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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2001393

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2001393

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2001393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTSHEFU EMILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 31 décembre 2020,

5 janvier 2021 et 8 janvier 2021, la société L'Amourette, représentée par Me Tshefu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2020 par lequel le sous-préfet de

Saint-Laurent du Maroni a ordonné la fermeture administrative pour une durée de deux mois de l'établissement qu'elle exploite à Saint-Laurent du Maroni ;

2°) de condamner l'Etat à lui payer des indemnités de 500 euros par jour de fermeture au titre de la perte d'exploitation, de 1.000 euros pour la perte de stock et des dommages et intérêts d'un montant de 30.000 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5.000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La société L'Amourette soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence et d'un défaut de motivation ; il a été pris en violation des dispositions des articles L.3332-15 du code de la santé publique et 24 de la loi du 12 avril 2000 ; il n'a pas été précédé d'un avertissement ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ; la sanction est manifestement disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2021, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête, en opposant la fin de non-recevoir tirée de l'absence de production de l'intégralité de l'arrêté attaqué, puis en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté n° R03-2020-11-02-003 du 2 novembre 2020 portant mesures de prévention et restrictions dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de covid-19 en matière d'accueil du public ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. D,

- les observations de Mme B pour le préfet de la Guyane.

La société requérante n'étant pas représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L.3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. () 4. Les () atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 () doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation. 5. A l'exception de l'avertissement prévu au 1, les mesures prises en application du présent article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration () ".

2. La société L'Amourette, qui exploite à Saint-Laurent du Maroni une activité de restauration sur place et à emporter, conteste l'arrêté du 22 décembre 2020 par lequel le

sous-préfet de l'arrondissement a décidé, sur le fondement des dispositions précitées du 2 de l'article L.3332-15 du code de la santé publique, la fermeture administrative de son établissement pendant deux mois, puis demande la condamnation de l'Etat à réparer le préjudice qu'elle estime avoir subi.

3. L'arrêté contesté ayant été signé par M. C, sous-préfet de

Saint-Laurent du Maroni, qui disposait d'une délégation du préfet de la Guyane en vertu de l'article 1er de l'arrêté n° R03-2020-01-06-010 du 6 janvier 2020 à l'effet de de signer tous actes et mesures se rapportant notamment aux autorisations concernant la police de la voie publique et les débits de boissons, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.

4. Le sous-préfet a visé notamment l'article L.3332-15 du code de la santé publique, l'arrêté municipal réglementant les horaires des débits de boisson et l'arrêté préfectoral du 2 novembre 2020 portant mesures de prévention dans le cadre de la lutte contre la propagation de la covid-19, puis mentionné les faits reprochés à l'établissement, tapage nocturne et défaut de respect des " gestes barrière ". Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. La mesure de police prise sur le fondement du 2 de l'article L.3332-15 du code de la santé publique n'a pas à être précédée de l'avertissement prévu au 1 du même article.

6. Les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, abrogées par ordonnance du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration, ne peuvent être utilement invoquées. Par un courrier du 14 décembre 2020, le sous-préfet de Saint-Laurent du Maroni a rappelé à l'exploitant les faits constatés le

12 décembre 2020, lui a indiqué qu'il envisageait de prendre une mesure de fermeture temporaire, puis l'a invité à présenter ses observations, ce qu'a fait la gérante de l'établissement le 19 décembre suivant sous l'intitulé " recours gracieux ". Les dispositions du premier alinéa de l'article L.122-1 du code des relations entre le public et l'administration prévoyant que les décisions mentionnées à l'article L.211-2 du même code n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales, n'ont donc pas été méconnues.

7. Les mesures de fermeture prises au titre des dispositions de l'article L.3332-15 du code de la santé publique ont pour objet, quel que soit, au sein de cet article, le fondement légal qu'elles retiennent, de prévenir la répétition ou la poursuite de désordres liés au fonctionnement de l'établissement et présentent le caractère de mesures de police administrative. L'existence d'une atteinte à l'ordre public de nature à justifier la fermeture d'un établissement s'apprécie objectivement, ce dont il résulte que la condition, posée par les dispositions précitées pour les fermetures prévues au 2 de cet article, tenant à ce qu'une telle atteinte soit en relation avec la fréquentation de cet établissement, peut être regardée comme remplie indépendamment du comportement des responsables de cet établissement.

8. Le rapport établi le 13 décembre 2020 par les services de gendarmerie, qui fait état de deux passages de la brigade territoriale, l'un à 21 heures 18, l'autre environ

quarante-cinq minutes plus tard, mentionne un tapage nocturne, le stationnement de nombreux véhicules aux abords de la chaussée, la présence d'une centaine de personnes, parmi lesquelles un disc-jockey et de nombreux danseurs sur une piste aménagée à gauche du restaurant, puis relève, l'absence de respect des gestes barrières, notamment le port du masque et la distanciation physique, prescrits par l'article 15 de l'arrêté préfectoral

n° R03-2020-11-02-003 du 2 novembre 2020 portant mesures de prévention et restrictions dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de covid-19 en matière d'accueil du public. Si la société requérante fait valoir que les gendarmes ne sont pas entrés dans l'établissement et qu'aucune piste de danse n'était aménagée, elle a elle-même admis lors dans son courrier du 19 décembre 2020 qu'une trentaine de convives dansaient à proximité de leurs tables. Ni les captures d'écran des caméras de vidéosurveillance, ni aucune autre pièce du dossier ne suffisent à remettre en cause la valeur probante du rapport de gendarmerie, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. L'arrêté contesté n'est donc pas fondé sur des faits matériellement inexacts. Ces faits caractérisent une atteinte à l'ordre public de nature à justifier légalement la fermeture de l'établissement sur le fondement du 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Dans les circonstances particulières de l'affaire, compte tenu en particulier du contexte sanitaire, le sous-préfet a pu, sans erreur manifeste d'appréciation, prononcer cette fermeture pour une durée de deux mois.

9. Enfin, le moyen tiré du caractère manifestement disproportionné de la sanction, invoqué à l'encontre de la mesure de police en cause, qui ne peut être regardée comme une sanction, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Guyane, que la société L'Amourette n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2020. En l'absence d'illégalité fautive, ses conclusions indemnitaires, au demeurant non précédées d'une demande préalable, ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, en tout état de cause, en l'absence de demande d'aide juridictionnelle, des conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société L'Amourette est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société l'Amourette et au ministre de l'intérieur.

Une copie en sera adressée au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M.T. A Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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