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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2000178

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2000178

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2000178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFABRE-SAVARY-FABBRO, SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 19 février 2020,

3 janvier 2021 et 18 octobre 2021, l'association dénommée " commission des citoyens pour les droits de l'homme ", représentée par Me Jacquot, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures:

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne a refusé de lui communiquer la copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement établi du 1er janvier au 31 décembre 2017 ainsi que le rapport annuel établi pour l'année 2017 par l'établissement, rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne de lui communiquer une copie des documents administratifs demandés, sans occultation de l'identifiant anonymisé des patients ni des mentions quant au début, à la fin et à la durée des mesures d'isolement et de contention, en occultant les mentions permettant d'identifier les personnels de santé, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association informe d'une part le tribunal de ce qu'elle entend se désister de sa demande de communication du registre d'isolement et contention sans occultation des mentions permettant d'identifier les personnels de santé et d'autre part soutient que le défaut de communication des documents administratifs sollicités contrevient à la réglementation nationale et notamment aux dispositions de la loi du 12 avril 2000, désormais codifiées, dès lors qu'il s'agit de pièces publiques qui ne tombent sous aucun secret prévu par la loi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, le centre hospitalier

Andrée Rosemon de Cayenne, représenté par Me Fabre, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente des décisions du

Conseil d'Etat ;

3°) de mettre à la charge de la commission des citoyens pour les droits de l'homme la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre hospitalier fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la décision du Conseil constitutionnel n° 2020-844 du 19 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public,

- et les observations de Mme B substituant Me Fabre, représentant le centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne.

L'association " commission des citoyens pour les droits de l'homme " n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier électronique du 28 décembre 2018, l'association dénommée " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " (CCDH) a demandé au centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne de lui communiquer une copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement établi du 1er janvier au 31 décembre 2017 ainsi que le rapport annuel établi pour l'année 2017 par l'établissement, rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention. En l'absence de réponse de l'administration, dans le délai d'un mois prévu à l'article R. 311-13 du code des relations entre le public et l'administration, la requérante a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) d'une demande d'avis le 21 février 2019, laquelle a rendu un avis favorable à la communication le 21 mars 2019. Le centre hospitalier n'a toutefois pas fait droit à la demande de l'association à la suite de l'émission de cet avis. L'association requérante demande l'annulation de la décision implicite de rejet opposé à cette demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée à la requête :

2. Le centre hospitalier André Rosemon de Cayenne fait valoir que la CCDH ne justifie pas d'une qualité lui donnant un intérêt à agir pour contester la décision implicite de refus de lui communiquer les documents sollicités. Toutefois, les documents administratifs, au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration, sont communicables à toute personne qui en fait la demande, sans que cette personne ait à justifier d'un intérêt particulier à obtenir communication de tels documents. Dès lors que l'association requérante a demandé à un établissement public de santé communication des copies de documents qu'elle tient pour des documents administratifs communicables mais que cet établissement lui en a refusé la communication, elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité à déférer ce refus au juge administratif. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à la requête doit être écartée.

Sur l'étendue du litige :

3. Il y a lieu de donner acte du désistement partiel de l'association commission des citoyens pour les droits de l'homme en tant qu'elle exigeait l'absence d'occultation des mentions permettant d'identifier les personnels de santé du registre d'isolement et contention établi pour l'année 2017.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 300-2 de ce code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargés d'une telle mission ". Aux termes de l'article L. 311-6 dudit code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical () / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. / () ". Aux termes de l'article L. 311-7 du même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. ".

5.Aux termes de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique : " L'isolement et la contention sont des pratiques de dernier recours. Il ne peut y être procédé que pour prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, sur décision d'un psychiatre, prise pour une durée limitée. Leur mise en œuvre doit faire l'objet d'une surveillance stricte confiée par l'établissement à des professionnels de santé désignés à cette fin et tracée dans le dossier médical. / Un registre est tenu dans chaque établissement de santé autorisé en psychiatrie et désigné par le directeur général de l'agence régionale de santé pour assurer des soins psychiatriques sans consentement en application du I de l'article L. 3222-1. Pour chaque mesure d'isolement ou de contention, ce registre mentionne le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, sa date et son heure, sa durée et le nom des professionnels de santé l'ayant surveillée. Le registre, qui peut être établi sous forme numérique, doit être présenté, sur leur demande, à la commission départementale des soins psychiatriques, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires. L'établissement établit annuellement un rapport rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, la politique définie pour limiter le recours à ces pratiques et l'évaluation de sa mise en œuvre. Ce rapport est transmis pour avis à la commission des usagers prévue à l'article L. 1112-3 et au conseil de surveillance prévu à l'article L. 6143-1. "

6. Les dispositions précitées de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, qui prévoient, d'une part, que le registre de contention et d'isolement doit être présenté, sur leur demande, à la commission départementale des soins psychiatriques, au contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires et, d'autre part, que le rapport annuel rendant compte de ces pratiques est transmis pour avis à la commission des usagers et au conseil de surveillance de l'établissement, n'ont ni pour objet ni pour effet de soustraire ces documents aux règles du code des relations entre le public et l'administration régissant le droit d'accès aux documents administratifs. Par suite, ces dispositions ne sont pas applicables au litige, lequel porte exclusivement sur la communicabilité de ces documents.

