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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2000737

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2000737

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2000737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJURISGUYANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 11 septembre 2020, 19 février 2021, 16 janvier et 18 mars 2022, M. A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 18 avril 2016 par laquelle la communauté de communes de l'est guyanais a refusé de lui reverser des indemnités de départ ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes de l'est guyanais le versement de la somme de 47 327,40 euros, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et assortie des intérêts au taux légal ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes de l'est guyanais la somme de 15 000 euros, en réparation des préjudices matériels et moraux qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal ;

4°) de mettre à la charge de la communauté de communes de l'est guyanais la somme de 3 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision du 18 avril 2016 est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 1234-20 du code du travail ;

- la communauté de communes de l'est guyanais, en refusant de lui remettre tant le certificat de travail que le solde de tout compte prévus par le code du travail, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- l'absence de versement des indemnités qu'il estime lui être dues lui a causé un préjudice financier d'un montant de 47 327,40 euros et un préjudice matériel et moral d'un montant de 15 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 et 31 janvier 2023, la communauté de communes de l'est guyanais, représenté par la SELARL Jurisguyane, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle fait valoir que, d'une part, le requérant a été condamné par le tribunal correctionnel de Cayenne pour des faits s'étant déroulés dans le cadre de ses fonctions au sein de la communauté de communes de l'est guyanais, d'autre part, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé et, enfin, que les créances qu'il estime avoir sur la communauté de communes de l'est guyanais sont prescrites.

Par un courrier du 2 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions indemnitaires étaient susceptibles d'être fondées sur un moyen d'ordre public tiré de leur irrecevabilité pour tardiveté du fait de leur enregistrement au-delà d'un délai de deux mois à compter de la décision par laquelle la communauté de communes de l'est guyanais a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable du 21 janvier 2015.

Par un deuxième courrier du 3 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 avril 2016 étaient susceptibles d'être fondées sur un moyen d'ordre public tiré de leur irrecevabilité pour tardiveté dès lors qu'elles ont été enregistrées au-delà d'un délai raisonnable d'un an à compter de la date à laquelle le requérant en a eu connaissance le 23 avril 2016.

Par un troisième courrier du 3 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices matériels et financiers qu'il estime avoir subis étaient susceptibles d'être fondées sur un moyen d'ordre public tiré de leur irrecevabilité pour défaut de demande indemnitaire préalable.

La communauté de communes de l'est guyanais a produit des observations le 5 février 2023 aux différents moyens d'ordre public soulevés par le tribunal, qui ont été communiquées.

M. B a produit un mémoire en réplique, enregistré le 6 février 2023, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les conclusions de M. D ;

- les observations de Me Lingibé, représentant la communauté de communes de l'est guyanais ;

- M. B n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, attaché territorial, a été recruté en tant que directeur général des services de la communauté de communes de l'est guyanais pour une période de trois ans à compter du 14 mars 2011. Son contrat a été renouvelé pour une durée de trois mois à compter du 14 mars 2014. Par un courrier du 21 janvier 2015, M. B a demandé à la communauté de communes de l'est guyanais de lui verser la somme totale de 47 327,40 euros au titre de l'indemnité compensatrice de congés annuels, d'un rappel de traitement pour le mois de mars 2014 et de frais de missions qu'il estime lui être dus. Par une décision du 18 avril 2016, la communauté de communes de l'est guyanais a refusé de lui reverser les indemnités de départ sollicitées par un courrier du 11 avril 2016. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 18 avril 2016 et de mettre à la charge de la communauté de communes de l'est guyanais les sommes de 47 327,40 et 15 000 euros au titre des différents préjudices qu'il estime avoir subis en l'absence de versement des sommes qu'il estime lui être dues dans le cadre de ses anciennes fonctions de directeur général des services de la communauté de communes de l'est guyanais.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 avril 2016 :

2. Aux termes de l'article de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Il en résulte que lorsque la notification ne comporte pas les mentions requises, ce délai n'est pas opposable.

3. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des écritures du requérant enregistrées le 18 mars 2022, qu'il a eu connaissance de la décision litigieuse le 23 avril 2016, laquelle ne comportait pas la mention des voies et délais de recours. Par suite, M. B pouvait former un recours à l'encontre de cette décision dans un délai d'un an à compter du 23 avril 2016. Sa requête ayant été enregistrée le 11 septembre 2020, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 avril 2016 sont tardives et, partant, irrecevables. Il y a donc lieu de les rejeter pour ce motif.

Sur les conclusions indemnitaires :

S'agissant de la somme de 47 327,40 euros :

5. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours () ". Toutefois, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Enfin, l'article L. 231-4 du même code prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

7. Il résulte de l'instruction que M. B, attaché territorial, a formé une demande indemnitaire préalable par un courrier du 21 janvier 2015, d'un montant de 47 327,40 euros. A défaut de réponse dans un délai de deux mois à compter de cette date, une décision implicite de rejet est née le 21 mars 2015. Le délai de recours contentieux a donc commencé à courir à compter du 21 mars 2015 pour expirer le 23 mai 2015. Par suite, dès lors que la requête n'a été enregistrée que le 11 septembre 2020, les conclusions indemnitaires présentées par M. B d'un montant de 47 327,40 euros sont tardives et, partant irrecevables. Il s'ensuit qu'elles doivent être rejetées pour ce motif.

S'agissant de la somme de 15 000 euros :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

9. En l'espèce, il ne résulte ni de la demande préalable du 21 janvier 2015, ni d'aucune des pièces du dossier que M. B aurait formé une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices matériels et moraux qu'il estime avoir subis à hauteur de 15 000 euros et, partant, susceptible de faire naître une décision de nature à lier le contentieux. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté de communes de l'est guyanais la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices que M. B estime avoir subis sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté de communes de l'est guyanais la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu non plus, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la communauté de communes de l'est guyanais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes de l'est guyanais présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes de l'est guyanais.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

S. C

Le président,

Signé

L. MARTIN Le greffier,

Signé

M.-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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