisant supporter aux seules mutuelles, par l'intermédiaire de leurs fonds de réserve, l'obligation de participer au financement des charges supportées par la CAFAT ou le FACSP, porte atteinte au principe d'égalité devant l'impôt garanti par l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la contribution obligatoire à la charge des mutuelles instituée par la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 méconnaît le principe d'égalité devant les charges publiques garanti par l'article 13 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, en raison de son caractère confiscatoire, compte tenu des moyens financiers dont les mutuelles disposent ;
- l'article 3 de la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'obligation de financement de dépenses destinées à l'ensemble de la population mise à la charge des mutuelles au profit du FACSP méconnaît les missions imparties aux mutuelles par la loi du pays n° 2013-4 du 7 juin 2013 tenant au financement des actions de prévoyance, de solidarité et d'entraide au profit de leurs seuls membres et à la constitution d'un fonds de réserve destiné exclusivement au financement de ces opérations d'assurance.
Par deux mémoires en observations, enregistrés le 27 février 2022 et le 16 mai 2022, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de la MDF et autres.
Il soutient que les moyens soulevés par les mutuelles requérantes ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, le congrès de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de la MDF et autres.
Il soutient que les moyens soulevés par les mutuelles requérantes ne sont pas fondés.
II. Sous le n° 2100425, par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 décembre 2021 et le 29 mars 2022, la Mutuelle des patentés et des libéraux (MPL), représentée par la SELARL de Greslan-Lentignac, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 du congrès de la Nouvelle-Calédonie instituant des mesures exceptionnelles relatives à l'épidémie de Covid-19, notamment son article 3 ;
2°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 1 000 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération du 21 octobre 2021 du congrès de la Nouvelle-Calédonie est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de la consultation du conseil économique et social exigée par l'article 155 de la loi organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie pour tous projets de délibération présentant, comme en l'espèce, un caractère social ;
- la procédure suivie est également irrégulière en l'absence de la consultation de la commission consultative du travail et de celle du conseil du dialogue social, respectivement prévues aux articles R. 382-1 et Lp. 381-3 du code du travail de Nouvelle-Calédonie pour les textes concernant la protection et la prévoyance sociale des salariés ;
- la délibération litigieuse est intervenue en méconnaissance du droit des membres du congrès d'être informés des affaires faisant l'objet d'un projet de délibération, posé à l'article 74 de la loi organique du 19 mars 1999, en ce que les notes juridiques et financières ainsi que les fiches d'impact demandées par les membres du congrès pour disposer d'une information suffisante ne leur ont pas été fournies ;
- le pouvoir réglementaire n'était pas compétent pour adopter la délibération attaquée dont l'article 3 rend obligatoire la contribution des mutuelles au financement du fonds autonome de compensation en santé publique pour les mesures exceptionnelles prises en cas de menace sanitaire grave, en ce que cette contribution présente le caractère d'un impôt, d'une taxe fiscale ou d'une imposition de toute nature, que seule une loi du pays pouvait légalement instituer conformément aux dispositions de l'article 99 de la loi organique du 19 mars 1999, sans que la théorie des circonstances exceptionnelles, laquelle n'a pas vocation à s'appliquer au simple besoin en financement d'un fonds dans l'objectif de réduire les dépenses de la CAFAT, puisse justifier cette intervention illégale du pouvoir réglementaire dans le domaine de la loi ;
- l'article 3 de la délibération attaquée méconnaît les dispositions de l'article 24 de la loi du pays n° 2013-4 du 7 juin 2013 portant statut de la mutualité en Nouvelle-Calédonie qui prévoient que le fonds de réserve des mutuelles est destiné exclusivement au financement des opérations d'assurance de leurs adhérents et ne peut légalement servir au financement de dépenses destinées à l'ensemble de la population de la Nouvelle-Calédonie ;
- l'article 3 de la délibération du 21 octobre 2021, en faisant supporter la charge de la contribution obligatoire instituée aux seules mutuelles et à leurs adhérents dont les cotisations devront augmenter, et non également aux compagnies d'assurance et aux institutions de prévoyance, porte atteinte au principe d'égalité devant l'impôt ainsi qu'au principe d'égalité devant les charges publiques garantis par les articles 6 et 13 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, en raison de son caractère confiscatoire, compte tenu des moyens financiers dont les mutuelles disposent, et sans que l'objectif affiché de trouver les ressources financières nécessaires à la prise en charge des frais médicaux de la population calédonienne, dont un quart n'est pas couvert par une mutuelle, puisse constituer, à lui seul, un motif d'intérêt général suffisant pour justifier une rupture d'égalité.
