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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101150

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101150

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPIALOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2021, Mme E A, représentée par Me Pialou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2020 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Guyane, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 20 septembre 2021, le 11 octobre 2023 et le 12 octobre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer et au rejet du surplus des conclusions.

Il fait valoir :

- que la requérante a fait l'objet d'une nouvelle décision en date du 24 mars 2022 qui a implicitement abrogé l'arrêté litigieux ;

- elle s'est vue octroyer le bénéfice d'une carte de séjour temporaire valable du 13 juillet 2022 au 12 juillet 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gillmann a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née en 2000, de nationalité surinamaise, déclare être entrée irrégulièrement en France en 2006. L'intéressée a sollicité, le 5 février 2019, une régularisation de son séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 juillet 2020, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour. Par un courrier du 8 septembre 2020, notifié au préfet le 11 septembre 2020, Mme A a formé un recours gracieux qui a été implicitement rejeté en l'absence de réponse. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux.

Sur les exceptions de non-lieu à statuer :

2. D'une part, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors la disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. En l'espèce, le préfet de la Guyane fait valoir que, par une décision du 24 mars 2022, il a abrogé l'arrêté du 8 septembre 2020 par lequel il a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté du 24 mars 2022 serait devenu définitif. En outre, l'arrêté en litige avait reçu un commencement d'exécution pendant la période où il était en vigueur. Par suite, et contrairement à ce que soutient le préfet, la requête a conservé son objet.

4. D'autre part, si le préfet de la Guyane fait valoir que Mme A s'est vue remettre une carte de séjour temporaire valable du 24 mars 2022 au 12 juillet 2023, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, le présent recours en annulation n'est pas dépourvu d'objet contrairement à ce que soutient le préfet. Il s'ensuit que les exceptions de non-lieu à statuer doivent, dès lors, être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. L'arrêté contesté a été signé par M. D, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2020-03-18-002 du 18 mars 2020, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. B, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C à l'effet de signer les décisions relevant des attributions du bureau de l'éloignement et du contentieux. Il n'est pas établi que M. C n'était pas absent ou empêché et M. B disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2020-02-27-003 du 27 février 2020, régulièrement publié, dont l'article 4 vise notamment les refus de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".

7. Mme A soutient que le préfet de la Guyane a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors que sa présence est stable en France depuis 2006, qu'elle a suivi un cursus scolaire de plusieurs années en France, qu'elle peut s'insérer grâce à sa maîtrise de la langue française, que des membres de sa famille résident en Guyane et qu'elle était enceinte à la date de la décision litigieuse. Toutefois, Mme A ne justifie de sa présence sur le territoire que depuis 2011, en produisant notamment des certificats scolaires et des bulletins de notes. En outre, la requérante ne conteste pas être célibataire. S'il ressort effectivement des pièces du dossier, et notamment d'un relevé prénatal, qu'elle était enceinte, à la date de la décision en litige, d'un enfant né le 27 juillet 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer au Suriname, pays dont Mme A et son enfant ont la nationalité. Par ailleurs, si l'intéressée s'est impliquée dans sa scolarité en faisant preuve d'un comportement volontaire et sérieux et qu'elle maîtrise la langue française, elle ne justifie d'aucune ressource, ni d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Enfin, la simple présence de sa mère, de son frère et de sa sœur sur le territoire, à supposer qu'ils y résideraient de manière régulière, ne saurait lui donner un droit au séjour en France. Il en résulte, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en décidant de prendre à son encontre la décision contestée, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet dans son appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle de l'intéressée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2020 et de la décision implicite portant rejet du recours gracieux formé par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. GILLMANN

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

M-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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