jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2000226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ROBEIRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mars 2020, Mme C E B, représentée par Me Robeiri, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Cayenne à lui payer une indemnité de 400.000 euros en réparation des préjudices physique et moral occasionnés par le harcèlement moral et la discrimination dont elle a été victime ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient qu'elle a fait l'objet de discrimination et de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2021, le centre hospitalier de Cayenne, représenté par Me Magnaval conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1.500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. D,
- les observations de Me Robeiri pour Mme B et celles de Me Leguet, substituant Me Magnaval, pour le centre hospitalier de Cayenne.
Considérant ce qui suit :
1. Adjoint administratif, alors affectée en qualité de permanencière au service d'aide médicale urgente (SAMU) du centre hospitalier de Cayenne, Mme B, née en 1958, a été atteinte en décembre 2009 d'une méningite qui lui a laissé des séquelles auditives, lui ayant valu la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé le 24 mars 2011. Le 4 juillet 2013, s'estimant victime de mesures discriminatoires et vexatoires, de mutations arbitraires, puis de blocages dans son évolution de carrière, elle a saisi le Défenseur des droits. Le 26 septembre 2014, ce dernier a notamment relevé que les retards inexpliqués et les refus de mettre en place les aménagements préconisés par le médecin de prévention constituaient des manquements de l'employeur à l'obligation d'aménagement raisonnable garantie par les articles 6 et 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Il a, en outre, reconnu l'existence d'une discrimination au sens de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, puis a recommandé la mise en place dans les meilleurs délais des adaptations préconisées par le médecin de prévention, le réexamen du changement d'affectation de Mme B, puis l'examen de l'indemnisation de son préjudice moral. Saisi d'une demande indemnitaire par Mme B le 21 octobre 2014, le centre hospitalier lui a, par un courrier du 22 juin 2015, proposé un montant correspondant à dix-huit mois de salaire. Après avoir refusé cette proposition, Mme B a informé son employeur, le 6 août 2015, qu'elle l'acceptait. Par un courrier du 11 août suivant, le centre hospitalier a rejeté sa demande. Mme B, qui a présenté une nouvelle demande préalable le 4 novembre 2019, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Cayenne à lui payer une indemnité de 400.000 euros en réparation des préjudices physique et moral occasionnés par le harcèlement moral et la discrimination dont elle allègue avoir été victime, y compris postérieurement à l'avis émis par le Défenseur des droits.
Sur le cadre juridique :
2. D'une part, aux termes de l'article 6 quinquies alors en vigueur de la loi du 13 juillet 1983, désormais repris aux articles L.133-2 et L.133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. () ".
3. D'autre part, l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 définit comme une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement, notamment, de son handicap, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. En vertu de l'article 4 de la même loi, toute personne s'estimant victime d'une discrimination directe ou indirecte doit présenter devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. En vertu de l'article 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983, afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre, notamment aux travailleurs handicapés d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de l'exercer et d'y progresser ou pour qu'une formation adaptée à leurs besoins leur soit dispensée, sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées.
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ou de discrimination de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement ou à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si ces agissements sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
Sur la demande indemnitaire :
5. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui a repris en octobre 2010 ses fonctions au SAMU sans être déclarée inapte à de les assurer, a fait l'objet, du mois de janvier 2011 au mois de janvier 2014, d'une dizaine de changements d'affectation ne résultant ni d'une insuffisance professionnelle, ni d'une nécessité médicale liée à son inaptitude. Elle a ainsi été affectée successivement au service des plans et travaux, à l'unité médico-judiciaire, au service de gynécologie-obstétrique, au département d'information médicale, au SAMU, au centre pénitentiaire, au centre d'enseignement et de soins d'urgence, puis, en janvier 2014, au service de la médecine du travail. Lors de son affectation au SAMU, en octobre 2012, elle ne disposait d'aucun local et son affectation au centre d'enseignement et de soins d'urgence en avril 2013 a été contestée par le chef de service. En outre, des postes inadaptés à son handicap lui ont été proposés, notamment un poste au centre pénitentiaire en mars 2013. De septembre à octobre 2012, elle a été affectée au sein de l'unité médico-judiciaire sur un poste non aménagé incompatible avec son handicap, ce qui lui a valu des reproches injustifiés. Ces changements d'affectation ont fait obstacle à l'intégration professionnelle de l'intéressée, entravant l'évolution de sa carrière. Préconisés par le médecin du travail en 2010, les aménagements de son poste n'ont été que partiellement réalisés à compter du mois d'août 2013 et les équipements conseillés en février 2014 par une association spécialisée n'ont pas été installés. Par ailleurs, affectée au département d'information médicale en octobre 2011, Mme B n'a pu mener à son terme sa formation de technicienne en information médicale en raison du refus de son employeur de financer son stage en immersion et de sa mutation au sein de l'unité médico-judiciaire. Ainsi que l'a relevé le Défenseur des droits, ces retards et carences, qui ne représentaient pas une charge disproportionnée, constituent des manquements de l'employeur à son obligation d'aménagement raisonnable garantie par les articles 6 et 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983 et révèlent des agissements constitutifs de harcèlement moral et de discrimination de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Cayenne. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral occasionné de ce chef à la requérante en lui allouant une indemnité de 10.000 euros. En revanche, si la requérante invoque la dégradation de son état de santé occasionnée par une souffrance au travail, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que ses " poussées de tension ", accompagnées de vertiges et d'acouphènes auraient été directement occasionnées par ses conditions de travail. Sa demande de réparation de son " préjudice physique " ne peut, dès lors, qu'être écartée.
