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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200154

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200154

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantPIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril et 25 juillet 2022, Mme D C, représentée par Me Pieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a rejeté sa demande du 13 décembre 2021 tendant à la reconnaissance du centre de ses intérêts matériels et moraux sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie ainsi qu'au bénéfice d'une affectation sur ce territoire sans conditions de durée ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports de reconnaître le transfert du centre de ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 000 francs CFP par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 350 000 francs CFP à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite de rejet qui lui a été opposée n'est pas motivée ;

- l'administration a commis une erreur d'appréciation et une erreur de droit dès lors qu'elle réside depuis 7 ans en Nouvelle-Calédonie où elle a effectué sa formation entre 2015 et 2017, qu'elle n'a eu d'affectation que sur le territoire calédonien depuis sa titularisation, qu'elle y a acquis un bien immobilier en 2019 avec son conjoint avec lequel elle vit depuis 2013 ; son fils n'exclut pas de venir la rejoindre en Nouvelle-Calédonie ; elle est par ailleurs inscrite sur les listes électorales en Nouvelle-Calédonie où elle et son conjoint disposent de leurs comptes bancaires et s'est investie dans la vie associative locale ; par ailleurs, elle doit faire l'objet d'un suivi médical à la suite d'un traitement pour un cancer alors que le centre hospitalier de Compiègne ne traite pas de cette pathologie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de Mme C.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le décret n° 96-1026 du 26 novembre 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pieux pour la requérante, de M. B pour le Haut-Commissaire et de Mme A de Larbogne pour le vice-recteur.

Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 9 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, professeure certifiée en histoire-géographie, mise à disposition de la Nouvelle-Calédonie pour une durée de deux ans à compter de la rentrée australe de février 2018, a demandé au ministre de l'éducation nationale, par un courrier du 13 décembre 2021, la reconnaissance du transfert du centre de ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie afin de pouvoir bénéficier d'une affectation sans limitation de durée sur ce territoire. Mme C demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet opposée à sa demande par le ministre de l'éducation nationale.

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 novembre 1996 relatif à la situation des fonctionnaires de l'Etat et de certains magistrats dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna : " Le présent décret est applicable () aux fonctionnaires titulaires et stagiaires de l'Etat, ainsi qu'aux magistrats de l'ordre judiciaire, affectés dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna, qui sont en position d'activité ou détachés auprès d'une administration ou d'un établissement public de l'Etat dans un emploi conduisant à pension civile ou militaire de retraite. / Il ne s'applique ni aux personnels dont le centre des intérêts moraux et matériels se situe dans le territoire où ils exercent leurs fonctions, ni aux membres des corps de l'Etat pour l'administration de la Polynésie française, ni aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale. ". Aux termes par ailleurs de l'article 2 de ce décret : " La durée de l'affectation dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna est limitée à deux ans. / Cette affectation peut être renouvelée une seule fois à l'issue de la première affectation. () ".

3. Pour la détermination du centre des intérêts matériels et moraux d'un agent, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge, de tenir compte d'un faisceau de critères, notamment relatifs au temps passé par l'intéressé sur le territoire concerné, aux attaches qu'il a conservées avec la métropole ou dans d'autres territoires d'outre-mer, au lieu de résidence des membres de sa famille, à sa situation immobilière, et à la disposition de comptes bancaires ou postaux, que ni la loi ni les règlements n'ont définis. La localisation du centre des intérêts matériels et moraux d'un agent, qui peut varier dans le temps, doit être appréciée, dans chaque cas, à la date à laquelle l'administration, sollicitée le cas échéant par l'agent, se prononce sur l'application d'une disposition législative ou réglementaire.

4. La décision de l'administration refusant de reconnaître le transfert du centre des intérêts matériels et moraux d'un agent public n'entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées en application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Au surplus, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C ait demandé que lui soient communiqués les motifs de la décision implicite du ministre de l'éducation nationale. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite attaquée ne peut, dès lors, et en tout état de cause, qu'être écarté.

5. Mme C, née en métropole en 1976, après avoir été admise au concours externe de recrutement du CAPES dans la discipline Histoire-géographie en 2016, et avoir effectué une année de stage au collège de Tuband puis une année au collège de Païta Nord, a été affectée en qualité de titulaire au collège des portes de fer de Nouméa à compter du 16 février 2018. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui a découvert la Nouvelle-Calédonie en 2014 à l'occasion de vacances, s'y est installée depuis 2015 avec son conjoint, également né en métropole, que ses deux enfants issus d'une précédente union résident en métropole et que son fils souhaiterait venir vivre en Nouvelle-Calédonie et être rattaché à son foyer fiscal, qu'elle est inscrite sur les listes électorales de Nouvelle-Calédonie et a fait l'acquisition d'un bien immobilier avec son conjoint en avril 2019. Elle fait également valoir qu'elle est parfaitement intégrée à la vie associative locale, notamment par sa participation à l'association Dys.nc et qu'elle doit faire l'objet d'un suivi à la suite du traitement d'un cancer, sans apporter néanmoins d'éléments justificatifs sur ce point. Toutefois, ces seuls éléments ne suffisent pas, eu égard notamment à la durée de seulement six ans et demi de résidence sur ce territoire à la date de la décision attaquée et en l'absence de circonstances particulières, à établir que Mme C, qui a vécu l'essentiel de sa vie hors de Nouvelle-Calédonie, avait transféré, à la date de la décision attaquée, le centre de ses intérêts matériels et moraux sur ce territoire.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance du transfert en Nouvelle-Calédonie du centre de ses intérêts matériels et moraux. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Copie en sera adressée au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

J-E. PILVENLe président,

D. SABROUXLe greffier de chambre,

J. LAGOURDE

cb

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