Par un mémoire en observations, enregistré le 27 février 2022, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de la MPL.
Il soutient que les moyens soulevés par la mutuelle requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, le congrès de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de la MPL.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par la mutuelle requérante ne sont pas fondés ;
- l'effet rétroactif d'une annulation éventuelle de la délibération attaquée serait de nature à emporter des conséquences manifestement excessives pour le maintien du système de tiers payant généralisé que la Nouvelle-Calédonie a mis en place dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire, de telle sorte qu'il conviendrait de différer de six mois l'effet de cette annulation.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Constitution, et notamment son Préambule ;
- la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 ;
- le code du travail de Nouvelle-Calédonie ;
- la délibération n° 280 du 19 décembre 2001 relative à la sécurité sociale en Nouvelle-Calédonie ;
- la loi du pays n° 2001-016 du 11 janvier 2002 relative à la sécurité sociale en Nouvelle-Calédonie ;
- la loi du pays n° 2013-4 du 7 juin 2013 portant statut de la mutualité en Nouvelle-Calédonie ;
- la délibération n° 10 du 8 septembre 2004 portant création d'un fonds autonome de compensation en santé publique ;
- la délibération n° 26/CP du 11 avril 2020 instituant des mesures exceptionnelles relatives à l'épidémie de covid-19 ;
- la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 instituant des mesures exceptionnelles relatives à l'épidémie de Covid-19 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Royannez avocat représentant la Mutuelle des fonctionnaires et agents des services publics (MDF), la Mutuelle du commerce (MDC) et la Mutuelle du nickel (MDN), de Me De Greslan avocat de la Mutuelle des patentés et des libéraux (MPL), de Mme C représentante du congrès de la Nouvelle-Calédonie et de Mme A représentante du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Une note en délibéré, présentée par la Nouvelle-Calédonie, a été enregistrée le 11 juillet 2022 sous les n° 2100400 et 2100425.
Considérant ce qui suit :
1. Le fonds autonome de compensation en santé publique (FACSP), dénommé à l'origine fonds autonome de compensation des dépistages en santé publique, a été créé par une délibération n° 10 du 8 septembre 2004 du congrès de la Nouvelle-Calédonie afin d'assurer, initialement, la prise en charge, notamment, du dépistage de la tuberculose, du virus de l'immunodéficience humaine, des cancers du sein et du col de l'utérus mais également de la contraception d'urgence et des traitements d'aide au sevrage tabagique. Géré administrativement et financièrement par la caisse de compensation des prestations familiales, des accidents du travail et de prévoyance des travailleurs de Nouvelle-Calédonie (CAFAT), ce fonds est financé par cet organisme au titre du régime unifié d'assurance maladie maternité, par la Nouvelle-Calédonie, directement ou par l'intermédiaire de son agence sanitaire et sociale, et par les provinces au titre de l'aide médicale. Dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19, le congrès de la Nouvelle-Calédonie, par une délibération n° 26/CP du 11 avril 2020, a modifié la délibération n° 10 du 8 septembre 2004 afin de faire prendre en charge par le FACSP divers frais de santé liés à cette crise notamment les frais médicaux et paramédicaux, les frais pharmaceutiques, les frais d'hospitalisation y compris le forfait journalier à la charge du patient ainsi que les indemnités de compensation des pertes de salaire ou de revenu, dans l'objectif de ne pas demander aux patients de faire l'avance de ces dépenses de santé rendues nécessaires par la crise sanitaire. La délibération du 11 avril 2020 a également modifié l'article 6 de la délibération du 8 septembre 2004 relatif au financement du fonds en prévoyant que ce financement, s'agissant des mesures exceptionnelles relatives à l'épidémie de covid-19, serait assuré par une dotation répartie entre la CAFAT au titre du régime unifié d'assurance maladie maternité, à hauteur de 75 %, la Nouvelle-Calédonie au titre de l'aide médicale, à hauteur de 25 %, et enfin, les mutuelles régies par la loi du pays n° 2013-4 du 7 juin 2013 portant statut de la mutualité en Nouvelle-Calédonie, sous réserve de leur accord au versement d'une contribution, en prévoyant que, le cas