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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100844

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100844

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMARCIGUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juin 2021, Mme D C, représentée par Me Marciguey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ; à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai, sous la même astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en tant qu'elle ne fait pas mention de ses deux autres enfants ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- en ne régularisant pas sa situation sur un autre fondement que l'article L. 313-11, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Guyane a commis une erreur de droit ;

- la décision méconnaît l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision méconnaît l'article L. 313-11, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense enregistrés le 17 septembre 2021 et le 13 avril 2022 le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer.

Le préfet de la Guyane fait valoir qu'une carte de séjour temporaire a été délivrée à Mme C, privant d'objet sa requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante haïtienne née en 1989, est entrée en France d'après ses déclarations au mois de septembre 2013. Elle a obtenu une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable du 1er juin 2018 au 31 mai 2019 avant de solliciter le renouvellement de son titre le 30 avril 2019. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le préfet soutient en défense qu'une carte de séjour temporaire a été délivrée à Mme C rendant la présente requête sans objet, il ressort de l'extrait du fichier national des étrangers joint au mémoire en défense que le document délivré à Mme C le 26 octobre 2021, certes valable du 26 octobre 2021 au 25 avril 2022, est un récépissé, autorisant provisoirement le séjour, et non une carte de séjour. Par suite, la présente requête conservant son objet, il y a lieu d'écarter l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est la mère d'un enfant né le 30 octobre 2016 en France et reconnu le 20 février 2017 par M. E B, ressortissant français. Il ressort de justificatifs de paiement d'assurances scolaires, de frais de cantine scolaire, d'une attestation de droits émise par la caisse d'allocations familiales de Guyane et d'une attestation de droits à l'assurance maladie, que l'enfant est à la charge de sa mère. Mme C soutient par ailleurs que le père de son fils, M. B, participe à l'éducation et l'entretien de son enfant, et produit à l'appui une attestation manuscrite de celui-ci ainsi que des justificatifs de versements financier et des factures au nom de M. B. Dans ces conditions, l'enfant de Mme C doit être regardé comme ayant, compte tenu de sa nationalité française et de l'existence de liens avec son parent français, une vocation particulière à se maintenir sur le territoire français. La décision de refus de renouvellement de titre de séjour, en tant qu'elle empêche Mme C de se maintenir régulièrement sur le sol français, affecte de façon suffisamment directe et certaine les conditions de vie de son enfant et la stabilité de sa situation. Il s'ensuit que la requérante est bien fondée à soutenir que le refus de renouvellement de son titre de séjour prononcée par le préfet de la Guyane a porté une atteinte excessive à l'intérêt supérieur de son enfant français au sens des stipulations précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au préfet de la Guyane, de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Mme C en remboursement des frais exposés par elle pour la défense de ses intérêts.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Guyane en date du 29 mars 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de la Guyane.

Une copie du jugement sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Chatal, conseillère,

M. Hégésippe, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteuse,

Signé

A. A

Le président,

Signé

L. MARTIN La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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