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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2001281

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2001281

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2001281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBALIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 9 décembre 2020,

30 décembre 2020 et 20 juillet 2021, M. E F, représenté par Me Balima, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, subsidiairement de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. E F soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence et d'un défaut de motivation ;

- le préfet a commis des erreurs de fait ; il a méconnu les stipulations des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que les dispositions des articles

L.313-11 7° et L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a porté atteinte au droit à l'éducation garanti par le préambule de la Constitution.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Briolin pour le préfet de la Guyane.

La requérant n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 24 août 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la légalité externe :

2. L'arrêté en cause a été signé par M. D, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2020-03-18-002 du

18 mars 2020 régulièrement publié, d'une subdélégation de M. B, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de

M. C, à l'effet de signer les décisions relevant du bureau de l'éloignement et du contentieux. Il n'est pas établi que M. C n'aurait pas été absent ou empêché. M. B bénéficiait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté

n° R03-2020-02-27-003 du 27 février 2020, dont l'article 4 vise notamment les refus de séjour et les mesures d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque donc en fait.

3. Le préfet a reproduit les dispositions alors en vigueur du 7° de l'article

L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis mentionné les éléments de la situation personnelle et familiale de M. F fondant le refus de l'admettre au séjour. Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Le préfet a visé les dispositions du 3° du I de l'article L.511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le prononcé d'une mesure d'éloignement notamment lorsqu'un titre de séjour a été refusé à l'étranger. Dans un tel cas, en vertu du dixième alinéa du I de l'article L.511-1, la motivation de la mesure d'éloignement se confond avec celle du refus de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas de mention spécifique, dès lors, que comme en l'espèce, ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives permettant de l'assortir d'une mesure d'éloignement ont été rappelées.

5. En revanche, le préfet s'est borné à viser l'article L.513-2 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans mentionner les considérations de fait fondant la décision distincte fixant le pays de renvoi. Il a ainsi insuffisamment motivé sa décision.

Sur la légalité interne :

6. Il ne ressort ni des mentions de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier que le préfet aurait entaché ses décisions d'une erreur de fait.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Né le

19 avril 1990, M. F est entré en France selon ses dires en mars 2014 à l'âge de

vingt-trois ans. Il invoque la présence en Guyane de sa compagne, de leur fils né à Cayenne le 25 juin 2019, de trois cousins, de son oncle, de sa tante et de son réseau d'amis. Toutefois, il n'apporte aucun élément ni sur le droit au séjour de sa compagne, de nationalité haïtienne, ni même sur les circonstances particulières qui lui donneraient vocation à résider durablement en France. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à la poursuite de la vie familiale de M. F hors de France. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu, en outre, des conditions de séjour en France de l'intéressé, qui n'a pas déféré à une précédente obligation de quitter le territoire du 10 décembre 2017, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte applications des dispositions du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Compte tenu de la possibilité de reconstituer la cellule familiale hors de France, le préfet n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur du fils de M. F. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent donc qu'être écartés. Le fils de M. F pouvant poursuivre sa scolarité hors de France, aucune atteinte au principe d'égal accès à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture garanti par le treizième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958 n'est caractérisée.

9. Enfin, les dispositions alors en vigueur de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être utilement invoquées dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné le droit au séjour de M. F sur ce fondement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 août 2020 en tant que, par son article 3, il fixe le pays de renvoi.

11. Le présent jugement n'implique, sur le fondement des articles L.911-1 et L.911-2 du code de justice administrative, ni la délivrance d'un titre de séjour, ni même le réexamen de la situation de M. F.

12. L'Etat n'étant pas la partie perdante pour l'essentiel, les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté pris le 24 août 2020 par le préfet de la Guyane à l'encontre de

M. F est annulé en tant que, par son article 3, il fixe le pays de renvoi.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet de la Guyane.

Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M.T. A Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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