6. Mme B fait valoir que la saisine du Défenseur des droits a provoqué à son encontre " une campagne de représailles ", puis qu'elle s'est retrouvée sans affectation pendant un an à compter du mois de janvier 2014, Il résulte, toutefois, de l'instruction, notamment du rapport qu'elle a établi le 8 juillet 2014, qu'au cours de son affectation en qualité d'assistante santé au travail au service de la médecine du travail à compter du mois de janvier 2014, en dépit de l'absence de validation de sa fiche de poste et des réticences d'une secrétaire au partage des tâches, Mme B n'était pas dépourvue d'attributions effectives et bénéficiait des équipements qu'elle avait elle-même choisis, téléphone spécifique, sonnette lumineuse et fauteuil ergonomique. Si la requérante fait valoir qu'en février 2014, elle a été privée de son bureau climatisé et aménagé et s'est vu attribuer un des bureaux les moins confortables, il résulte de l'instruction que par un courrier du 23 janvier 2014, le médecin du travail lui a proposé d'échanger son bureau avec le sien et que Mme B, qui s'est bornée à réitérer ses demandes tendant à l'adaptation de son poste de travail, ne s'est pas clairement opposée à cette proposition. En outre, le défendeur fait valoir sans être contredit sur ce point qu'elle a reçu des propositions alternatives. Si Mme B indique, en outre, avoir subi devant ses collègues des propos vexatoires de la part de son chef de service au cours de la réunion organisée le 20 juin 2014 suite à ses demandes réitérées, elle ne produit aucun témoignage circonstancié de nature à établir que les reproches adressés excédaient manifestement les limites du pouvoir hiérarchique. Il en va de même du signalement effectué au cours du mois d'août suivant par son chef de service au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail du danger représenté par les risques de chute des plantes vertes que Mme B avait déposées sur une armoire. S'il est vrai que le courrier qui lui a été adressé le 18 août 2014 par l'avocat de son chef de service, la menaçant d'un dépôt de plainte avec constitution de partie civile, au cas où elle persisterait à alerter son employeur et son syndicat, révèle de graves conflits interpersonnels, cette tentative d'intimidation, pour regrettable qu'elle soit, ne saurait à elle seule engager la responsabilité de son employeur. Il en va de même de la circonstance, également regrettable, que son supérieur hiérarchique aurait émis des propos désobligeants sur sa santé mentale et de la circonstance, au demeurant non établie, que des archives poussiéreuses auraient été entreposées dans son bureau, en dépit de ses problèmes respiratoires. Si, suite à la reprise des fonctions de Mme B, placée en arrêt de travail du 10 juillet au 12 août 2014, certaines missions lui ont été retirées en septembre 2014, notamment l'accueil du personnel et la gestion des plannings, le centre hospitalier fait valoir sans être sérieusement contredit sur ce point que cette diminution des responsabilités était justifiée par les difficultés occasionnées par le dysfonctionnement de l'appareil auditif de l'intéressée, qui avait refusé une réorganisation de son travail visant à limiter l'usage du téléphone. En février 2015, compte tenu notamment des conflits persistants avec son chef de service et sa collègue, ayant donné lieu à une demande de protection fonctionnelle présentée le 20 août 2014 par son syndicat, Mme B a été mutée en qualité d'assistante médico-sociale au service social du personnel. En dépit de son intégration dans ce poste et alors qu'elle préparait le diplôme d'état d'assistant de service social, elle s'est retrouvée sans affectation suite au départ de l'assistante sociale et sa demande de validation des acquis de l'expérience a été refusée. Elle a alors tenté d'achever sa formation de technicienne en information médicale et s'est vu proposer au bureau des entrées un poste de technicien d'information médicale transformé en poste d'administrateur d'identité. Ayant obtenu son diplôme universitaire d'études complémentaires, elle a sollicité deux nouvelles affectations, qui lui ont également été refusées, un poste de coordonnateur de gestion des risques au grade de technicien hospitalier et un poste au service des urgences. Toutefois, contrairement à ce qu'elle soutient, l'établissement n'était pas " tenu de changer son statut ". Aucun des éléments exposés ci-dessus ne révèlent, pour la période postérieure à l'avis émis par le Défenseur des droits, une discrimination ou des agissements répétés qui excéderaient les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Cayenne à lui payer une indemnité de 10.000 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante, la somme que le centre hospitalier de Cayenne demande à ce titre. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'affaire, de mettre à la charge du centre hospitalier de Cayenne la somme de 1.200 euros à payer à Mme B sur le même fondement.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier de Cayenne versera une indemnité de 10.000 euros à Mme B.
Article 2 : Le centre hospitalier de Cayenne versera à Mme B la somme de 1.200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Les conclusions du centre hospitalier de Cayenne présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E B et au centre hospitalier de Cayenne.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
M.T. A Le président,
Signé
L. MARTINLe greffier,
Signé
J. LEBOURG
La République B et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026