jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200173 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | CLAVELEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mai et le 6 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Claveleau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'ensemble des décisions de la commission des calamités agricoles, du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, et de la caisse d'assurances mutuelles agricoles contre les calamités naturelles d'origine climatique, portant refus de considérer que les pluies ayant affecté la Grande-Terre les 20 et 21 octobre 2021 présentaient le caractère d'épisodes pluvieux d'intensité exceptionnelle, refus de qualifier ces pluies de calamité agricole, et refus de procéder à l'indemnisation des dommages qu'elles ont causés ;
2°) d'enjoindre à la caisse d'assurances mutuelles agricoles contre les calamités naturelles d'origine climatique et à la Nouvelle-Calédonie de réexaminer sa demande tendant à ce que les pluies des 20 et 21 octobre 2021 soient qualifiées de calamité agricole, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie une somme de 150 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision rendue le 17 décembre 2021 par la commission des calamités agricoles est irrégulière, du fait de l'absence d'intervention d'une commission d'enquête ou de rapport de la direction des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales ;
- il y a lieu d'écarter, par voie d'exception, l'application de la délibération n° 405 du 6 mars 2019, qui a illégalement supprimé l'exigence de l'intervention d'une commission d'enquête qui figurait alors à l'article 5 de la délibération n° 71/CP du 10 octobre 1990 ;
- la commission des calamités agricoles ne pouvait se fonder sur le seul rapport d'expertise de Météo France pour considérer que les seuils de pluie requis n'ont pas été atteints ;
- il y a lieu d'écarter, par voie d'exception, l'application de l'article 1er de l'arrêté n° 2018-2733/GNC du 13 novembre 2018, qui fixe des critères de récurrence trop imprécis ;
- le refus de qualifier d'accident climatique les pluies survenues les 20 et 21 octobre 2021 est entaché d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête, en tant qu'elle est dirigée contre la décision rendue le 17 décembre 2021 par la commission des calamités agricoles, vise un acte préparatoire et est irrecevable ;
- le requérant ne dispose d'aucun intérêt lui donnant qualité pour agir à l'encontre de la décision du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie refusant de qualifier de calamité agricole les pluies ayant affecté la Grande-Terre les 20 et 21 octobre 2021 ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- la délibération n° 71/CP du 10 octobre 1990 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 novembre 2022 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Claveleau avocate de M. C et de Mme A représentante du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. M. C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'ensemble des décisions de la commission des calamités agricoles, du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, et de la caisse d'assurances mutuelles agricoles contre les calamités naturelles d'origine climatique, portant refus de considérer que les pluies ayant affecté la Grande-Terre les 20 et 21 octobre 2021 présentaient le caractère d'épisodes pluvieux d'intensité exceptionnelle, refus de qualifier ces pluies de calamité agricole, et refus de procéder à l'indemnisation des dommages qu'elles ont causés.
2. Aux termes de l'article 1er de la délibération n° 71/CP du 10 octobre 1990 relative aux conditions d'intervention de la Nouvelle-Calédonie en vue de l'indemnisation des exploitants agricoles victimes de calamités agricoles : " La Nouvelle-Calédonie pourra contribuer à l'indemnisation des dommages causés aux exploitants ou exploitations agricoles par les accidents climatiques exceptionnels. Ces interventions seront mises en œuvre dans les conditions suivantes : ". Aux termes de son article 5 : " Peuvent être reconnus comme calamités agricoles, sur une zone déterminée, les accidents climatiques suivants, au regard des dégâts qu'ils ont provoqués sur l'activité agricole de cette zone : / () / 2) les épisodes pluvieux d'intensité exceptionnelle ; le caractère exceptionnel des précipitations est apprécié sur une période d'au plus trois jours consécutifs ; la reconnaissance du caractère exceptionnel des précipitations est proposée par la commission des calamités agricoles au vu du rapport du service de la météorologie et sur la base des critères de récurrence arrêtés par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ; / () / Le caractère de calamité agricole du phénomène naturel considéré est constaté par arrêté du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. ". Aux termes de son article 5 bis : " La délimitation des zones sinistrées au titre des calamités agricoles et la détermination de la nature des cultures et des biens indemnisables sont arrêtées par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie au terme de la procédure suivante : / - les agriculteurs sinistrés transmettent une déclaration de sinistre à la caisse d'assurances mutuelles agricoles (CAMA) dans un délai de dix jours à compter de la survenance de l'accident climatique, cachet de la poste faisant foi ; / - à l'issue de la période de dépôt des déclarations de sinistre et après examen du dossier, la commission des calamités agricoles propose à l'exécutif de la Nouvelle-Calédonie la délimitation des zones sinistrées, ainsi que la nature des cultures et des biens indemnisables de chaque zone identifiée. ". Aux termes de son article 6 : " Les risques susceptibles d'être couverts par une assurance ne peuvent donner lieu à indemnisation. La liste des biens indemnisables, leurs caractéristiques et le barème des valeurs d'indemnisation sont fixés par arrêté de l'Exécutif de la Nouvelle-Calédonie de Nouvelle-Calédonie, après consultation de la commission des calamités agricoles. / () ".
3. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté n° 2018-2733/GNC du 13 novembre 2018 définissant les conditions dans lesquelles les dommages provoqués par la pluie ou le vent aux productions agricoles peuvent ouvrir droit à indemnisation au titre des calamités naturelles et agricoles : " Les dommages provoqués par la pluie aux productions agricoles peuvent faire l'objet d'une indemnisation au titre des calamités naturelles et agricoles dès lors que la hauteur des pluies tombées lors de l'épisode pluvieux en cause, sur un maximum de trois jours consécutifs, présente une durée de retour d'au moins cinq ans. ".
4. Il ressort des termes mêmes de l'article 5 de la délibération n° 71/CP du 10 octobre 1990 que l'avis de la commission des calamités agricoles n'a pas à être précédé de l'intervention d'une commission d'enquête ou de rapport de la direction des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'avis rendu le 17 décembre 2021 par la commission des calamités agricoles serait irrégulier, du fait de l'absence d'intervention d'une telle commission ou d'un tel rapport. Par ailleurs, si M. C se prévaut, par voie d'exception, de l'illégalité de la délibération n° 405 du 6 mars 2019 qui a supprimé l'exigence de l'intervention d'une commission d'enquête qui figurait alors à l'article 5 de la délibération n° 71/CP du 10 octobre 1990, la seule circonstance que cette commission a auparavant existé et qu'une commission analogue est prévue par l'article D. 361-20 du code rural et de la pêche maritime applicable en métropole n'est en tout état de cause pas de nature à regarder cette suppression comme irrégulière.
5. Si le requérant fait valoir que la commission des calamités agricoles ne pouvait se fonder sur le seul rapport d'expertise de Météo France pour considérer que les seuils de pluie requis n'ont pas été atteints, il ressort des termes mêmes de l'article 5 de la délibération n° 71/CP du 10 octobre 1990 que cette commission doit se prononcer " au vu du rapport du service de la météorologie ". Par suite, et en l'absence par ailleurs de tout élément permettant de considérer que ladite commission n'aurait pas pris pour base les critères de récurrence arrêtés par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, aucune erreur de droit n'est ici établie.
6. M. C se prévaut, par voie d'exception, de l'illégalité des critères de récurrence fixés par l'arrêté n° 2018-2733/GNC du 13 novembre 2018, qui seraient trop imprécis. Toutefois, l'article 1er de cet arrêté, en disposant que " la hauteur des pluies tombées lors de l'épisode pluvieux en cause, sur un maximum de trois jours consécutifs, [doit] présente[r] une durée de retour d'au moins cinq ans ", permet de connaître avec suffisamment de précision les critères retenus.
7. Il ressort du rapport météorologique établi par Météo France le 26 novembre 2021 à propos des pluies sur les 20 et 21 octobre 2021 que l'épisode pluvieux en litige, qui a débuté à Bourail le 21 octobre 2021 à 23 heures et a duré pendant 2 jours consécutifs, a engendré une hauteur de précipitation de 123,2 mm, en dessous du seuil de retour de 5 ans qui était ici fixé à 171,9 mm. Si le requérant remet en cause la méthode retenue pour calculer ce seuil de retour, aucun des éléments qu'il met en avant ne permet de douter de sa pertinence. La circonstance que les précipitations survenues sur l'ensemble du mois d'octobre 2021 ont été beaucoup plus élevées que la moyenne, quant à elle, est sans incidence sur l'appréciation qui doit être opérée au regard de l'article 5 de la délibération n° 71/CP du 10 octobre 1990, dès lors qu'il ressort de cet article que seul l'évènement pluvieux en cause doit être pris en considération, dans une limite de 3 jours consécutifs. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la Nouvelle-Calédonie aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que les pluies des 20 et 21 octobre 2021 ne pouvaient être qualifiées d'accident climatique.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la Nouvelle-Calédonie, et à la caisse d'assurances mutuelles agricoles contre les calamités naturelles d'origine climatique.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
Mme Xivecas, conseillère à la cour d'appel de Nouméa siégeant en complétant la formation de jugement sur le fondement de l'article L. 224-1 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
SIGNÉ
B. BRIQUETLe président,
SIGNÉ
D. SABROUX
Le greffier de chambre,
SIGNÉ
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
cb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026