7. Le registre des mesures d'isolement et de contention ainsi que le rapport annuel rendant compte de ces pratiques, qui sont produits et détenus par les établissements de santé dans le cadre de leur mission de service public, constituent des documents administratifs et sont donc communicables en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration sous réserve, le cas échéant, et conformément à l'article L. 311-6 du même code, de l'occultation des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée de personnes physiques, au secret médical ou qui feraient apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait leur porter préjudice.

8. En premier lieu, s'agissant du rapport annuel, il ressort des dispositions précitées de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique que ce rapport est un outil destiné à rendre compte des pratiques des établissements en matière d'isolement et de contention des patients hospitalisés sans leur consentement dans des unités ou établissements psychiatriques, que son contenu est issu de traitements statistiques de données médicales et de données liées à l'activité de l'établissement et qu'il est communiqué aux instances désignées à l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique et aux autorités de tutelles aux fins d'établir et adapter la politique sanitaire au niveau régional en matière d'isolement et de contention. Eu égard au contenu des données de ce rapport, la communication de celui-ci ne peut être regardée comme portant atteinte à la protection de la vie privée ou au secret médical d'une personne ou comme faisant apparaître le comportement d'une personne dont la divulgation pourrait lui porter préjudice. Ce rapport annuel est ainsi communicable dans son intégralité. Dans ces conditions, le refus implicite du centre hospitalier Andrée Rosemon de communiquer le rapport annuel sur les pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention de l'année 2017 est entaché d'illégalité.

9. En second lieu, s'agissant du registre des mesures de contention et d'isolement, les informations permettant d'identifier les patients doivent être occultées préalablement à sa communication, pour préserver le secret médical et la protection de la vie privée, comme doivent également l'être celles permettant d'identifier les soignants, pour éviter que la divulgation d'informations les concernant puisse leur porter préjudice, en application des articles L. 311-6 et L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, ce registre comporte des mentions qui ne sont pas soumises à occultation préalable avant leur communication, telles que les dates, les heures et la durée de chaque mesure de contention forcée ou d'isolement, ainsi que l'identifiant anonymisé de chaque patient qui n'est pas susceptible de faire apparaître le comportement d'une personne ni de porter atteinte à la protection de la vie privée de personnes physiques. Par ailleurs, il n'est pas établi que la mention de l'identifiant anonymisé des patients permettrait de les identifier et, ainsi, pourrait porter atteinte à la protection de leur vie privée, au secret médical ou pourrait faire apparaître leur comportement et, ce faisant, pourrait leur porter préjudice. Dans ces conditions, en refusant implicitement de communiquer le registre des mesures de contention et d'isolement établi au titre de l'année 2017, le directeur du centre hospitalier Andrée Rosemon a entaché sa décision d'illégalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne de communiquer à l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " le registre des mesures de contention et d'isolement établi pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017, et le rapport annuel rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, établi pour l'année 2017. Seront préalablement occultés tous les éléments permettant d'identifier les professionnels de santé. En revanche, ces documents devront être communiqués sans occultation de l'identifiant anonymisé des patients, des mentions quant au début, à la fin et à la durée des mesures d'isolement et de contentieux. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner cette mesure dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'association requérante, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre. En revanche, au même titre, le centre hospitalier Andrée Rosemon versera la somme de 400 euros à l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement partiel de l'association commission des citoyens pour les droits de l'homme en tant qu'elle exigeait l'absence d'occultation des mentions permettant d'identifier les personnels de santé du registre d'isolement et contention établi pour l'année 2017.

Article 2 : La décision implicite par laquelle le directeur du centre Andrée Rosemon de Cayenne a refusé de communiquer à l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " une copie du registre des mesures d'isolement et de contention établi pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017 ainsi qu'une copie du rapport rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention pour l'année 2017 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne de communiquer à l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " une copie du registre des mesures d'isolement et de contention établi pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017 ainsi qu'une copie du rapport rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention pour l'année 2017 établi par l'établissement. Cette communication sera faite selon les modalités prévues au point 10 des motifs du jugement et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le centre hospitalier Andrée Rosemon versera la somme de 400 euros à l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme, au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " et au centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne.

Copie en sera communiquée pour information à la commission d'accès aux documents administratifs et à l'agence régionale de santé de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

L. A

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

M.-T. LACAULa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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