échéant, cette contribution viendrait en déduction de la participation de la CAFAT. L'introduction du virus sur le territoire et sa propagation rapide à compter du début du mois de septembre 2021 ont nécessité, dans l'urgence, la mise en place de " vaccinodromes " et de centres de vaccination mobile, de centres de dépistage sur l'ensemble du territoire ainsi que la mise en place d'hébergements dans des hôtels pour les personnes atteintes du virus mais ne présentant pas de signes graves, afin de limiter la saturation des structures hospitalières. En raison de la très forte augmentation du nombre de personnes atteintes par le virus et corrélativement des dépenses de santé prises en charge par le FACSP, le congrès de la Nouvelle-Calédonie, par une délibération n° 177 du 21 octobre 2021 instituant des mesures exceptionnelles relatives à l'épidémie de Covid-19, a de nouveau modifié les règles de financement du fonds en rendant obligatoire, en son article 3, la contribution des mutuelles à la dotation finançant les mesures exceptionnelles prises en cas de menaces sanitaires graves. Par deux requêtes enregistrées sous le n° 2100400 et le n° 2100425, la Mutuelle des fonctionnaires et agents des services publics (MDF), la Mutuelle du commerce (MDC) et la Mutuelle du nickel, d'une part, la Mutuelle des patentés et libéraux (MPL), d'autre part, demandent au tribunal d'annuler l'article 3 de cette délibération.
2. Les requêtes n° 2100400 et n° 2100425 tendent à l'annulation d'une même décision et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. Aux termes de l'article 1er de la délibération n° 10 du 8 septembre 2004 portant création d'un fonds autonome de compensation en santé publique : " Il est créé un fonds autonome de compensation en santé publique. Ce fonds est géré par la CAFAT. / Il est financé par : - la CAFAT au titre du régime unifié d'assurance maladie maternité ; - la Nouvelle-Calédonie, directement ou par l'intermédiaire de son agence sanitaire et sociale, et les provinces au titre de l'aide médicale ". L'article 6 de cette délibération, dans sa rédaction issue de l'article 3 de la délibération litigieuse n° 177 du 21 octobre 2021 instituant des mesures exceptionnelles relatives à l'épidémie de Covid-19 dispose que : " Le financement du fonds est assuré par une dotation ainsi répartie : - la CAFAT au titre du régime unifié d'assurance maladie maternité : 75 % ; - les provinces au titre de l'aide médicale : 20 % (province Sud 50 % ; province Nord 32 % ; province des îles Loyauté 18 %) ; - la Nouvelle-Calédonie au titre de l'aide médicale : 5 %. / Le financement du fond est assuré par une dotation, pour les mesures exceptionnelles prises en cas de menace sanitaire grave, ainsi répartie : - la CAFAT au titre du régime unifié d'assurance maladie maternité : 75 % ; - la Nouvelle-Calédonie au titre de l'aide médicale : 25 % ; - une contribution des mutuelles régies par la loi du pays n° 2013-4 du 7 juin 2013 portant statut de la mutualité en Nouvelle-Calédonie, à l'exception du financement des mesures mentionnées à l'alinéa 2 de l'article 25-1. / La contribution des mutuelles vient en déduction de la participation de la CAFAT à hauteur d'un taux fixé par référence au taux de participation d'un assuré mentionnée à l'alinéa 3 de l'article 31 de la délibération n° 280 susvisée. La répartition de la contribution entre les mutuelles est fixée au prorata du nombre d'adhérents mutualistes constaté l'année précédente. / Le comité de gestion arrête annuellement, en fin d'exercice, le budget évaluatif " prestations " du fonds pour l'année suivante au vu des éléments statistiques et comptables se rapportant aux activités réelles de l'exercice qui s'achève. / Le comité de gestion arrête également le budget de fonctionnement du fonds qui fait l'objet d'une dotation complémentaire répartie entre les partenaires concernés par application de la clé de répartition ". Aux termes de l'article 8 de la même délibération : " La gestion administrative et financière du fonds autonome de compensation en santé publique est assurée par la CAFAT. / Le fonds est géré en compte distinct par la CAFAT. Les règles financières et comptables ainsi que les conditions du contrôle financier sont celles applicables à cet organisme. / En tant que gestionnaire du fonds, la CAFAT perçoit les sommes arrêtées par le comité de gestion tant pour les prestations que pour le fonctionnement à raison d'une moitié par semestre civil, mandatée dans le courant du premier mois du semestre ".
