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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100677

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100677

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2021, Mme C B demande au tribunal d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle le directeur régional des finances publiques de la Guyane a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident survenu le 27 mai 2019.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car son accident est imputable au service, ainsi que l'a établi la commission de réforme.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a été affectée en tant que contrôleuse des finances publiques au sein de la direction régionale des finances publiques, au service des impôts des particuliers de Kourou. Elle a subi une crise d'angoisse sur son lieu de travail le 27 mai 2019. Elle a demandé le 27 mai 2019 la reconnaissance de l'imputabilité au service de cette crise. Par une décision du 11 mars 2021, le directeur régional des finances publiques de la Guyane a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " () II. Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ". Aux termes de l'article 34 de la loi du

11 janvier 1984, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () ". Aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " La commission de réforme est consultée notamment sur : 1. L'octroi du congé de maladie ou de longue maladie susceptible d'être accordé en application des dispositions du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ;/2. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983/ () /5. La réalité des infirmités résultant d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, en vue de l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité instituée à l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ; () ". Il résulte de ces dispositions que les éléments de fait sur lesquels l'administration se fonde pour fixer la date de consolidation des lésions dont souffre un fonctionnaire victime d'un accident de service doivent, préalablement à cette décision, avoir fait l'objet d'une appréciation par la commission de réforme, laquelle se prononce selon une procédure qui permet à l'intéressé de faire valoir ses arguments.

3. Il ressort des pièces du dossier que, alors que Mme B était en congé de maladie suite à l'accident du 27 mai 2019, le médecin agréé sollicité par l'administration pour effectuer une contre-visite médicale a conclu le 29 novembre 2019 que ce congé résultant de l'état de santé de la requérante était en lien direct avec son travail, que son état de santé était imputable au service et que les soins et arrêts de travail de Mme B étaient en lien direct et certain avec l'accident de service subi par elle. Le 3 février 2020, le médecin psychiatre agréé consulté par Mme B, après avoir relevé que la requérante n'avait pas d'antécédents psychiatriques personnel ou familial, a également estimé que son état anxieux résultait de ses difficultés relationnelles avec sa cheffe de service et que les soins et arrêts de travail de Mme B étaient en lien direct et certain avec son travail. Enfin, le 3 décembre 2020, la commission de réforme a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident, survenu dans le temps et le lieu du service de la requérante.

4. Pour contester la présomption d'imputabilité au service ainsi que ces trois avis de professionnels, l'administration fiscale fait valoir que Mme B ne fait état d'aucun élément de nature à établir que le comportement de sa cheffe de service, Mme A, aurait excédé les limites du pouvoir hiérarchique et que l'entretien du 27 mai 2019 se serait déroulé dans des conditions anormales. Mme B indique cependant sans être contredite sur ce point que son accident a été déclenché par de nouvelles calomnies proférées par sa cheffe de service à son encontre. Mme B précise que Mme A aurait dit d'elle qu'elle n'était pas fréquentable et qu'il fallait s'en méfier. Elle ajoute que Mme A a convoqué un collègue en le menaçant de ne pas renouveler son contrat s'il continuait à parler à Mme B. Elle indique également avoir établi une nouvelle fiche de signalement de ces faits. Ainsi,

Mme B fait état d'éléments précis qui ont déclenché l'accident litigieux. Pour sa part, l'administration fiscale ne conteste pas sérieusement les trois avis médicaux de médecins agréés concluant à l'imputabilité au service de l'accident du 27 mai 2019 qu'a subi

Mme B, dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 11 mars 2021 doit être annulée.

D E C I D E

Article 1er : La décision du 11 mars 2021 du directeur régional des finances publiques de la Guyane est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur régional des finances publiques de la Guyane et au ministre de l'économie des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 28 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHORLe président,

Signé

O. GUISERIXLe greffier,

Signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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