jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2100998 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2021, Mme C G B, représentée par Me Marciguey, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme G B soutient que :
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sont entachés d'incompétence ;
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont insuffisamment motivés ;
- le refus de séjour est entaché d'erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier ; en s'abstenant de prononcer sa régularisation sur le fondement de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur de droit ; il a méconnu les dispositions de l'article L.313-11 7° du même code ;
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachés d'une appréciation manifestement erronée de leurs conséquences des décisions sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le délai de départ sont privées de base légale ;
- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur une mesure d'éloignement illégale et entachée d'erreur manifeste d'appréciation
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Mme G B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 22 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A et les observations de Me Briolin, substituant Me Rannou, pour le préfet de la Guyane ont été entendus au cours de l'audience publique, Mme G B n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G B, ressortissante dominicaine, conteste l'arrêté du 1er octobre 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur le refus de séjour :
2. Le signataire de l'arrêté contesté, M. F, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2020-09-15-001 du 15 septembre 2020 régulièrement publié, d'une subdélégation de M. D, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E à l'effet de signer les décisions relevant des attributions du bureau de l'éloignement et du contentieux. Il n'est pas établi que M. E n'était pas absent ou empêché et M. D disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2020-02-27-003 du 27 février 2020, régulièrement publié, dont l'article 4 vise notamment les refus de séjour et les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.
3. Pour refuser d'admettre Mme G B au séjour, le préfet a reproduit les dispositions alors en vigueur de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis mentionné notamment la durée de séjour en France de l'intéressée et sa situation familiale. Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. Si le préfet a relevé que Mme G B ne dispose en France d'aucune autre attache familiale que sa fille, alors que deux membres de sa fratrie vivent en Guyane, il résulte de l'instruction que compte tenu notamment des attaches familiales de l'intéressée dans son pays d'origine, le préfet aurait légalement pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif erroné.
5. Il ne ressort ni des mentions de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme G B, en particulier qu'il se serait abstenu de prendre en compte l'ensemble des éléments qui lui étaient soumis, notamment sur l'état de santé de sa fille. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu d'examiner la possibilité de faire usage de son pouvoir de régularisation.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Née le 15 septembre 1975, entrée irrégulièrement en France, Mme G B justifie de la continuité de son séjour à compter du mois de mars 2010. Elle vit à Cayenne avec sa fille de nationalité dominicaine, née le 17 février 1994, âgée de vingt-six ans à la date de l'arrêté contesté. Mme G B invoque les troubles neurologiques de sa fille, qui nécessite une assistance quotidienne et un suivi pluridisciplinaire. Elle produit trois certificats établis par un praticien hospitalier du service de neurologie de l'hôpital de Cayenne, dont le plus précis mentionne une épilepsie à type de crises focales versives avec généralisation secondaire, un handicap cognitif et moteur " nécessitant un suivi médical régulier et spécifique pour une durée indéterminée, dont l'interruption pourrait entraîner des conséquences graves " et ajoute " Le suivi en république Dominicaine ne pouvant se faire, il est nécessaire que Mme H G I réside sur le territoire ". Toutefois, il ne ressort ni de ce document non circonstancié sur ce point, ni d'aucune autre pièce du dossier que la fille de Mme G B, qui ne présente aucun déficit moteur, subit une crise tous les deux mois et se voit prescrire un médicament anticonvulsivant et thymorégulateur, ne pourrait bénéficier d'une prise en charge appropriée en République Dominicaine. Si Mme G B invoque, en outre, la présence de son frère de nationalité française et de sa sœur en situation régulière, elle peut poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment en République Dominicaine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans et où résident ses deux autres enfants. Dans les circonstances de l'affaire, en dépit de la durée du séjour en France de Mme G B, qui s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire suite au rejet de sa demande d'asile et a fait l'objet, le 20 mars 2017, d'une mesure d'éloignement à laquelle elle n'a pas déféré, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte application de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Dans les circonstances qui viennent d'être exposées, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme G B.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G B n'est pas fondée à demander l'annulation du refus de l'admettre au séjour.
Sur les autres décisions :
9. Si le préfet pouvait légalement se fonder sur le 3° du I de l'article L.511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant la possibilité d'assortir un refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire, en visant sans autres précisions l'article L.511-1, il n'a pas mis à même Mme G B de connaître le fondement légal de la mesure d'éloignement. Il a insuffisamment motivé cette décision, qu'il y a lieu, par suite, d'annuler, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi.
Sur les conclusions accessoires :
10. L'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant les mesures à prendre en cas d'annulation de l'obligation de quitter le territoire n'est, en vertu de l'article L.651-4 du même code, pas applicable en Guyane. Eu égard à ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L.911-1 et L.911-2 du code de justice administrative.
11. Les conclusions présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er octobre 2020 pris par le préfet de la Guyane à l'encontre de Mme G B est annulé en tant que, par ses articles 2 et 3, il lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme G B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G B et au préfet de la Guyane.
Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023
La rapporteure,
Signé
M.T. A Le président,
Signé
L. MARTINLa greffière,
Signé
M.Y. METELLUS
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026