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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200151

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200151

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantCLAVELEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 avril et 15 septembre 2022, Mme B A, épouse C, représentée par Me Claveleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2022 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance du centre de ses intérêts matériels et moraux sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie ainsi qu'au bénéfice d'une affectation sur ce territoire sans conditions de durée ;

2°) d'enjoindre au directeur général des finances publiques et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre la somme de 250 000 francs CFP à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle réside en Nouvelle-Calédonie depuis presque huit ans, qu'elle y dispose d'attaches familiales puisque son ex-conjoint et ses deux enfants y résident, que son ex-conjoint vient d'obtenir un renouvellement de son détachement auprès de la commune du Mont-Dore, et enfin qu'elle a acquis un bien immobilier avec son ex-conjoint en Nouvelle-Calédonie où elle vote ; par ailleurs son état de santé fragile, en raison d'une maladie auto-immune, s'est amélioré depuis qu'elle réside en Nouvelle-Calédonie ;

- cette décision est aussi entachée d'erreur de droit dès lors que l'administration refuse de mettre en œuvre les critères issus du faisceau d'indices, en se fondant sur le critère de l'absence de famille en Nouvelle-Calédonie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- que les conclusions présentées à fin d'injonction sont irrecevables ;

- qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi 99-210 du 19 mars 1999 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 96-1026 du 26 novembre 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Claveleau, avocate de Mme C.

Une note en délibéré, présentée par Me Claveleau pour Mme C a été enregistrée le 30 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, agent des finances publiques de l'Etat, affectée à la direction des finances publiques de Nouvelle-Calédonie de 2014 à 2018, puis détachée auprès du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de septembre 2018 à octobre 2019, a été réintégrée en novembre 2019 au sein de la direction des finances publiques de Nouvelle-Calédonie pour une durée de deux ans renouvelée pour deux autres années, prenant fin au 1er novembre 2023. Elle a demandé au directeur général des finances publiques, par courrier du 1er juillet 2021, la reconnaissance du transfert du centre de ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie afin de pouvoir bénéficier d'une affectation sans limitation de durée sur ce territoire. Par courrier du 21 janvier 2022, le directeur général des finances publiques lui a opposé un refus. Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 21 janvier 2022.

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 novembre 1996 relatif à la situation des fonctionnaires de l'Etat et de certains magistrats dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna dispose que : " Le présent décret est applicable () aux fonctionnaires titulaires et stagiaires de l'Etat, ainsi qu'aux magistrats de l'ordre judiciaire, affectés dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna, qui sont en position d'activité ou détachés auprès d'une administration ou d'un établissement public de l'Etat dans un emploi conduisant à pension civile ou militaire de retraite. / Il ne s'applique ni aux personnels dont le centre des intérêts moraux et matériels se situe dans le territoire où ils exercent leurs fonctions, ni aux membres des corps de l'Etat pour l'administration de la Polynésie française, ni aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale. ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " La durée de l'affectation dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna est limitée à deux ans. / Cette affectation peut être renouvelée une seule fois à l'issue de la première affectation. / () ".

3. Pour la détermination du centre des intérêts matériels et moraux d'un agent, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge, de tenir compte d'un faisceau de critères, notamment relatifs au temps passé par l'intéressé sur le territoire concerné, aux attaches qu'il a conservées avec la métropole ou dans d'autres territoires d'outre-mer, au lieu de résidence des membres de sa famille, à sa situation immobilière, et à la disposition de comptes bancaires ou postaux, que ni la loi ni les règlements n'ont définis. La localisation du centre des intérêts matériels et moraux d'un agent, qui peut varier dans le temps, doit être appréciée, dans chaque cas, à la date à laquelle l'administration, sollicitée le cas échéant par l'agent, se prononce sur l'application d'une disposition législative ou réglementaire.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, née en métropole en 1973, est arrivée en Nouvelle-Calédonie en mars 2014 pour rejoindre son conjoint et n'a depuis lors pas quitté ce territoire. Après une affectation à la direction des finances publiques de Nouvelle-Calédonie de 2014 à 2018, puis un détachement au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de septembre 2018 à octobre 2019, elle a été réintégrée et affectée depuis le mois de novembre 2019 au sein de la direction des finances publiques de Nouvelle-Calédonie avec une date de fin d'affectation fixée au 1er novembre 2023. Mme C fait valoir qu'elle est inscrite sur les listes électorales en Nouvelle-Calédonie où elle a domicilié ses comptes bancaires et qu'elle y a fait l'acquisition en 2018 d'un bien immobilier avec son ex-conjoint. Elle précise surtout qu'étant désormais séparée de son conjoint et en instance de divorce, sa présence sur le territoire est rendue nécessaire pour s'occuper de ses deux enfants de 16 et 17 ans dès lors que son ex-conjoint bénéficie d'un détachement auprès de la mairie du Mont-Dore, renouvelé jusqu'à septembre 2027, et est donc conduit à rester sur le territoire calédonien. Si ces éléments sont de nature à attester la présence de liens familiaux de la requérante en Nouvelle-Calédonie, il est constant que Mme C n'est présente, à la date de la décision attaquée, en Nouvelle-Calédonie que depuis un peu moins de huit ans. Enfin si elle précise que son état de santé s'est amélioré depuis son installation en Nouvelle-Calédonie, le certificat médical qu'elle produit n'est pas de nature à établir un lien de cause à effet entre sa résidence en Nouvelle-Calédonie et cette amélioration. Dans les circonstances de l'espèce, Mme C ne peut être regardée, notamment au vu de la durée de son séjour, comme ayant transféré sur ce territoire, à la date de la décision attaquée, le centre de ses intérêts matériels et moraux. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Par ailleurs, le moyen tiré d'une erreur de droit de l'administration à ne pas avoir fait application de la technique du faisceau d'indices ou à l'avoir mal appliqué doit aussi être écarté dès lors que l'administration a pris en compte sa durée de résidence, sa qualité de propriétaire ou le fait qu'elle n'est pas originaire de Nouvelle-Calédonie et qu'elle a retenu l'absence de liens familiaux autres que son mari et ses enfants.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la demande de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 21 janvier 2002 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté sa demande de reconnaissance du transfert en Nouvelle-Calédonie du centre de ses intérêts matériels et moraux, doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au Ministère de l'Economie des Finances et de la relance

Copie sera adressée pour information au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le rapporteur,

J-E. PILVENLe président,

D. SABROUX Le greffier de chambre,

J. LAGOURDE

cb

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