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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100816

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100816

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPIALOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2021, M. D B, représenté par Me Pialou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Pialou, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que sa requête est recevable et que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de compétence ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 26 janvier 2022 et 13 avril 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 et au prononcé d'une mesure d'injonction ;

2°) au rejet des conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet de la Guyane fait valoir que les conclusions de M. B ont perdu leur objet dès lors qu'il s'est vu remettre une carte de séjour temporaire valable du 4 avril 2022 au 3 juillet 2022.

Par une décision du 1er mars 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né en 2001, est entré en France, selon ses déclarations, en 2016. Il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel le préfet de la Guyane a opposé un refus à sa demande de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de sa requête, M. B s'est vu délivrer le 4 avril 2022, non une carte de séjour temporaire comme le soutient le préfet de la Guyane, mais un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 3 juillet 2022. Si ce récépissé valant autorisation provisoire de séjour n'a pu avoir pour objet ni pour effet d'abroger la décision de refus de titre de séjour prise à l'encontre de l'intéressé, il a implicitement mais nécessairement abrogé la mesure d'éloignement prononcée par le préfet le 12 octobre 2020. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Guyane.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France au mois de novembre 2016 l'année de ses quinze ans, que la continuité de son séjour sur le territoire est établie, qu'il a été scolarisé à la rentrée scolaire en 2017 en classe de 3ème et suivait à la date de l'arrêté litigieux une première année de formation au certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de monteur en installations sanitaires. Le requérant justifie du séjour régulier de sa mère, Mme C, titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en cours de validité à la date de l'arrêté litigieux, et chez qui il établit être domicilié. M. B justifie également de la présence en France de ses trois sœurs mineures, toutes scolarisées en France et domiciliées chez Mme C, leur mère, nées en Haïti en 2003 pour l'aînée, en France en 2005 pour la cadette, de nationalité française, et en France en 2017 pour la plus jeune. Le requérant se prévaut également de la présence en France de ses trois frères, mineurs, nés en France en 2007, 2011 et 2012, également scolarisés en France, domiciliés pour deux d'entre eux chez Mme C et de nationalité française pour le plus jeune. Dans ces conditions, compte tenu du jeune âge de M. B à son entrée sur le territoire, de la continuité de son séjour, de ses attaches familiales en France et de l'absence d'attaches familiales établies dans son pays d'origine, le requérant est bien fondé à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Guyane a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 du préfet de la Guyane en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour à M. B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Guyane de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale", dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et, dans l'attente de la délivrance du titre, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai maximal de quinze jours suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ces injonctions d'astreintes.

Sur les frais du litige :

7. M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle le 1er mars 2021, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Pialou, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 du préfet de la Guyane en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays d'origine de M. B.

Article 2 : L'arrêté du 12 octobre 2020 du préfet de la Guyane, en tant qu'il porte refus de séjour, est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de la délivrance du titre, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai maximal de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 900 euros à Me Pialou, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Guyane.

Une copie du jugement sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Chatal, conseillère,

M. Hégésippe, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteuse,

Signé

A. A

Le président,

Signé

L. MARTIN

La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

N°2100816

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