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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100643

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100643

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMASCLAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2021, Mme H C G, représentée par Me Masclaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa demande dans le même délai et de lui délivrer un récépissé dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C G soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- le refus de séjour est insuffisamment motivé, entaché d'erreur de fait, pris en méconnaissance des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L.313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la mesure d'éloignement est fondée sur un refus de séjour illégal, prise en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, puis entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;

Le préfet de la Guyane a présenté une pièce le 6 janvier 2023.

Par un courrier du 6 janvier 2023, les parties ont été informées de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi sont privées d'objet compte tenu de la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2023, le préfet de la Guyane conclut au non-lieu à statuer.

Mme C G a présenté un mémoire le 8 janvier 2023, qui n'a pas été communiqué.

Mme C G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 11 février 2021.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B, les observations de Me Masclaux pour Mme C G et celles de Me Briolin substituant Me Cano pour le préfet de la Guyane.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C G, ressortissante brésilienne, a bénéficié, du 25 mars au 24 septembre 2019, d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Elle conteste l'arrêté du 24 août 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler ce titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Il ressort des mentions non dépourvues de valeur probante du fichier national des étrangers que postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet a délivré à Mme C G une autorisation provisoire de séjour valable du 16 décembre 2022 au 15 mars 2023. Alors même qu'elle n'aurait pas encore été notifiée à l'intéressée, cette décision a eu pour effet d'abroger l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, les conclusions de Mme C G sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer. En revanche, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions dirigées contre le refus de séjour.

3. Le signataire de l'arrêté contesté, M. F, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° RO3-2020-03-18-002 du 18 mars 2020, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. D, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E à l'effet de signer les décisions relevant des attributions du bureau de l'éloignement et du contentieux. Il n'est pas établi que M. E n'était pas absent ou empêché et M. D disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2020-02-27-003 du 27 février 2020, régulièrement publié, dont l'article 4 vise notamment les refus de séjour et les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.

4. Pour refuser d'admettre Mme C G au séjour, le préfet a reproduit les dispositions alors en vigueur du 11° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis a repris les termes de l'avis rendu le 27 février 2020 par le collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), mentionnant la possibilité de voyager sans risques et de bénéficier d'un traitement approprié au Brésil. Saisi d'une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, il n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de Mme C G. Il n'était pas davantage tenu d'annexer à son arrêté l'avis du collège de médecins et a suffisamment motivé sa décision au regard des prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Si la requérante soutient, sans précisions sur sa pathologie, que son état de santé fait obstacle à son retour au Brésil, compte tenu de la situation sanitaire dans ce pays, qui ne peut assurer la prise en charge des patients atteints de la covid-19, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'en relevant la possibilité pour elle de voyager sans risques, le préfet se serait fondé sur des faits matériellement inexacts.

6. Le 11° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la délivrance de plein droit de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" à l'étranger résidant habituellement en France, " si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Ni la prescription médicale du 12 décembre 2017, par laquelle le praticien hospitalier du service des urgences fait état, sans autres précisions, de l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié au Brésil, ni aucune autre pièce du dossier ne permettent de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII, relevant que si le défaut de prise en charge médicale de sa pathologie était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risques. Dans ces conditions, en refusant d'admettre Mme C G au séjour, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L.313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". Née le 6 janvier 1962, Mme C G est entrée irrégulièrement en France en 2017. Si elle invoque la présence de ses sœurs en situation régulière, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales au Brésil, où réside sa mère et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de cinquante-cinq ans. Dans les circonstances de l'affaire, le refus de séjour et la mesure d'éloignement ne portent pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Si la requérante fait valoir que ses pathologies ne lui permettent pas de vivre seule, elle n'en justifie pas et, en tout état de cause, d'une part, elle a conservé des attaches au Brésil, d'autre part, ses sœurs peuvent maintenir leur aide financière. Dans les circonstances précédemment exposées, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences du refus de séjour sur la situation personnelle de Mme C G.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 que Mme C G n'est pas fondée à demander l'annulation du refus de renouveler son titre de séjour.

10. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions de Mme C G à fin d'injonction ne peuvent être accueillies. Il en va de même des conclusions présentées à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C G dirigées contre l'arrêté pris à son encontre le 24 août 2020 par le préfet de la Guyane, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français et qu'il fixe le pays de renvoi.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C G est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H C G et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023

La rapporteure,

Signé

M.T. B Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

M. A I

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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