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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101238

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101238

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, M. B C A, représenté par Me Juniel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2021 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer, sans délai, une carte de séjour temporaire valant autorisation de travail, le cas échéant, de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas entré irrégulièrement en France ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article R. 311-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gillmann, conseiller ;

- les observations de Me Juniel, représentant M. C A.

Le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né en 1998, de nationalité brésilienne, déclare être entré en France en 2015. L'intéressé a fait l'objet, le 20 août 2021, d'une interpellation dans le cadre d'une vérification du droit de circulation ou et de séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête,

M. C A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

3. En premier lieu, si M. C soutient que le préfet de la Guyane a commis une erreur de fait en indiquant qu'il est entré ben France en situation irrégulière, l'intéressé, arrivé aux côtés de sa mère en 2015, n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'ils disposaient de documents leur permettant d'entrer légalement sur le territoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait pourra être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C A soutient que le préfet de la Guyane aurait refusé de régulariser son séjour et ne lui a pas délivré de récépissé de demande de titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions de l'article R. 311-4 de ce code dans sa version antérieure au 1er mai 2021. Toutefois, M. C A déclare être entré accompagné de sa mère sur le territoire français en 2015 à l'âge de dix-sept ans. L'intéressé ne justifie pas d'une entrée régulière et il n'est pas contesté que sa demande de titre de séjour, présentée au guichet de la préfecture de la Guyane le 2 décembre 2019, a fait l'objet d'un refus d'enregistrement. Ainsi, le refus d'enregistrement de sa demande, dont la légalité n'a pas été contestée devant le tribunal, ne constitue pas une demande de titre de séjour en cours d'instruction. Dans ces conditions, le préfet de la Guyane pouvait, sans commettre d'erreur de droit, faire application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige, reprenant les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du même code dans sa version antérieure au 1er mai 2021 :" L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7,

L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

7. M. C A, né le 7 juillet 1998, justifie de la continuité de son séjour en France depuis 2015, notamment en produisant des factures, des documents médicaux, ses déclarations de revenus et avis d'impôt. Si l'intéressé produit une attestation de déclaration de vie commune indiquant qu'il vit depuis le 20 octobre 2019 avec une ressortissante brésilienne, disposant d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour valable jusqu'au

18 décembre 2021, ce document, peu circonstancié, n'est pas, à lui seul suffisant pour établir la réalité et la stabilité de leur relation. Par ailleurs, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir qu'il ne dispose d'aucune attache privée et familiale dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où vit son père. La circonstance que sa mère résiderait régulièrement sur le territoire français ne permet pas de lui conférer un droit au séjour. Enfin, si M. C A produit des promesses d'embauche datant de 2019 et du mois de septembre 2021 afin d'exercer des postes d'ouvrier " Menuiserie bois et soudure " au sein de l'entreprise Daiplak et de frigoriste au sein de la SARL KCS, l'intéressé ne conteste pas être sans emploi déclaré à la date de la décision attaquée. Il en résulte, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de prendre à son encontre la décision contestée, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet dans son appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. En quatrième lieu, M. C A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions de l'article L. 313-14 du même code dans sa version antérieure au 1er mai 2021, dès lors, d'une part, qu'il n'a nullement sollicité le bénéfice d'un titre de séjour sur ce fondement et, d'autre part, que le préfet n'a pas entendu examiner sa situation au regard de ces dispositions. Par ailleurs, M. C A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du ministre de l'intérieur en date du

28 novembre 2012, qui sont dépourvues de valeur réglementaire. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reprenant les dispositions du III de l'article L. 511-1 du même code, dans sa rédaction en vigueur avant le 1er mai 2021 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Pour l'application de ces dispositions, il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. En l'espèce, le préfet de la Guyane a visé et rappelé les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tout en indiquant le cas de figure correspondant à la situation de M. C A et qui était, selon lui, de nature à justifier une interdiction de retour sur le territoire français. L'autorité administrative indique que le prononcé et la durée de ladite interdiction sont justifiés par la circonstance que M. C A a déclaré être entré clandestinement sur le territoire français pour la dernière fois en 2015 sans toutefois établir ni la date réelle de son entrée sur le territoire, ni la continuité de son séjour, et la consistance de ses liens réelles avec la France. Le préfet ajoute qu'il est célibataire, en concubinage, sans enfant, qu'il est sans activité professionnelle stable et légale et qu'il a toujours des attaches familiales au Brésil. Une telle motivation satisfait aux exigences propres au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, le préfet de la Guyane pouvait légalement assortir la mesure d'éloignement prononcée d'une telle interdiction en considérant ne pas être en présence de circonstances humanitaires y faisant obstacle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

12. En sixième lieu, si le préfet a mentionné, dans la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que M. C A est célibataire, cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, dès lors qu'il est immédiatement écrit, à la suite du terme litigieux, qu'il est en concubinage et sans enfant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne saurait être accueilli.

13. En dernier lieu, le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et entre ainsi dans le champ d'application des d'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en l'absence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une telle mesure, le préfet a pu légalement prononcer une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Dans ces conditions, le préfet de la Guyane n'a pas méconnu l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce moyen doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 août 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. GILLMANN

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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