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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100893

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100893

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGAY JÉROME

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 juin et 14 décembre 2021, M. D C, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet de la Guyane sur sa demande de délivrance d'un passeport et d'une carte d'identité au nom de son fils mineur, enregistrée le 5 mars 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de délivrer ces titres dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de procéder à une nouvelle instruction de ses demandes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- le préfet a commis une erreur de droit ; il a méconnu les dispositions des articles 18 du code civil et 4 du décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ainsi que les dispositions du décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;

- il a porté atteinte à la liberté d'aller et venir, aux droits fondamentaux de l'usager et au droit d'accès au tribunal prévus par les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il ne lui a jamais fait parvenir une demande de pièces complémentaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2021, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête, en opposant sa tardiveté, puis l'absence de moyen fondé.

Par un mémoire enregistré le 15 février 2023, le préfet de la Guyane conclut au non-lieu à statuer.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration :

- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;

- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;

- le décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Hegesippe, rapporteur public ;

- et les observations de Mme B pour le préfet de la Guyane, M. C n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité française, conteste les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet de la Guyane sur ses demandes de délivrance d'un passeport et d'une carte d'identité pour son fils mineur né à Cayenne le 17 janvier 2020 de son union avec une ressortissante dominicaine.

2. L'article L.231-5 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que l'application de l'article L.231-1 du même code selon lequel le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation peut être écartée par décret. Il résulte de l'article 2 du décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 et de l'annexe à ce décret que le silence gardé par l'administration pendant quatre mois sur une demande de délivrance d'un passeport fait naître une décision implicite de rejet et qu'une décision implicite de rejet de la demande de carte d'identité est acquise à l'issue d'un délai de deux mois.

3. Il ressort des pièces du dossier que le passeport de l'enfant a été remis à sa mère le 15 novembre 2021. Par suite, les conclusions dirigées contre le refus de délivrer ce titre ont perdu leur objet en cours d'instance, il n'y a pas lieu d'y statuer. En revanche, les conclusions dirigées contre les refus de délivrance d'une carte d'identité ne sont pas privées d'objet et l'exception de non-lieu opposée en défense doit être écartée.

4. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". En vertu de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité, ce document est délivré sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. Si aucune disposition législative ou réglementaire ne fixe, à peine d'illégalité de l'éventuelle décision implicite de rejet, de délai pour la délivrance d'une carte nationale d'identité, l'administration saisie d'une telle demande doit se prononcer dans un délai raisonnable. Il appartient, toutefois, aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur, seul un doute suffisant à cet égard pouvant justifier le refus de délivrance de ce titre. La circonstance qu'un des parents serait un ressortissant étranger en situation irrégulière peut être prise en compte lors de l'instruction de la demande et l'acte de reconnaissance de l'enfant peut être écarté s'il est établi, par des indices sérieux et concordants, que cette reconnaissance n'aurait eu d'autre objectif que d'attribuer la nationalité française à un enfant ou de régulariser le séjour en France de sa mère.

5. Le préfet de la Guyane expose sans être sérieusement contredit sur ce point avoir mis en instance la demande, dans l'attente des pièces complémentaires sollicitées le 4 août 2021, attestations de la Caisse d'allocations familiales et de l'assurance maladie pour les années 2020 et 2021 et déclaration de revenus et avis d'imposition de l'année 2020, puis qu'il a repris l'instruction de cette demande le 25 octobre 2021, après avoir reçu ces pièces. Il ne ressort d'aucun élément du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué que la mère de l'enfant bénéficierait d'un titre de séjour. Dans ces conditions, alors même qu'il disposait de l'ensemble des documents exigés par l'article 4 du décret du 22 octobre 1955 pour établir la nationalité française de l'enfant, en sollicitant des pièces de nature à établir la réalité des liens entre cet enfant et le Français qui l'a reconnu, le préfet de la Guyane n'a méconnu ni ces dispositions, ni celles de l'article 18 du code civil.

6. La liberté d'aller et venir garantie par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, qui comporte le droit de se déplacer hors du territoire français, a pour corollaire que toute personne dont la nationalité française et l'identité sont établies, puisse, sous réserve notamment de la sauvegarde de l'ordre public, obtenir, à sa demande, un titre d'identité. Dans les circonstances exposées au point précédent, compte tenu des nécessités de l'ordre public, le préfet n'a pas porté une atteinte illégale à la liberté d'aller et venir de l'enfant. Il n'a pas davantage porté atteinte aux droits au recours effectif et à un procès équitable garantis par les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, le moyen tiré de l'atteinte aux " droits fondamentaux de l'usager " ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 6, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d'une carte d'identité au nom de son fils mineur.

8. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C ne peuvent être accueillies. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C dirigées contre la décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d'un passeport au nom de son fils mineur.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023

La rapporteure,

Signé

M.T. ALe président,

Signé

L. MARTINLa greffière

Signé

M.Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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