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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101053

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101053

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL JEREMY STANISLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me Stanislas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 mars 2021 par laquelle le recteur de la Guyane l'a affectée au lycée Félix Eboué à Cayenne ;

2°) d'enjoindre au recteur de la Guyane de la réaffecter à son précédent poste dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de déclaration de vacance d'emploi ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 en ce qu'elle constitue une discrimination en raison de son état de santé ;

- elle est illégale en raison de la diminution de ses responsabilités, du changement de fonction et de la perte de garanties de carrière et constitue ainsi une sanction déguisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le recteur de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable et, subsidiairement, que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au 30 mai 2023 à 12 heures 00.

Par un courrier du 11 mai 2023, les parties ont été informées sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées contre la décision d'affectation du recteur de la Guyane qui constitue une mesure d'ordre intérieur.

Par un mémoire, enregistré le 17 mai 2023, Mme A, représentée par Me Stanislas, a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;

- et les observations de Me Page, substituant Me Stanislas, représentant Mme A.

Le recteur de la Guyane n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, assistance sociale, conseillère technique de service social des administrations de l'Etat, était affectée au sein du service social académique du rectorat. Par une décision du 19 mars 2021, portant mutation interne, le recteur de la Guyane l'a affectée au lycée Félix Eboué à compter du 29 mars 2021. Par un courrier du 23 mars 2021, adressé au recteur par voie de courriel le 25 mars 2021, elle a formé un recours gracieux qui a été implicitement rejeté en l'absence de réponse. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du recteur de la Guyane du 19 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsqu'un emploi permanent est créé ou devient vacant, l'autorité territoriale en informe le centre de gestion compétent qui assure la publicité de cette création ou de cette vacance, à l'exception des emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade. / Les vacances d'emploi précisent le motif de la vacance et comportent une description du poste à pourvoir. () ". Toutefois, ces dispositions ne s'imposent pas à l'administration dans le cas où elle prononce une mutation dans l'intérêt du service.

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision en litige ainsi que du rapport du 14 janvier 2021 portant sur la manière de servir de l'intéressée, que Mme A entretient des rapports dégradés avec sa cheffe de service qui impactent son état de santé ainsi que le bon fonctionnement du service. Afin de remédier à cette situation, le recteur de la Guyane a ainsi décidé de procéder à un changement d'affectation vers un établissement public local d'enseignement du choix de l'intéressée. En l'absence de réponse de sa part, le recteur a finalement décidé de l'affecter au lycée Félix Eboué à Cayenne. Compte tenu de ces éléments, la mesure doit être regardée comme ayant été prise dans l'intérêt du service. Par suite, le moyen tiré de l'absence de publication d'un avis de vacance d'emploi doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version application au litige : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. () ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de () de son état de santé, () une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 4 de cette même loi : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination ".

5. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure ou une pratique a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. En se bornant à soutenir que la décision en litige nuit gravement à sa santé dès lors que son nouveau poste est inadapté aux recommandations médicales sans toutefois apporter d'éléments suffisamment probants à l'appui de ses allégations, malgré une mesure d'instruction diligentée en ce sens, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le recteur de la Guyane a décidé d'affecter Mme A à un nouveau poste dans le but notamment de préserver son état de santé impacté par les relations dégradées entretenues avec sa cheffe de service dans le cadre de son ancienne affectation, la requérante n'établit pas que cette décision constitue une discrimination en raison de son état de santé. Un tel moyen doit donc être écarté.

7. En dernier lieu, une mesure revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

8. En l'espèce, Mme A fait valoir que sa nouvelle affectation a entraîné une perte de responsabilité, un changement de fonction ainsi qu'une perte de garantie de carrière. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la nouvelle affectation de l'intéressée n'emporte aucun impact sur l'évolution de sa carrière dès lors qu'elle reste affectée au grade de conseiller technique de service social et que la décision en litige précise qu'elle continuera de bénéficier de ses avantages financiers. Par ailleurs, à supposer même que son nouveau poste ne prévoit pas certaines responsabilités liées à son grade de conseiller technique, conduisant à une diminution de ses responsabilités, cette seule circonstance, qui ne la prive pas de la totalité des attributions liées à son grade, n'est pas de nature à révéler que le recteur de la Guyane aurait eu l'intention de la sanctionner alors que son changement d'affectation a été décidé, ainsi qu'il a été dit, dans l'intérêt du service et dans le but de préserver sa propre santé. Au surplus, il n'est pas contesté que le recteur de la Guyane a, préalablement à la décision attaquée, laissé le soin à l'intéressée de choisir son établissement d'affectation et qu'en l'absence de réponse de sa part, il a décidé, pour des raisons liées au service, de l'affecter au lycée Félix Eboué à Cayenne. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige constitue une sanction déguisée. Un tel moyen doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de la requérante et, partant, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au recteur de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. DELEPLANCQUE

Le président,

Signé

L. MARTIN La greffière,

Signé

M-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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