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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101103

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101103

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 août 2021 et le 30 octobre 2022,

M. A B, demande au tribunal :

1°) de faire application du décret du 31 décembre 1947 fixant à titre provisoire le régime de rémunération et les avantages accessoires des personnels de l'Etat en service dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane française, de la Martinique et de la Réunion, à compter du 1er juillet 2010, en lui versant la somme de 85 330, 23 euros augmentée des intérêts au taux légal à compter du 9 août 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Il soutient que le décret du 31 décembre 1947 fixant à titre provisoire le régime de rémunération et les avantages accessoires des personnels de l'Etat en service dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane française, de la Martinique et de la Réunion est toujours en vigueur et lui est applicable, de sorte qu'il aurait dû percevoir une indemnité de cherté de vie en sus de sa rémunération, depuis le 1er juillet 2010, date de son affectation en Guyane.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le ministre de l'économie des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable d'une part car elle a été introduite avant la naissance d'une décision faisant grief au requérant et d'autre part car elle ne comporte que des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal. Il fait valoir, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

La procédure a été communiquée à la direction régionale des finances publiques de la Guyane, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°47-2412 du 31 décembre 1947 ;

- le décret n° 48-355 du 29 février 1948 ;

- le décret n°57-87 du 28 janvier 1957 ;

- la loi n° 50-407 du 3 avril 1950 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en Guyane en 1960, est agent de la direction générale de la comptabilité publique, devenue la direction générale des Finances publiques depuis le 1er octobre 2000. À la suite de plusieurs affectations en France hexagonale, il a été affecté à Saint-Laurent du Maroni (Guyane) à compter du 1er juillet 2010. Du 1er mars 2017 au 31 août 2019, il a été affecté en Guadeloupe. Du 1er septembre 2019 au 31 août 2021, M. B a de nouveau été affecté en Guyane. Depuis le 1er septembre 2021, il est affecté à Condom (Gers). Le 21 avril 2021, il a adressé au Service d'Information des Agents (SIA) de la Direction générale des Finances Publiques une demande d'explications tendant à savoir pourquoi ne lui avait pas été appliquée l'indemnité de cherté de vie prévue par le décret du 31 décembre 1947 fixant à titre provisoire le régime de rémunération et les avantages accessoires des personnels de l'état en service dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane française, de la Martinique et de la Réunion. Le 21 juin 2021, M. B a adressé au directeur régional des finances publiques de la Guyane, d'une part, et au ministre de l'économie et des finances chargé de la relance, d'autre part, un courrier tendant au versement à son profit, depuis le 1er juillet 2010, de l'indemnité de cherté de vie prévue par le décret du 31 décembre 1947. Ces demandes ont été reçues par ces deux personnes publiques respectivement les 26 et 30 juin 2021. Le silence gardé par ces deux autorités a fait naître deux décisions implicites de rejet les 26 et 30 août 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de faire application du décret du 31 décembre 1947 en lui versant la somme de 85 330,23 euros avec intérêts au taux légal depuis l'introduction de sa requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 2 du décret du 31 décembre 1947 fixant à titre provisoire le régime de rémunération et les avantages accessoires des personnels de l'état en service dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane française, de la Martinique et de la Réunion, les agents : " percevront, outre le traitement et éventuellement les indemnités afférentes à leur emploi, les allocations accessoires ci-après : / ()/ 2° L'indemnité forfaitaire de cherté de vie prévue par la loi du 3 août 1946 () ; cette indemnité est fixée à 25 p. 100 du traitement budgétaire, des indemnités soumises à retenues pour pension, de l'indemnité de résidence prévue au paragraphe 4 ci-après et, le cas échéant, de l'indemnité d'éloignement prévue à l'article 3 ci-après, sans que le montant de l'indemnité forfaitaire de cherté de vie puisse être inférieur à 21.600 F ; () Aux termes de l'article 3 du décret du 29 février 1948 portant attribution d'un complément provisoire de traitement ou de solde aux fonctionnaires et agents de l'Etat : " Cessent d'être alloués à compter du 1er janvier 1948 () l'indemnité forfaitaire de cherté de vie prévue par la loi du 3 août 1946 (). ". En outre, aux termes de l'article 1er de la loi du 3 avril 1950 concernant les conditions de rémunération et les avantages divers accordés aux fonctionnaires en service dans les départements de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion : " Les conditions de rémunération des fonctionnaires en service dans les départements de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion sont celles des fonctionnaires en service dans la métropole, sous réserve des dispositions particulières prévues par la présente loi. ". Aux termes de l'article 3 de cette loi, alors en vigueur : " Une majoration de traitement de 25 % est accordée, à partir du 1er avril 1950, à tous les fonctionnaires des départements considérés. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 28 janvier 1957 portant majoration du complément temporaire alloué aux fonctionnaires de l'Etat en service dans les départements de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane française : " Pour compter du 1er janvier 1957, le montant du complément temporaire institué par l'article 10 du décret susvisé du 22 décembre 1953 est porté à 15% à l'égard des fonctionnaires de l'Etat en service dans les départements de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane française. ".

3. Il résulte des dispositions précitées d'une part que l'indemnité de cherté de vie fixée par le décret du 31 décembre 1947 a cessé d'être appliquée dès le 1er janvier 1948, en vertu du décret du 29 février 1948, et d'autre part que le régime indemnitaire des agents de l'Etat en poste en Guadeloupe et en Guyane française notamment est désormais fixé par la loi du 3 avril 1950 et par le décret du 28 janvier 1957.

4. Il est constant que M. B a bénéficié d'une majoration de traitement de 40 %, en application des dispositions précitées, depuis le 1er juillet 2010, alors qu'il a été affecté en Guyane et en Guadeloupe. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il doit bénéficier en sus d'une indemnité de cherté de vie qui n'existe plus légalement.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. M. B ne justifie pas avoir exposé de dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'économie des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au directeur régional des finances publiques de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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