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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100146

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100146

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2021, Mme E I, représentée par

Me Balima, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2020 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme ;

- elle méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 3-1, 9-1 et 16 de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant ;

- elle méconnaît les articles 24-2 et 24-3 de la Charte de l'Union Européenne ainsi que le préambule de la Constitution ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 5 novembre 2021 et le 3 octobre 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, fait valoir, à titre principal, qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête et conclut, à titre subsidiaire, au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2020.

Par un courrier du 28 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu partiel à statuer, en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme I, de nationalité haïtienne, née en 1986, est entrée en France en 2016, selon ses déclarations. Elle a sollicité un titre de séjour le 9 octobre 2019 sur le fondement des dispositions de l'article L 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 septembre 2020, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 90 jours. Par la présente requête, Mme I demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Le préfet de la Guyane a informé le tribunal le 26 septembre 2022 qu'il avait délivré à Mme I un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 15 février 2023. Il fait valoir que, dès lors, il n'y aurait plus lieu de statuer sur la requête de Mme I. Toutefois, la délivrance du récépissé de demande de titre de séjour n'a eu ni pour effet ni pour objet d'abroger la décision portant refus de séjour du 24 septembre 2020, dès lors que, par un tel récépissé, le préfet n'a pas statué sur le droit au séjour de la requérante. Dans ces conditions, le préfet n'est pas fondé à soutenir que le litige aurait perdu son objet, en ce qui concerne la décision portant refus de séjour. Par suite, il y a lieu d'écarter l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Guyane en tant qu'elle concerne la décision portant refus de séjour.

3. En revanche, la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour a eu pour effet d'abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :

4. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, il ressort de l'article 4 de l'arrêté du préfet de la Guyane du

6 janvier 2020 portant délégation de signature à M. D F, directeur général de la sécurité, de la réglementation et des contrôles, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Guyane le 7 janvier 2020, que le préfet de la Guyane lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les actes référencés apparaissant à l'article 4 et regroupés dans la rubrique " éloignement et contentieux ". En vertu des termes de cette rubrique, M. F a été expressément habilité à signer les arrêtés portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire avec et sans délai. L'article 13 du même arrêté prévoit que : " dans chacun de ses domaines de compétences, M. D F peut subdéléguer sa signature aux agents placés sous son autorité pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles il a reçu la présente délégation ". Par un arrêté n° R03-2020-03-18-002 du 18 mars 2020 publié le 19 mars 2020 au recueil des actes administratifs n° R03-2020-56 de la préfecture de la région Guyane, M. D F a donné une subdélégation de signature à M. A H, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de

M. B G, l'ensemble des actes relatifs à l'activité de la direction de l'immigration et de la citoyenneté tels que définis notamment à l'article 4 de la délégation de signature de

M. F. Par suite, et dès lors qu'il n'est ni établi ni allégué que M. G n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen selon lequel l'arrêté attaqué serait entaché d'un vice de compétence manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code des relations entre le public et l'administration ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle est donc suffisamment motivée en droit. Le préfet indique ensuite notamment que l'ancienneté du séjour de la requérante en France n'est pas établie, que son compagnon est en situation irrégulière et que ses trois enfants ne sont pas français. Par suite, la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée en fait. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / ()/ 7° À l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. (). Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En soutenant qu'elle est présente en France depuis 2016, qu'elle a trois enfants sur le territoire français, qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant haïtien et que sa sœur demeure sur le territoire français, alors en particulier que son conjoint est également en situation irrégulière, Mme I n'établit pas l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, de ses conditions d'existence, de son insertion dans la société française. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions et stipulations précitées et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

7. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle mentionne que Mme I n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la Convention européenne des droits de l'Homme en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée en fait et en droit et le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme I doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme I doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du

24 septembre 2020 portant obligation de quitter le territoire français.

Article 2 : La requête de Mme I est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E I et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

E. C

Le président,

Signé

L. MARTIN

La greffière,

Signé

M.-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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