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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2001164

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2001164

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2001164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMATHIEU ET ASSOCIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 24 novembre 2020 et 28 avril 2022, M. A C, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2020 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 27 juin 2022, les parties ont été informées de ce que les conclusions de la requête étaient susceptibles d'être fondées sur un moyen d'ordre public tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les conclusion de M. Hégesippe, rapporteur public ;

- et les observations de Me Seube, se substituant à Me Gay, représentant M. C, le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né en 1997 à Aquin en Haïti, est, selon ses déclarations, entré en France en 2016. Il a sollicité le 26 décembre 2019 le bénéfice d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 septembre 2020, le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la méconnaissance du champ d'application de la loi tirée de l'exception de nationalité, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont considérées comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française [] ". Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Aux termes de l'article 20 du même code : " L'enfant qui est français en vertu des dispositions du présent chapitre est réputé avoir été français dès sa naissance, même si l'existence des conditions requises par la loi pour l'attribution de la nationalité française n'est établie que postérieurement [] " et aux termes de son article 20-1 : " La filiation de l'enfant n'a d'effet sur la nationalité de celui-ci que si elle est établie durant sa minorité ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 29 du code civil : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire à l'exception des juridictions répressives comportant un jury criminel ". Aux termes de l'article R. 771-2 du code de justice administrative : " Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse relevant de la compétence de la juridiction judiciaire, la juridiction administrative initialement saisie la transmet à la juridiction judiciaire compétente ". Il s'ensuit que le juge administratif peut connaître, même d'office, d'une exception de nationalité à un litige relevant de sa compétence à condition qu'elle ne présente pas de difficulté sérieuse.

4. Il ressort des pièces du dossier que le père du requérant, M. B C, ressortissant haïtien né en 1974, a été naturalisé français par un décret du 5 octobre 1995. M. C a été reconnu le 21 décembre 2006, durant sa minorité, par son père français auprès des autorités civiles de la République d'Haïti, ainsi qu'il ressort de la copie de son acte de naissance. En l'état du dossier, la nationalité française de M. C doit être tenue pour établie, sans que cela ne présente de difficultés sérieuses, dès lors que le préfet ne conteste pas ce point. Le requérant ne relève donc pas du champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'arrêté litigieux est entaché d'une méconnaissance du champ d'application de la loi et doit, pour ce motif, être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu et à la nationalité française du requérant, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane de délivrer un titre de séjour temporaire à M. C ni même qu'il lui soit enjoint de réexaminer sa situation.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 900 euros à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 septembre 2020 du préfet de la Guyane est annulé.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 900 euros à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Guyane.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur, au président du tribunal judiciaire de Cayenne et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Cayenne.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

S. D

Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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