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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100138

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100138

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 3 février, 4 février, 10 mars et 15 mars 2021, M. C A, représenté par Me Pépin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2020 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, puis de réexaminer sa situation, dans des délais respectifs de huit jours et d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de faire procéder sans délai à la suppression de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ; l'administration a utilisé une signature pré-imprimée ou un tampon encreur ;

- le refus de lui accorder un délai de départ est entaché d'une erreur de droit ;

- l'obligation de quitter sans délai le territoire français est prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'interdiction de retour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen particulier.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2021, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 9 novembre 2020 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 15 mars 2021, ses conclusions tendant à son admission à cette aide à titre provisoire sont privées d'objet.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

3. Le signataire de l'arrêté contesté, M. F, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2020-10-01-001 du 1er octobre 2020, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. D, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E à l'effet de signer les décisions relevant des attributions du bureau de l'éloignement et du contentieux. Il n'est pas établi que M. E n'était pas absent ou empêché et M. D disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2020-02-27-003 du 27 février 2020, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.

4. Le requérant fait valoir que l'arrêté contesté porte une signature apposée au moyen d'une griffe. Si la griffe assumée par son auteur n'est pas une signature manuscrite, elle présente un caractère authentique dès lors que la personne dont elle émane endosse la paternité et la responsabilité de l'acte signé. En l'espèce, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction et n'est d'ailleurs pas allégué que la griffe aurait été contrefaite à l'insu de M. F, dont la signature aurait été détournée et usurpée et qu'ainsi, l'arrêté contesté ne pourrait être regardé comme personnellement signé par son auteur, en violation des prescriptions de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". Né le 20 juillet 1989, entré irrégulièrement en France à l'automne 2015 à l'âge de vingt-six ans, M. A, célibataire, sans enfant, indique avoir en France " toutes ses attaches personnelles ", mais n'apporte aucune justification, ni même aucune précision à l'appui de ses allégations. Dans les circonstances de l'affaire, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Dans les circonstances qui viennent d'être exposées, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. A.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la mesure d'éloignement.

Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire et l'interdiction de retour :

8. Le troisième alinéa du II de l'article L.511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'autorité administrative peut, par une décision motivée, refuser tout délai de départ volontaire : " 3° S'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation. Ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : a) si l'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ". Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet s'est fondé sur les dispositions précitées du a) du 3° du troisième alinéa du II de l'article L.511-1, ce qu'il confirme dans ses écritures en défense, puis a mentionné l'entrée irrégulière en France de l'intéressé et son maintien sur le territoire " sans droit ni titre de séjour ". Toutefois, le requérant, autorisé à se maintenir en France le temps de l'instruction de sa demande d'asile enregistrée en 2015, ne peut être regardé comme s'étant abstenu de solliciter la délivrance d'un titre de séjour au sens des dispositions précitées du a) du 3° du troisième alinéa du II de l'article L.511-1. Il n'entrait donc pas dans le champ d'application de ces dispositions. Par ailleurs, le défendeur ne sollicite pas de substitution de base légale et le juge de l'excès de pouvoir n'est pas tenu d'y procéder d'office. Dans les circonstances de l'affaire, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. A est fondé à demander l'annulation du refus de lui accorder un délai de départ volontaire.

9. L'interdiction de retour est fondée sur les dispositions du premier alinéa du III de l'article L.511-1 prévoyant que l'autorité administrative est tenue de prendre une telle mesure, sous réserve de considérations humanitaires, concomitamment à toute obligation de quitter sans délai le territoire français. Elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation prononcée au point précédent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

Sur les conclusions accessoires :

10. L'article L.614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant les mesures à prendre en cas d'annulation de la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire n'est, en vertu de l'article L.651-4 du même code, pas applicable en Guyane. L'annulation prononcée n'implique, sur le fondement des articles L.911-1 et L.911-2 du code de justice administrative, ni le réexamen de la situation de M. A, ni la délivrance d'un récépissé. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre au préfet de supprimer le signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante pour l'essentiel, les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté pris le 9 novembre 2020 par le préfet de la Guyane à l'encontre de M. A est annulé en tant qu'il refuse de lui accorder un délai de départ volontaire et qu'il prononce une interdiction de retour.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de faire supprimer le signalement de M. A aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Guyane.

Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

M-T. B Le président,

signé

L. MARTINLe greffier,

signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en cheffe,

signé

M-Y. METELLUS

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