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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2001263

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2001263

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2001263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTSHEFU EMILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés le 7 décembre 2020, le

14 décembre 2020, le 7 janvier 2021, le 15 mars 2021 et le 16 juin 2021, M. I A, représenté par Me Tshefu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Guyane du 17 novembre 2020 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler pendant ce réexamen ;

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme ;

- En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qui concerne l'ancienneté de son séjour en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2021, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

2 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité surinamienne, né en 1993, est entré en France en 1999. Par un courrier du 21 août 2020, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 novembre 2020, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant trois ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, il ressort de l'article 4 de l'arrêté du préfet de la Guyane du 6 janvier 2020 portant délégation de signature à M. E F, directeur général de la sécurité, de la réglementation et des contrôles, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Guyane le 7 janvier 2020, que le préfet de la Guyane lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les actes référencés apparaissant à l'article 4 et regroupés dans la rubrique " éloignement et contentieux ". En vertu des termes de cette rubrique, M. F a été expressément habilité à signer les arrêtés portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire avec et sans délai. L'article 13 du même arrêté prévoit que : " dans chacun de ses domaines de compétences, M. E F peut subdéléguer sa signature aux agents placés sous son autorité pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles il a reçu la présente délégation ". Par un arrêté n° R03-2020-03-18-002 du 18 mars 2020 publié le

19 mars 2020 au recueil des actes administratifs n° R03-2020-56 de la préfecture de la région Guyane, M. E F a donné une subdélégation de signature à M. B H, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C G, l'ensemble des actes relatifs à l'activité de la direction de l'immigration et de la citoyenneté tels que définis notamment à l'article 4 de la délégation de signature de M. F. Par suite, et dès lors qu'il n'est ni établi ni allégué que M. G n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen selon lequel l'arrêté attaqué serait entaché d'un vice de compétence manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".M. A soutient d'une part qu'il réside en France depuis l'âge de 7 ans, qu'il y a suivi une scolarité, fait des études et des formations professionnelles et travaillé quelques mois en 2012 et 2013, d'autre part qu'il est le père d'un enfant né en France, et enfin qu'il a un projet professionnel. Toutefois, M. A, qui ne conteste pas le fait que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public eu égard aux condamnations répétées et aux multiples incarcérations dont il a fait l'objet entre 2012 et 2019 et qui n'apporte aucune précision ni sur ses liens avec son enfant ni sur l'identité et l'éventuel droit au séjour de sa mère n'établit pas l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, de ses conditions d'existence, de son insertion dans la société française. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations précitées et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. La décision attaquée vise les textes dont il est fait application et mentionne de manière suffisamment précise les faits qui la motivent. Elle fait par ailleurs état de la situation personnelle, familiale et pénale de l'intéressé au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

6. Pour les motifs exposés au point 4, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : / 1° Si le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

8. Il ressort des termes de la décision attaquée d'une part qu'elle vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'autre part qu'elle se fonde sur le fait que la présence en France de M. A constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle fait état de la situation de M. A, eu égard notamment à la durée de sa présence sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France, à une précédente mesure d'éloignement du

8 août 2014, ainsi que les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une menace pour l'ordre public. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

11. En second lieu, la décision attaquée mentionne que M. A est entré en France le 15 octobre 1999, soit 21 ans avant la décision attaquée. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, caractérisées d'une part par l'absence de justification de liens familiaux et d'intensité des attaches familiales du requérant en France et d'autre part par le fait que sa présence constitue un trouble à l'ordre public, cette ancienneté n'est pas de nature, à entacher d'illégalité la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I A, au préfet de la Guyane et à Me Tshefu.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

E. D

Le président,

Signé

L. MARTIN

La greffière,

Signé

M.-Y. METELLUS

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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