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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2001284

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2001284

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2001284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJUNIEL AUDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2020, Mme A C, représentée par Me Juniel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours ;

2°) d'enjoindre au préfet sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance.

Mme C soutient que :

- le refus de séjour est entaché d'une erreur de fait ; il est pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions des articles L.313-11 7° et L.313-11 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est entaché d'une appréciation manifestement erronée de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la mesure d'éloignement est fondée sur un refus de séjour illégal et entachée d'une erreur de fait.

Le préfet de la Guyane a présenté un mémoire postérieurement à la clôture de l'instruction.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 14 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Briolin pour le préfet de la Guyane.

La requérante n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours.

2. Si le préfet a relevé que Mme C ne justifiait pas d'une intégration économique en France, cette mention ne révèle aucune erreur de fait. Il ne ressort pas des mentions de l'arrêté contesté que le préfet se serait mépris sur la durée de présence en France de l'intéressée.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu du 7° de l'article L.313-11 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Née en septembre 1993, entrée en France en 2011 à l'âge de dix-huit ans, Mme C y a été scolarisée jusqu'en 2015. Elle a bénéficié d'une carte de séjour temporaire du 18 juin 2018 au 17 juin 2019. Elle invoque la présence en France de sa mère, en situation régulière, de son demi-frère, de nationalité française, et de son oncle. Toutefois, célibataire, sans enfants, elle n'est pas dépourvue d'attaches hors de France, notamment aux Etats-Unis où réside son père en situation régulière. Dans les circonstances de l'affaire, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte application du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Dans les circonstances exposées au point 3, le refus de séjour n'est pas fondé sur une appréciation manifestement erronée de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.

5. Enfin, les dispositions alors en vigueur du 1° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être utilement invoquées dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné le droit au séjour de Mme C sur ce fondement.

6. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité du refus de séjour invoquée à l'encontre de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écartée.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2020. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles à fin d'injonction et en tout état de cause, celles tendant à ce que les dépens de l'instance soient mis à la charge de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M.T. B Le président,

Signé

L. MARTIN

La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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