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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2000659

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2000659

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2000659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHOW CHINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 août 2020 et le 25 octobre 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 juin 2020 par laquelle le président de la collectivité territoriale de Guyane a rejeté sa demande de communication de documents administratifs ;

2°) d'enjoindre au président de la collectivité territoriale de Guyane de lui communiquer les documents sollicités ;

3°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Guyane la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commission d'accès aux documents administratifs a rendu un avis favorable à la communication des documents sollicités ;

- la communication de ces pièces permettrait d'apporter " un nouvel éclairage dans le cadre de sa demande de reconnaissance d'une maladie professionnelle, d'un accident de travail et de la faute inexcusable de l'employeur au regard des faits relatés ".

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 novembre 2020 et le 14 octobre 2022, la collectivité territoriale de Guyane, représentée par Me Chow-Chine, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable et, subsidiairement, que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par des courriers du 5 janvier 2022 et du 10 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens d'ordre public relevés d'office, tirés de :

- la tardiveté de la requête en raison de la méconnaissance du délai de deux mois pour saisir le tribunal ;

- de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête en raison de la tardiveté de la saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;

-et les observations de Me Page, se substituant à Me Chow-Chine, représentant la collectivité territoriale de Guyane.

Mme B n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, attachée territoriale affectée à la collectivité territoriale de Guyane entre 2015 et 2018, a sollicité la communication d'un certain nombre de documents manquant à son dossier administratif par un courrier adressé au président de la collectivité le 19 février 2019. A la suite du silence gardé par l'administration, elle a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) par un courriel du 16 octobre 2019. Par un courrier du 11 juin 2020, le président de la collectivité territoriale de Guyane l'a informée qu'il était dans l'impossibilité matérielle de lui fournir les documents demandés malgré l'avis favorable de la commission. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 11 juin 2020 par laquelle le président de la collectivité territoriale de Guyane a maintenu son refus de faire droit à sa demande de communication de documents administratifs.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 343-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'intéressé dispose d'un délai de deux mois à compter de la notification du refus ou de l'expiration du délai prévu à l'article R. 311-13 pour saisir la Commission d'accès aux documents administratifs ". Aux termes de l'article R. 311-13 du même code : " Le délai au terme duquel intervient la décision mentionnée à l'article R. 311-12 est d'un mois à compter de la réception de la demande par l'administration compétente. ". Aux termes de l'article R. 311-12 dudit code : " Le silence gardé par l'administration, saisie d'une demande de communication de documents en application de l'article L. 311-1, vaut décision de refus. ". Enfin, le deuxième alinéa de l'article L.342-1 de ce code dispose que : " La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. ".

3. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 du même code, aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ", ni celles de son article L. 112-6 selon lesquelles : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ". Il en va de même, en vertu des dispositions de l'article L. 412-1 de ce code, pour celles de l'article L. 412-3, aux termes desquelles : " La décision soumise à recours administratif préalable obligatoire est notifiée avec l'indication de cette obligation ainsi que des voies et délais selon lesquels ce recours peut être exercé () ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période d'un mois suivant la réception d'une demande de communication de documents, le délai de deux mois pour former le recours administratif préalable obligatoire devant la CADA court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour former son recours.

5. En l'espèce, le silence gardé par l'administration sur la demande présentée le 19 février 2019 par Mme B a fait naître une décision implicite de rejet le 19 mars 2019. En application des dispositions citées aux points qui précèdent, l'intéressée disposait d'un délai de deux mois pour saisir la CADA d'une demande d'avis, soit jusqu'au 20 mai 2019. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que la requérante n'a sollicité l'avis de la CADA sur la communication des documents demandés que le 16 octobre 2019, son recours administratif préalable obligatoire était tardif. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de la requête ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la collectivité territoriale de Guyane, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la collectivité territoriale de Guyane au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la collectivité territoriale de Guyane présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la collectivité territoriale de Guyane.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. C

Le président,

Signé

L. MARTIN La greffière,

Signé

M-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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