jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2101305 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2021, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté pris à son encontre le 30 juillet 2021 par le préfet de la Guyane, en tant qu'il a prononcé une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans.
M. B soutient que la décision en cause est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ; elle est prise en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que les dispositions de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A et les observations de Me Briolin, substituant Me Rannou, pour le préfet de la Guyane ont été entendus au cours de l'audience publique, M. B n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté pris à son encontre le 30 juillet 2021 par le préfet de la Guyane en tant que, par son article 2, il a prononcé une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans.
2. Il ne ressort ni des mentions de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B.
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". Né le 28 novembre 1985, entré irrégulièrement en France en avril 2019 à l'âge de trente-trois ans, M. B invoque la présence en Guyane de ses trois enfants de nationalité haïtienne nés respectivement en 2008, 2010 et 2011, pris en charge, selon les mentions non contestées de l'arrêté en cause, par une ressortissante haïtienne en situation irrégulière. M. B, qui n'apporte aucune précision sur la situation de la mère de ses enfants, ne fait état d'aucune circonstance particulière faisant obstacle à la reconstitution de la cellule familiale hors de France, notamment en Haïti, où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité. Dans les circonstances de l'affaire, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Compte tenu de la possibilité de reconstitution de la cellule familiale hors de France, le préfet n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. B, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
5. L'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que toute obligation de quitter sans délai le territoire français est assortie d'une interdiction de retour, sous réserve de circonstances humanitaires. En vertu du premier alinéa de l'article L.612-10 du même code, la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-6 est fixée compte tenu de la durée de présence sur le territoire, de la nature et de l'ancienneté des liens avec la France, de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public. Si le requérant, qui faisait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire et entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions de l'article L.612-6, invoque " l'erreur manifeste d'appréciation " et l'erreur de droit, en l'absence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une telle mesure, le préfet a pu légalement prononcer une interdiction de retour d'une durée de deux ans.
6. Enfin, les dispositions relatives au séjour du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogées à compter du 1er mai 2021 et reprises par l'article L.423-3 du même code, ne peuvent en tout état de cause être utilement invoquées à l'encontre de l'interdiction de retour.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour prononcée le 31 juillet 2021.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023
La rapporteure,
Signé
M.T. A Le président,
Signé
L. MARTINLa greffière,
Signé
M.Y. METELLUS
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
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