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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2100435

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2100435

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2100435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2021, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler son compte-rendu d'entretien professionnel établi au titre de l'année 2011 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de le replacer dans la situation qui aurait été la sienne s'il n'avait pas fait l'objet du compte rendu d'entretien professionnel pour 2011 et de reconstituer sa carrière.

Il soutient que :

- par un arrêt du 10 décembre 2020, la cour administrative d'appel de Paris a annulé le jugement du 29 juillet 2019 et le compte-rendu d'entretien professionnel portant sur l'année 2011 ;

- le nouveau compte-rendu d'entretien professionnel est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne reproduit pas les propositions très favorables rendues en matière d'avancement au grade de secrétaire administratif de classe exceptionnelle ou d'attaché d'administration et que cette notation est incohérente au vu de celles rendues pour les années 2009 et 2010 ;

- ce compte-rendu se fonde sur des faits inexacts ; ainsi, dans la partie consacrée au bilan de l'année écoulée aucune analyse n'est réalisée par objectif et l'appréciation globale sur la réalisation des objectifs de l'année n'a pas été renseignée ; par ailleurs, dans la rubrique des compétences mises en œuvre par l'agent, différents items auraient dû être notés " excellent " au lieu de " bon " ; le positionnement des croix n'est pas cohérent avec l'appréciation littérale et l'atteinte des objectifs fixés ; la partie relative aux perspectives d'évolution n'a pas été renseignée ; la partie relative aux appréciations générales sur sa valeur professionnelle, son évaluation globale est sous-estimée au vu des objectifs atteints de même que son évaluation sur sa manière de servir et l'appréciation de son supérieur direct ne prend pas en compte les motifs retenus par la cour administrative d'appel dans son arrêt du 10 décembre 2020 ;

- la procédure d'évaluation n'a pas été respectée dès lors qu'aucun entretien n'a été organisé par sa supérieure hiérarchique alors que cette formalité n'était pas impossible.

La requête a été communiquée au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- l'arrêté du 10 septembre 2012 relatif à l'entretien professionnel et à la reconnaissance de la valeur professionnelle des fonctionnaires et de certains agents non titulaires civils du ministère de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme B, rapporteuse publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. Motuhi, secrétaire administratif de classe supérieure du ministère des armées, affecté à la direction du commissariat d'outre-mer et du groupement de soutien de la base de défense de Nouvelle-Calédonie (DICOM-GSBdD), demande au tribunal d'annuler son compte rendu d'entretien professionnel établi le 19 octobre 2021 au titre de l'année 2011, à la suite de l'annulation par un arrêt de la cour administrative d'appel de Paris du 10 décembre 2020 du troisième compte-rendu d'entretien professionnel pour 2011, notifié le 16 novembre 2018, établi en exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris du 8 juin 2018 annulant le deuxième compte rendu d'entretien professionnel notifié le 22 avril 2016 et lui-même établi à la suite de l'annulation du premier compte rendu établi au titre de l'année 2011, par un jugement du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie du 7 décembre 2015.

2. Aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " L'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct, qui donne lieu à un compte rendu. Lors de cet entretien professionnel annuel, les fonctionnaires reçoivent une information sur l'ouverture et l'utilisation de leurs droits afférents au compte prévu à l'article 22 quater de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'application de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. ()". Aux termes de l'article 3 du même décret : " L'entretien professionnel porte principalement sur : 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d'évolution des conditions d'organisation et de fonctionnement du service ; 3° La manière de servir du fonctionnaire ; 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; 5° Le cas échéant, la manière dont il exerce les fonctions d'encadrement qui lui ont été confiées ; 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ; 7° Ses perspectives d'évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité () ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. Il est communiqué au fonctionnaire qui le complète, le cas échéant, de ses observations () ". L'article 4 de l'arrêté du 10 septembre 2012 relatif à l'entretien professionnel et à la reconnaissance de la valeur professionnelle des fonctionnaires et de certains agents non titulaires civils du ministère de la défense dispose que : " L'entretien professionnel fait l'objet d'un compte rendu, établi par le supérieur hiérarchique direct. Ce compte rendu comporte une appréciation générale et une explicitation de l'appréciation portée sur chacun des critères relatifs à la valeur professionnelle de l'agent. Celle-ci est appréciée à partir de grilles composées de critères qui rendent compte, d'une part, des résultats professionnels obtenus par l'agent au regard des objectifs réalistes qui lui ont été assignés et des conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève, d'autre part, de sa manière de servir. La grille de critères relative aux objectifs précise s'ils sont dépassés, atteints, partiellement atteints, non atteints ou devenus non pertinents. Ceux relatifs à la manière de servir prennent en compte les qualités relationnelles de l'agent, son professionnalisme et sa technicité ainsi que son efficacité dans l'emploi tenu ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'annulation, par un arrêt de la cour administrative d'appel de Paris n° 19PA03441 du 10 décembre 2020, du compte rendu d'entretien professionnel relatif à l'année 2011, notifié le 16 novembre 2018 à M. A, sa supérieure hiérarchique directe, chef du bureau pilotage, a arrêté un nouveau compte rendu d'entretien professionnel qui a été notifié à M. A le 19 octobre 2021. M. A soutient que ce nouveau compte rendu d'entretien est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne prend toujours pas en compte les propositions d'avancement très positives dont il avait bénéficié pour l'accès au grade de secrétaire administratif de classe exceptionnelle ou au corps d'attaché d'administration en 2011 ainsi que sa manière de servir telle qu'elle avait été appréciée en 2009 et 2010. Toutefois, si les appréciations très favorables rédigées pour les propositions d'avancement mentionnées plus haut ne figurent pas explicitement dans son compte rendu d'entretien professionnel, ce dernier mentionne, dans son appréciation finale, que M. A a assuré sa mission avec professionnalisme, qu'il sait conseiller utilement sa hiérarchie, grâce à ses compétences en matière budgétaire et financière ainsi que dans le domaine du transit aérien et maritime, et diffère ainsi totalement du compte rendu rédigé en 2011 qui comportait, comme l'avait relevé l'arrêt de la cour administrative d'appel, une appréciation finale presque exclusivement négative, en contradiction avec ces propositions d'avancement très favorables. Le compte rendu d'entretien professionnel litigieux, qui relève que M. A a atteint l'ensemble des objectifs fixés et comporte une appréciation finale très positive apparaît désormais en cohérence avec les propositions d'avancement dont l'intéressé avait bénéficié pour l'accès au grade de secrétaire administratif de classe exceptionnelle ou au corps d'attaché d'administration en 2011.

4. Par ailleurs, si M. A soutient que la grille d'appréciation sur la partie " compétences mises en œuvre par l'agent sur le poste " aurait dû comporter plus de cases cochées " excellent " au lieu de " bon " comme pour les années 2009 et 2010, il n'apporte pas d'éléments de nature à établir que son évaluation serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur ce point, en se fondant sur la seule circonstance que le nombre de cases cochées " excellent " en 2009 et 2010 a été supérieur à celles du compte rendu relatif à l'année 2011 ou sur le fait que des lignes n'aient pas été renseignées dans le compte rendu relatif à l'année 2011. Si M. A mentionne une sous-évaluation des critères de la partie " appréciations générales sur la valeur professionnelle ", il ressort des pièces du dossier qu'il a été évalué " résultats conformes aux objectifs fixés " ce qui n'est pas en contradiction avec les propositions d'avancement mentionnées au point 3 du présent jugement. La circonstance que quelques items de la rubrique " perspectives d'évolution professionnelle de l'agent " n'aient pas été renseignés n'est pas constitutive d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ce compte-rendu constitue une appréciation rétroactive d'un agent, pour une période passée depuis dix ans.

5. Enfin, M. A soutient que la procédure d'évaluation n'a pas été respectée, au motif que sa supérieure hiérarchique directe n'a pas organisé d'entretien mais s'est bornée à lui notifier le compte rendu d'entretien professionnel attaqué.

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Dès lors que le compte rendu d'entretien professionnel pour 2011 notifié à M. A pour recueillir ses observations a été établi en 2021, soit dix ans après l'année en cause, par des supérieurs hiérarchiques n'ayant pas été en fonction en 2011 et n'ayant préparé ce compte rendu qu'à titre de régularisation rétroactive au vu des motifs mentionnés dans l'arrêt de la cour administrative de Paris du 10 décembre 2020, la simple notification de ce compte rendu, en lieu et place d'un entretien, n'a pas exercé d'influence sur le sens de la décision attaquée et n'a pas privé M. A d'une garantie. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que son compte rendu d'entretien professionnel réalisé au titre de l'année 2011 est intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A tendant à l'annulation de son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2011 doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ciréfice, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

J-E. PILVENLe président,

C. CIRÉFICE Le greffier,

J. LAGOURDE

pc

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