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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101019

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101019

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2021, M. B A, représenté par

Me Balima, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de refus d'enregistrement de sa demande d'admission au séjour opposée à l'oral le 29 mars 2021 à la préfecture de la Guyane ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'enregistrer sa demande de titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à Me Balima, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- il est dépourvu de motivation ;

- il est entaché d'erreur de droit et privé de base légale ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3, du paragraphe 1 de l'article 9 et de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations des paragraphes 2 et 3 de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable car elle est dirigée contre une décision inexistante, et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une décision du 28 juin 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier du 27 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée.

Les parties n'ont pas répondu à ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor,

- les observations de Me Briolin, représentant le préfet de la Guyane.

M. A n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1978 est entré en France, selon ses déclarations, en 2008. Il soutient s'être présenté en préfecture le 29 mars 2021 afin d'y déposer un dossier de demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11 6° et 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'être vu opposer un refus oral d'enregistrement de son dossier de la part d'un fonctionnaire de la préfecture. Par un courrier du

21 avril 2021, reçu par la préfecture le 23 avril 2021, il a sollicité la communication des motifs de cette décision. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 29 mars 2021 refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour () est tenu de se présenter () à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient () ". Aux termes de l'article R. 311-4 du même code : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Le simple fait que l'étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser. Enfin, le refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour, lorsqu'il est motivé par une appréciation portée sur le droit de l'étranger à obtenir un titre de séjour et non sur le seul caractère incomplet du dossier constitue un refus de titre de séjour à l'encontre duquel l'étranger concerné est recevable à se pourvoir.

4. Il ressort des faits tels que présentés par M. A dans sa requête, non contestés par le préfet, que l'agent présent au guichet de la préfecture a refusé d'enregistrer sa demande d'admission au séjour, sans motiver ce refus par l'incomplétude du dossier du requérant. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas soutenu en défense que le dossier de demande d'admission au séjour présenté par M. A était incomplet. Dans ces conditions, il ne peut qu'être tenu pour établi que ce refus a été motivé par une appréciation portée sur le droit de M. A à obtenir un titre de séjour et doit ainsi être regardé comme un refus de titre de séjour pris par un agent dont la compétence pour ce faire n'est pas établie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision verbale de refus de séjour opposée à M. A.

Sur les conclusions accessoires :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, sous réserve de la complétude du dossier présenté, que le préfet de la Guyane enregistre la demande d'admission au séjour de M. A et qu'il lui délivre un récépissé l'autorisant à séjourner en France pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande, dans un délai maximal qu'il convient de fixer à quinze jours à compter de la notification de la présente décision. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me Balima, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Balima de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision orale de refus d'admission au séjour opposée le 29 mars 2021 à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de la complétude du dossier présenté par l'intéressé, d'enregistrer la demande d'admission au séjour de M. A et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à séjourner en France pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande.

Article 3 : L'Etat versera à Me Balima une somme de 900 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Balima renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guyane.

Copie du jugement sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHORLe président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

N°2101019

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