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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101018

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101018

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBALIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2021, M. A C, représenté par Me Balima, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2021 par lequel le préfet de la Guyane lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valant autorisation de travail, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article 4 de la loi du 6 fructidor an II dès lors qu'il comporte une mention erronée de son prénom ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur de fait ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le préfet de la Guyane, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 1er juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bernabeu ;

- M. C et le préfet de la Guyane n'étant ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien né en 1989, est, selon ses déclarations, entré en France en 2016. Par un arrêté du 3 juillet 2020, le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. A la suite d'un contrôle pour vérification de son droit au séjour le 21 février 2021, le préfet de la Guyane a pris le même jour un arrêté lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

2. Si, par l'arrêté n° R03-2020-12-28-023 du 28 décembre 2020, publié au recueil des actes administratifs spécial n° R03-2020-289 du 28 décembre 2020, le préfet de la Guyane a donné délégation à M. Paul-Marie Claudon, secrétaire général des services de l'Etat, à l'effet de signer, dans le cadre de la permanence, les " arrêtés portant obligation de quitter le territoire avec ou sans délai et les décisions de placement ou maintien en rétention administrative des étrangers [] ainsi que les requêtes adressées au juge des libertés et de la détention en vue d'obtenir la prolongation des mesures administratives de rétention des étrangers placés au centre de rétention administrative ", il ne ressort toutefois ni de la lecture de cet arrêté ni des autres pièces produites à l'instance que la délégation de signature s'étendait aux décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Il s'ensuit que M. B ne tenait d'aucun texte le pouvoir de prendre, au nom du préfet, une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, comme il l'a fait par l'arrêté contesté.

3. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard à la nature de la décision annulée, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. C un titre de séjour ou qu'il lui soit enjoint de réexaminer sa situation. Pour ses motifs, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat au titre des dispositions précitées, le versement d'une somme de 900 euros à Me Balima, qui renoncera à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 février 2021 du préfet de la Guyane est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Balima la somme de 900 euros, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Balima renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

S. BERNABEU

Le président,

Signé

L. MARTIN Le greffier,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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