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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200179

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200179

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantSELARL REUTER - DE RAISSAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mai et le 1er septembre 2022, Mme A B, représentée par la SELARL Reuter-de Raissac-Patet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 18 janvier 2022 l'intégrant dans le corps des rédacteurs d'administration générale du cadre d'administration générale de la Nouvelle-Calédonie, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a formé le 23 mars 2022 à l'encontre de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de la reclasser dans le 1er échelon du grade normal du corps des rédacteurs d'administration générale du cadre d'administration générale de la Nouvelle-Calédonie, avec une ancienneté conservée de 21,5 mois ;

3°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie une somme de 150 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa requête est recevable ;

- en se bornant à la classer au 1er échelon du grade normal, sans lui reconnaître la moindre ancienneté conservée au sein de cet échelon alors qu'elle disposait d'un reliquat de 21,5 mois d'ancienneté une fois le classement au 1er échelon effectué, le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a commis une erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 juin et le 5 septembre 2022, la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de Mme B.

Elle soutient que :

- la requête, qui ne peut être regardée que comme dirigée contre l'arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 18 janvier 2022, est tardive et dépourvue de l'exposé de tout moyen de droit ;

- l'arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 18 janvier 2022 n'est entaché d'aucune illégalité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- l'arrêté n° 2006-4189/GNC du 26 octobre 2006 portant attribution d'un point d'indice majoré aux agents publics territoriaux et communaux à compter du 1er novembre 2006 ;

- la délibération n° 230 du 13 décembre 2006 ;

- la loi du pays n° 2016-18 du 19 décembre 2016 ;

- la délibération n° 217 du 29 décembre 2016 ;

- la loi du pays n° 2021-4 du 12 mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Patet, avocat de la requérante et de Mme C, représentant le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, recrutée le 20 juin 2016 en tant qu'assistante médico-administratif au sein du centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie et bénéficiant depuis le 1er août 2018 d'un contrat à durée indéterminée, a été intégrée et titularisée à compter du 1er février 2022 dans le corps des rédacteurs d'administration générale du cadre d'administration générale de la Nouvelle-Calédonie, par application de la loi du pays n° 2016-18 du 19 décembre 2016 relative à la résorption de l'emploi précaire dans les fonctions publiques de Nouvelle-Calédonie. L'arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 18 janvier 2022 procédant à cette intégration lui a par ailleurs accordé une reprise d'ancienneté, en la classant au 1er échelon du grade normal, afin de tenir compte de ses 67 mois d'activité professionnelle antérieure dans des fonctions en rapport avec ceux de la catégorie à laquelle appartient le corps d'intégration. Estimant que cette reprise d'ancienneté aurait dû conduire en plus à l'octroi d'une ancienneté conservée de 21,5 mois au sein de cet échelon, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 18 janvier 2022, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a formé le 23 mars 2022 à l'encontre dudit arrêté.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ".

3. La Nouvelle-Calédonie fait valoir que la requête est tardive. Le délai de recours, qui a commencé à courir le 26 janvier 2022, date de notification de l'arrêté attaqué, a été prorogé par le dépôt d'un recours gracieux le 23 mars 2022. Il n'était par suite pas expiré au 5 mai 2022, date d'introduction de la requête.

4. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

5. La Nouvelle-Calédonie fait valoir que la requête ne contenait l'exposé d'aucun moyen. Toutefois, Mme B, en faisant valoir dans sa requête que " l'échelon actuel sur lequel [elle est] actuellement positionné (INM 302), ne reprend pas la totalité de [s]on ancienneté à compter de la date de mon contrat à durée indéterminée, signé le 1er Août 2018. L'INM de Janvier 2022 était de 317. ", doit être regardée comme ayant soulevé un moyen tiré de l'erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des fins de non-recevoir doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article 9 de la délibération n° 217 du 29 décembre 2016 prise en application de la loi du pays n° 2016-18 du 19 décembre 2016 relative à la résorption de l'emploi précaire dans les fonctions publiques de Nouvelle-Calédonie : " Les agents remplissant les conditions posées par la loi du pays n° 2016-18 du 19 décembre 2016 susvisée sont, titularisés dans le corps ou cadre d'emploi correspondant aux fonctions précédemment occupées dans les conditions fixées par l'article 6 de la loi du pays susvisée. ". Aux termes de son article 10 : " Les agents intégrés en application de la loi du pays n° 2016-18 du 19 décembre 2016 susvisée sont affectés au sein de la collectivité ou de l'établissement public pour le compte duquel ils exerçaient leurs fonctions au jour de leur demande d'intégration. ". Aux termes de son article 11 : " I- Les agents non fonctionnaires justifiant de l'exercice d'une ou plusieurs activités professionnelles accomplies en tant que salarié, dans des fonctions et domaines d'activités en rapport avec ceux de la catégorie à laquelle appartient le corps ou cadre d'emploi d'intégration, et sous réserve que ces activités aient été effectuées alors que l'intéressé était titulaire d'un diplôme permettant le recrutement au sein dudit corps, peuvent prétendre à une reprise de leur ancienneté ainsi acquise. / Les intéressés sont nommés dans le grade de recrutement à un échelon déterminé en prenant en compte la moitié de cette durée totale d'activité professionnelle, sans que cette dernière ne puisse excéder six années. La reprise d'ancienneté est calculée selon la durée moyenne d'avancement. / Toutefois, lorsque cette mesure a pour effet de procurer aux intéressés un traitement net, assorti des primes éventuellement servies, supérieur au dernier salaire antérieurement perçu en qualité d'agent public, ceux-ci sont nommés à un échelon égal ou immédiatement supérieur à celui correspondant à leur dernier salaire. / II- Si, à l'issue de leur classement, le montant de leur traitement brut indexé et augmenté de l'indemnité de résidence, est inférieur au salaire antérieurement perçu, ils sont maintenus, à titre personnel, à l'indice supérieur le plus proche de celui permettant à l'intéressé d'obtenir mensuellement un traitement brut indexé et augmenté de l'indemnité de résidence égal à 90 % du salaire de base mensuel antérieur : / 1° dans la limite du traitement brut indexé et augmenté de l'indemnité de résidence, afférent au dernier échelon du grade dans lequel il est classé ; / 2° sans que cet indice ne puisse être supérieur à celui qu'aurait atteint un agent fonctionnaire recruté à l'indice de stagiaire et justifiant de la même ancienneté et ayant bénéficié d'un avancement à la durée moyenne ; / 3° jusqu'au jour où ils atteignent dans leur grade un échelon comportant un indice au moins égal. / Le salaire de base antérieurement perçu pris en compte pour l'application du présent point est la moyenne des salaires bruts dont a bénéficiés l'agent dans son dernier emploi au cours des six derniers mois précédant la titularisation dans le corps ou le cadre d'emploi. / Le salaire brut ne prend pas en compte les divers régimes indemnitaires perçus par l'agent ni aucun élément accessoire lié à la situation familiale, au lieu de travail ou aux frais de transport. ".

