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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100229

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100229

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMATHIEU ET ASSOCIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 19 février 2021, 25 juillet 2022 et 3 octobre 2022, Mme E C, représentée B Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2020 B lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa demande dans le même délai et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, puis de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur de fait et pris en méconnaissance des dispositions de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement sont pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la mesure d'éloignement est fondée sur un refus de séjour illégal et prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; le préfet s'est livré à une appréciation manifestement erronée de sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur une mesure d'éloignement illégale.

B un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2022, le préfet de la Guyane, représenté B Me Mathieu, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Seube, substituant Me Gay, pour Mme C, le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 16 octobre 2020 B lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Mme C ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 24 mai 2021, ses conclusions tendant à son admission provisoire à cette aide à titre sont privées d'objet.

Sur la légalité externe :

3. Pour refuser d'admettre Mme C au séjour sur le fondement de l'article L.313-11 7° alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a reproduit ces dispositions, puis rappelé son entrée irrégulière en France en 2016 et les éléments de sa situation familiale. Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Les dispositions du 3° du I de l'article L.511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet a visées, permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire. Dans un tel cas, en vertu du dixième alinéa du I du même article, la motivation de la mesure d'éloignement se confond avec celle du refus de séjour dont elle découle nécessairement. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré du défaut de motivation de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté. Enfin, l'autorité administrative n'est pas tenue de motiver sa décision d'accorder le délai de départ volontaire de trente jours prévu B le premier alinéa II de l'article L.511-1, dès lors que, comme en l'espèce, l'étranger n'a pas sollicité la prolongation de ce délai et qu'il ne fait état d'aucune circonstance particulière qui justifierait cette prolongation.

Sur la légalité interne :

5. En relevant que la vie familiale de Mme C pouvait se poursuivre en Haïti, le préfet ne s'est pas fondé sur des faits matériellement inexacts.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue B la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Née le 20 décembre 1992, Mme C est entrée irrégulièrement en France en juillet 2016. Elle peut poursuivre sa vie familiale hors de France avec son compagnon, un compatriote en situation irrégulière, et leurs deux fils, nés respectivement en 2018 et, postérieurement à l'arrêté contesté, en 2022. Enfin, elle n'allègue pas être dépourvue de toute attache en Haïti, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Dans les circonstances de l'affaire, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti B les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte application du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Dans les circonstances qui viennent d'être exposées, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Mme C.

8. Compte tenu de ce qui précède, l'exception d'illégalité du refus de séjour invoquée à l'encontre de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écartée.

9. La mesure d'éloignement, qui n'implique aucune séparation entre les enfants de A C et leurs parents, ne porte aucune atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants, garanti B les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2020. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public B mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

M-T. D Le président,

signé

L. MARTINLe greffier,

signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en cheffe,

Signé

M-Y. METELLUS

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