jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2100494 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BARRIQUAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 15 avril et 19 mai 2021, M. A B, représenté par Me Barriquault, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 21 décembre 2020 par lesquelles le préfet de la Guyane lui a refusé l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui remettre dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour n'est pas fondée sur l'incomplétude de son dossier et doit, ainsi, être assimilée à un refus de séjour ;
- ce refus de séjour a été pris par une autorité incompétente pour en connaître ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La procédure a été communiquée au préfet de la Guyane, qui n'a pas produit à l'instance.
Par un courrier du 7 février 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions tendant à l'annulation de la décision orale par laquelle a été refusée à M. B la délivrance d'un titre de séjour étaient susceptibles d'être fondées sur un moyen d'ordre public tiré de leur irrecevabilité du fait de l'inexistence d'une telle décision.
Par une décision du 7 avril 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- M. B et le préfet de la Guyane n'étant ni présents ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant haïtien né en 1985, est, selon ses déclarations, entré en France en 2015. Il a pris rendez-vous le 21 décembre 2020 à la préfecture de la Guyane afin de déposer une première demande de titre de séjour. Par une décision du même jour, les services de la préfecture lui ont refusé l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur l'étendue des conclusions :
2. Le refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour, lorsqu'il est motivé par une appréciation portée sur le droit de l'étranger à obtenir un titre de séjour et non sur le seul caractère incomplet du dossier constitue un refus de titre de séjour à l'encontre duquel l'étranger concerné est recevable à se pourvoir.
3. M. B soutient sans être contredit par le préfet, qui n'a pas produit à l'instance, que le refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour est fondé, non sur l'incomplétude de son dossier, mais sur la circonstance qu'une décision lui refusant le séjour lui avait été notifiée en 2018. Il s'ensuit que le refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour est fondé sur une appréciation portée sur le droit de M. B à obtenir un titre de séjour et non sur le caractère incomplet de son dossier. Par suite, ce refus d'enregistrement doit être regardé comme constituant un refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. La décision portant refus de séjour ayant été prise par un agent de guichet dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été compétent pour statuer sur le droit au séjour des étrangers en vertu d'une délégation de signature du préfet, il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir que la décision litigieuse a été prise par une personne incompétente pour en connaître.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle lui a été refusé le séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B, après l'avoir au préalable enregistrée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat au titre des dispositions précitées, le versement d'une somme de 900 euros à Me Barriquault, qui renoncera à percevoir la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Guyane a refusé l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B ainsi que celle par laquelle le préfet de la Guyane lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B, après l'avoir au préalable enregistrée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Barriquault la somme de 900 euros, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Barriquault renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Guyane.
Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Bernabeu, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
Le rapporteur,
Signé
S. C
Le président,
Signé
L. MARTIN Le greffier,
Signé
M.-Y. METELLUS
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
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