8. Aux termes de l'article 14 de la délibération n° 230 du 13 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'administration générale de la Nouvelle-Calédonie : " Le corps des rédacteurs d'administration générale comprend deux grades : / - rédacteur principal ; / - rédacteur normal. ". Aux termes de son article 16 : " Les grades, échelons, ancienneté et indices sont fixés comme suit : Grade / () / Normal / () / Echelon : 2 / Avancement Ancienneté en mois / () / Durée Moyenne : 24 / () / INA : 275 / IB : 335 / Echelon : 1 / Avancement Ancienneté en mois / () / Durée Moyenne : 24 / () / INA : 259 / IB : 313 / Echelon : Stagiaire ou échelon intermédiaire de reclassement / () / Avancement Ancienneté en mois / () / Durée Moyenne : 12 / INA : 248 / IB : 295 ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui justifiait de 67 mois d'activité professionnelle antérieure dans des fonctions en rapport avec ceux de la catégorie à laquelle appartient le corps d'intégration, pouvait prétendre en application des dispositions de l'article 11 de la délibération n° 217 du 29 décembre 2016 à une reprise d'ancienneté à hauteur de 33,5 mois. S'il est vrai, qu'ainsi que l'indique la Nouvelle-Calédonie dans ses dernières écritures, l'article 11 de la délibération n° 217 du 29 décembre 2016, lorsqu'il dispose que " Les intéressés sont nommés dans le grade de recrutement à un échelon déterminé en prenant en compte la moitié de cette durée totale d'activité professionnelle, sans que cette dernière ne puisse excéder six années ", est silencieux sur le sort à donner au reliquat d'ancienneté susceptible de subsister une fois le classement dans l'échelon effectué, cet article implique néanmoins, afin de donner un plein effet au mécanisme de reprise d'ancienneté ainsi institué, que ce reliquat ne disparaisse pas et donne lieu à une ancienneté conservée au sein de l'échelon en cause. Par suite, Mme B est fondée à soutenir qu'en se bornant à la classer au 1er échelon du grade normal, sans lui reconnaître la moindre ancienneté conservée au sein de cet échelon alors qu'elle disposait d'un reliquat de 21,5 mois d'ancienneté une fois le classement au 1er échelon effectué, le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a commis une erreur de droit. Il y a lieu en conséquence de procéder à l'annulation de l'arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 18 janvier 2022, en tant qu'il n'accorde à Mme B aucune ancienneté conservée au sein du 1er échelon du grade normal. La décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 23 mars 2022 par Mme B à l'encontre de cet arrêté doit également être annulée, par voie de conséquence de l'annulation partielle de celui-ci.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

11. En raison du motif qui la fonde, l'annulation prononcée au point 9 du présent jugement implique nécessairement que le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie régularise la situation de Mme B, en lui accordant, à la date de sa titularisation, une ancienneté conservée de 21,5 mois au sein du 1er échelon de son grade. Il y a lieu d'enjoindre au président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de procéder à une telle régularisation, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 150 000 francs CFP euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 18 janvier 2022 est annulé, en tant qu'il n'accorde à Mme B aucune ancienneté conservée au sein du 1er échelon du grade normal.

Article 2 : La décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 23 mars 2022 par Mme B à l'encontre de l'arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 18 janvier 2022, est annulée.

Article 3: Il est enjoint au président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de régulariser la situation de Mme B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, en lui accordant, à la date de sa titularisation, une ancienneté conservée de 21,5 mois au sein du 1er échelon de son grade.

Article 4 : La Nouvelle-Calédonie versera à Mme B une somme de 150 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la Nouvelle-Calédonie, et au centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Pilven, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

B. BRIQUET

Le président,

D. SABROUX

Le greffier,

J. LAGOURDE

pc

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