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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100134

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100134

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTSHEFU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2021, Mme A B, représentée par Me Tshefu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 et 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3, 5 et 8 de la CEDH ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 23 septembre 2021 et le 7 février 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Mes Tomasi et Dumoulin, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête et à titre subsidiaire à son rejet.

Il fait valoir qu'un récépissé valable du 25 août 2022 au 24 février 2023 a été délivré à Mme B et qu'en tout état de cause, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 11 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la tardiveté de la requête.

Par un courrier du 26 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ et du pays de renvoi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Schor.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante dominicaine, née en 1988 est entrée sur le territoire français en 2017 d'après ses déclarations. Elle a sollicité le 30 avril 2019 le bénéfice d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 30 août 2019. Cependant, par un arrêté du 16 juin 2020, le préfet de la Guyane a expressément rejeté la demande de titre de séjour de la requérante et lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de 90 jours à compter de sa notification. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 30 août 2019.

Sur l'étendue du litige :

2. Le préfet de Guyane a édicté le 16 juin 2020 une décision expresse de rejet de la demande de titre de séjour présentée par la requérante le 30 avril 2019. Cette décision expresse s'est entièrement substituée à la décision implicite de rejet, née du silence initialement gardé par cette autorité sur cette même demande. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la décision expresse de rejet du 16 juin 2020, qui s'est substituée à la décision implicite.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Il ressort de la fiche de Mme B au Fichier National des Etrangers (FNE), produite par le préfet de la Guyane le 7 février 2023, que ce dernier lui a délivré, postérieurement à la date d'introduction de la requête, un récépissé de carte de séjour valable du 25 août 2022 au 24 février 2023. Il s'ensuit que le préfet a implicitement mais nécessairement abrogé l'arrêté du 16 juin 2020 en tant qu'il oblige la requérante à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours à destination de son pays d'origine. Cependant, par la présente requête, Mme B ne demande pas l'annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français mais de la décision portant refus de séjour. Par suite, les conclusions de la requête, qui doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de refus de séjour du 16 juin 2020, n'ont pas perdu leur objet et il y a lieu d'y statuer, de sorte que l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

Sur la recevabilité :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'une décision expresse de rejet de la demande de titre de séjour formulée par Mme B le 30 avril 2019 lui a été adressée en juillet 2020 par lettre recommandée avec accusé de réception. Le pli a été présenté le 23 juillet 2020, mais n'a pas été réclamé par l'intéressée aux services postaux qui ont laissé un avis de passage et indiqué que la destinataire était inconnue à l'adresse indiquée. Faute pour l'intéressée d'avoir pris toutes les dispositions utiles pour retirer le pli qui lui avait été régulièrement adressé, par exemple en informant l'administration d'un éventuel changement d'adresse, la notification de la décision attaquée doit être regardée comme étant intervenue à la date de première présentation du pli par les services postaux, soit le 23 juillet 2020. Or, la requête formée par

Mme B contre cette décision de refus de séjour n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de la Guyane que le 2 février 2021, soit après l'expiration du délai imparti par les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Dès lors, cette requête a été présentée tardivement et n'est pas recevable.

6. Il s'ensuit que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

L. MARTIN La greffière,

Signé

M-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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