4. Aux termes l'article 22 de la loi organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie : " La Nouvelle-Calédonie est compétente dans les matières suivantes : 1° Impôts, droits et taxes perçus au bénéfice de la Nouvelle-Calédonie ; création ou affectation d'impôts et taxes au profit de fonds destinés à des collectivités territoriales, d'établissements publics ou d'organismes chargés d'une mission de service public ; création d'impôts, droits et taxes au bénéfice des provinces, des communes, des établissements publics de coopération intercommunale ; réglementation relative aux modalités de recouvrement, au contrôle et aux sanctions ; / () / 4° Protection sociale, hygiène publique et santé, contrôle sanitaire aux frontières ; () ". Aux termes de l'article 99 de la même loi : " Les délibérations par lesquelles le congrès adopte des dispositions portant sur les matières définies à l'alinéa suivant sont dénommées : " lois du pays ". / Les lois du pays interviennent dans les matières suivantes correspondant aux compétences exercées par la Nouvelle-Calédonie ou à compter de la date de leur transfert par application de la présente loi : / () / 2° Règles relatives à l'assiette et au recouvrement des impôts, droits et taxes de toute nature ; / () ". Aux termes de l'article 107 de cette loi : " Les lois du pays ont force de loi dans le domaine défini à l'article 99. Elles ne sont susceptibles d'aucun recours après leur promulgation ".
5. La délibération n° 177 du 21 octobre 2021 instituant des mesures exceptionnelles relatives à l'épidémie de Covid-19, a pour objet de modifier les règles de financement du FACSP, géré administrativement et financièrement par la CAFAT, en rendant obligatoire, en son article 3, la contribution des mutuelles à la dotation finançant les mesures exceptionnelles prises en cas de menaces sanitaires graves. Une telle contribution des mutuelles au financement du FACSP, dont elles ne sont pas membres, et qui ne constitue pas la contrepartie d'un service rendu, instituée dans l'objectif de réduire la participation financière de la CAFAT au financement de ce fonds au titre du régime unifié d'assurance maladie maternité, constitue un prélèvement obligatoire de caractère fiscal. Si, comme le soutient la Nouvelle-Calédonie, une telle délibération concerne la santé publique, elle est avant tout, de par son objet, relative à la création d'un impôt ou d'une taxe, matière mentionnée au 1° de l'article 22 de la loi organique du 19 mars 1999. A ce titre, les dispositions litigieuses de l'article 3 de la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 relèvent des règles relatives à l'assiette et au recouvrement des impôts, droits et taxes de toute nature mentionnées au 2° de l'article 99 de la loi organique et auraient dû être prises par la voie d'une loi du pays, soumise pour avis au Conseil d'Etat. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la Nouvelle-Calédonie en défense, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date d'adoption de la délibération contestée, le congrès de la Nouvelle-Calédonie, dans les circonstances résultant de la propagation du variant Delta du virus SARS-CoV-2 sur le territoire calédonien à compter du mois de septembre 2021, se soit trouvé dans l'obligation, pour faire face à cette situation sanitaire et assurer la continuité des campagnes massives de dépistage et de vaccination rendues nécessaires, d'édicter en urgence par voie réglementaire, en s'affranchissant de la procédure d'adoption des lois du pays, les dispositions contestées de l'article 3 de la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 dont l'objet était, ainsi qu'il vient d'être dit, de rendre obligatoire la contribution des mutuelles au financement du FACSP, afin de réduire la participation au financement de ce fonds de la CAFAT au titre du régime unifié d'assurance maladie maternité, compte tenu des difficultés financières structurelles de ce régime.
