jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2100182 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET PHILIPPE PETIT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrée le 9 février, le 19 octobre et le
4 novembre 2021, M. A C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2020 par laquelle le président de la communauté de communes des savanes l'a affecté à la direction de la commande publique en qualité de chargé de mission marchés publics, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux contre cette décision ;
2°) d'enjoindre à la communauté de communes des savanes de prendre toutes les mesures pour le rétablir dans ses droits, de rétablir son régime indemnitaire et de lui rembourser les sommes correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes des savanes une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 27 octobre 2020 a été prise en méconnaissance du principe du respect des droits de la défense garantie par l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ;
- le poste de chargé de mission marchés publics n'a pas été déclaré au centre de gestion de la fonction publique de la Guyane ;
- la décision du 27 octobre 2020 est entachée de détournement de pouvoir et révèle une sanction déguisée dépourvue de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 24 juin et le 29 octobre 2021, le président de la communauté de commune des savanes, représenté par Me Cottignies, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car la décision du 27 octobre 2020 constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-1099 du 30 décembre 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- et les observations de M. C et de Me Deguerry, représentant la communauté de communes des savanes.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a été nommé directeur du développement du territoire de la communauté de communes des Savanes (CCDS) au grade d'attaché principal à compter du 1er décembre 2019. À compter de mai 2020, il a signalé des agissements constitutifs selon lui de harcèlement moral de la part de la directrice générale des services de la CCDS. Le 27 octobre 2020, il a de nouveau signalé de tels agissements par mail au président de la CCDS. A la suite de ce signalement, M. C a immédiatement été affecté, à compter du 2 novembre 2020, à la direction de la commande publique de la CCDS, en tant que chargé de mission " marchés publics ". Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision du 27 octobre 2020 ainsi que la décision rejetant son recours contre cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté de nomination de M. C du 21 novembre 2019, qu'il a été nommé directeur du développement de la CCDS au grade d'attaché principal, mais il ressort de la fiche de poste de " Chargé de mission marchés publics " que le chargé de mission " marchés publics " n'assure pas de fonction de direction, contrairement au directeur du développement du territoire. Dès lors, M. C est fondé à soutenir que son changement d'affectation au 2 novembre 2020 a entraîné une perte de responsabilités et la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Si la circonstance qu'un agent a subi ou refusé de subir des agissements de harcèlement moral ne saurait légalement justifier que lui soit imposée une mesure relative à son affectation, à sa mutation ou à son détachement, elles ne font pas obstacle à ce que l'administration prenne, à l'égard de cet agent, dans son intérêt ou dans l'intérêt du service, une telle mesure si aucune autre mesure relevant de sa compétence, prise notamment à l'égard des auteurs des agissements en cause, n'est de nature à atteindre le même but.
5. Lorsqu'une telle mesure est contestée devant lui par un agent public au motif qu'elle méconnaît les dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, il incombe d'abord au juge administratif d'apprécier si l'agent a subi ou refusé de subir des agissements de harcèlement moral. S'il estime que tel est le cas, il lui appartient, dans un second temps, d'apprécier si l'administration justifie n'avoir pu prendre, pour préserver l'intérêt du service ou celui de l'agent, aucune autre mesure, notamment à l'égard des auteurs du harcèlement moral.
6. En produisant une chronologie des faits très détaillée et de très nombreuses pièces,
M. C soutient sans être contesté en défense que la directrice générale des services l'a violemment interpellé à de nombreuses reprises, notamment le 13 mai 2020 en réunion de direction, le 23 octobre 2020 en réunion, le 26 octobre 2020 en présence de collègues, et lui a adressé des courriels humiliants en mettant en copie des collègues. Il précise que la directrice générale des services l'a convoqué alors qu'il était en congé et, le 1er avril 2020, lui a adressé un courriel en mettant en copie plusieurs autres agents, qui étaient sous la direction du requérant, en lui indiquant notamment qu'elle " exigeait (terme en lettres majuscules dans le courriel) qu'il mette en œuvre les orientations de sa hiérarchie avec respect, qu'il réponde aux appels professionnels, qu'il traite les dossiers avec plus de professionnalisme et dans les délais, et qu'il réajuste sa posture de cadre et son management en conséquence car elle ne tolérerait aucun débordement " et en l'invitant vivement à lister les postes vacants si ces exigences (en lettres majuscules dans le courriel) lui semblaient difficiles à appliquer. Ce courriel, en raison de sa forme, des termes utilisés et du fait qu'il est adressé, non pas au seul requérant, mais aussi à sept autres personnes, dont ses subordonnés dans le service du développement, comporte des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'à plusieurs reprises la directrice générale des services a eu des propos à la fois désobligeants et maladroits à l'encontre de M. C. En outre, il ressort des pièces du dossier d'une part que la carrière de M. C a été compromise puisqu'il a été affecté en tant que chargé de mission alors qu'il était directeur du développement du territoire, et d'autre part que l'état de santé du requérant a été altéré puisqu'il a été placé en arrêt de maladie dès le 7 décembre 2020. Dès lors, il ressort des pièces du dossier que, dans les circonstances de l'espèce, les agissements dénoncés par M. C pris ensemble ou isolément, doivent être regardés comme constitutifs de harcèlement moral.
7. Alors qu'aucun fait répréhensible n'a jamais été reproché à M. C, il ressort des pièces du dossier que le choix de modifier l'affectation de cet agent, s'il a été motivé par la volonté de " retrouver la sérénité au sein de l'équipe de direction " de la CCDS, fait suite ainsi qu'il vient d'être dit à des agissements constitutifs de harcèlement moral. Par ailleurs, la CCDS ne fait état d'aucune autre mesure relevant de sa compétence, prise notamment à l'égard de l'auteure des agissements en cause, qui aurait été de nature à atteindre ce but allégué d'apaisement. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que son changement d'affectation lui a été imposé en conséquence d'agissements de harcèlement moral qui ne peuvent légalement le justifier.
8. Il résulte de ce qui précède que la décision du 27 octobre 2020 par laquelle le président de la CCDS a décidé de muter M. C doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette décision, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
10. L'annulation de la décision ayant illégalement muté un agent public oblige l'autorité compétente à replacer l'intéressé, dans l'emploi qu'il occupait précédemment et à reprendre rétroactivement les mesures nécessaires pour le placer dans une position régulière à la date de sa mutation. Il ne peut être dérogé à cette obligation que dans les hypothèses où la réintégration est impossible, soit que cet emploi ait été supprimé ou substantiellement modifié, soit que l'intéressé ait renoncé aux droits qu'il tient de l'annulation prononcée par le juge ou qu'il n'ait plus la qualité d'agent public.
11. L'annulation, par le présent jugement, de la décision du 27 octobre 2020 du président de la communauté de communes des savanes changeant l'affectation de M. C, implique, eu égard à ses motifs, de réintégrer l'intéressé dans ses fonctions et de reconstituer sa carrière, à compter du 2 novembre 2020.
Sur les frais liés au litige :
12. M. C n'est pas représenté par un avocat. Par suite, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes des savanes la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la communauté de communes des savanes soient mises à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 27 octobre 2020 du président de la communauté de communes des savanes est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la communauté de communes des savanes de réintégrer l'intéressé dans ses fonctions et de reconstituer sa carrière, à compter du 2 novembre 2020.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de la communauté de communes des savanes tendant au versement de frais d'instance sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la communauté de communes des savanes.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
E. B
Le président,
Signé
L. MARTIN
La greffière,
Signé
M.-Y. METELLUS
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
N°210018
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026