6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, les mutuelles requérantes sont fondées à demander l'annulation des dispositions de l'article 3 de la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 en tant qu'elles instituent une contribution obligatoire des mutuelles au financement du FACSP, lesquelles sont divisibles des autres dispositions de cette délibération.
7. L'annulation d'un acte administratif implique en principe que cet acte est réputé n'être jamais intervenu. Toutefois, s'il apparaît que cet effet rétroactif de l'annulation est de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que cet acte a produits et des situations qui ont pu se constituer lorsqu'il était en vigueur que de l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de ses effets, il appartient au juge administratif - après avoir recueilli sur ce point les observations des parties et examiné l'ensemble des moyens, d'ordre public ou invoqués devant lui, pouvant affecter la légalité de l'acte en cause - de prendre en considération, d'une part, les conséquences de la rétroactivité de l'annulation pour les divers intérêts publics ou privés en présence et, d'autre part, les inconvénients que présenterait, au regard du principe de légalité et du droit des justiciables à un recours effectif, une limitation dans le temps des effets de l'annulation. Il lui revient d'apprécier, en rapprochant ces éléments, s'ils peuvent justifier qu'il soit dérogé au principe de l'effet rétroactif des annulations contentieuses et, dans l'affirmative, de prévoir dans sa décision d'annulation que, sous réserve des actions contentieuses engagées à la date de celle-ci contre les actes pris sur le fondement de l'acte en cause, tout ou partie des effets de cet acte antérieurs à son annulation devront être regardés comme définitifs ou même, le cas échéant, que l'annulation ne prendra effet qu'à une date ultérieure qu'il détermine.
8. Alors que la seule circonstance que la rétroactivité de l'annulation pourrait avoir une incidence négative pour les finances publiques et entraîner des complications pour les services administratifs chargés d'en tirer les conséquences ne peut, par elle-même, suffire à caractériser une situation de nature à justifier que le juge fasse usage de son pouvoir de modulation dans le temps des effets de cette annulation, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'annulation des dispositions de l'article 3 de la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 en tant qu'elles instituent une contribution obligatoire des mutuelles au financement du FACSP, et alors qu'il est constant que les contributions mises à la charge des mutuelles sur le fondement de cette délibération n'ont pas été versées, soit de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison des effets qu'elles ont produits ou des situations qui ont pu se constituer lorsqu'elles étaient en vigueur. Par suite, eu égard aux inconvénients que présenterait, au regard du principe de légalité et du droit des justiciables à un recours effectif, une limitation dans le temps des effets de l'annulation de l'article 3 de la délibération n° 177 du 21 octobre 2021, pour un motif tiré de ce que ces dispositions auraient dû être prises par la voie d'une loi du pays, soumise pour avis au Conseil d'Etat, il n'y a pas lieu de différer les effets de cette annulation ni d'en réputer définitifs les effets passés.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie le versement d'une somme de 150 000 francs CFP à la MPL ainsi qu'une somme globale de 150 000 francs CFP à la MDF, à la MDC et à la MDN au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'article 3 de la délibération n° 177 du 21 octobre 2021 instituant des mesures exceptionnelles relatives à l'épidémie de Covid-19 est annulé en tant qu'il rend obligatoire la contribution des mutuelles régies par la loi du pays n° 2013-4 du 7 juin 2013 portant statut de la mutualité en Nouvelle-Calédonie au financement du fonds autonome de compensation en santé publique.
Article 2 : La Nouvelle-Calédonie versera une somme globale de 150 000 francs à la MDF, à la MDC et à la MDN, ainsi qu'une même somme à la MPL au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Mutuelle des fonctionnaires et agents des services publics, première requérante dénommée dans l'instance n° 2100400, à la Mutuelle des patentés et des libéraux, au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et au congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Copie en sera adressée au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Ciréfice, président,
M. Pilven, premier conseiller.
M. Briquet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
C. BL'assesseur le plus ancien,
J.-E. Pilven Le greffier de chambre,
J. Lagourde
cb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026