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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101321

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101321

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSEMONIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 octobre 2021, 11 octobre 2021 et 8 novembre 2021, Mme C D, représentée par Me Sémonin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° DP 973 307 21 10080 du 5 août 2021 par laquelle le maire de la commune de Matoury s'est opposé à la déclaration préalable de division foncière ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au maire de la commune de Matoury de lui délivrer un certificat de non-opposition, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de la commune de Matoury de procéder à un nouvel examen de la déclaration préalable dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Matoury la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure résultant de ce qu'elle constitue un retrait d'une décision créatrice de droit, prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- La décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation au regard de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- La décision est erronée dès lors qu'elle se fonde sur l'impossibilité de réaliser des travaux alors que la demande concernait uniquement une division foncière en vue de créer des lots à bâtir ;

- La décision méconnaît les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dès lors que le maire de la commune ne démontre pas l'existence d'une illégalité de nature à justifier le retrait la décision de non-opposition à une déclaration préalable, née tacitement le 2 août 2021 ;

- L'opposition à la déclaration préalable de division foncière est entachée d'une erreur de droit au regard des prescriptions du plan local d'urbanisme dès lors que la parcelle litigieuse est située en zone IIAU et a, par suite, vocation à être ouverte à l'urbanisation ; elle avait obtenu, pour des parcelles voisines classées dans la même zone IIAU, des certificats de non-opposition à division foncières et des permis de construire ont ensuite été délivrés aux acquéreurs des parcelles divisées.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2022, la commune de Matoury conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public,

- et les observations de Me Sémonin, représentant Mme D.

La commune de Matoury n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, propriétaire de la parcelle AL 1939 sise sur le territoire de la commune de Matoury, a déposé le 2 juillet 2021 une déclaration préalable de division foncière de la parcelle AL 1939 en trois lots. Par un arrêté du 5 août 2021, le maire de la commune de Matoury a prononcé une opposition à la déclaration préalable. Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " L'autorité compétente se prononce () en cas d'opposition () sur la déclaration préalable ". Aux termes de l'article R. 424-1 du code précité : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé (), le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivée les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, sauf les cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles, les décisions qui retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ne peuvent être prises qu'après que le destinataire de cette mesure a été mis à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par ces dispositions, constitue une garantie pour le titulaire du permis ou de la non-opposition à déclaration préalable de travaux que le maire envisage de retirer. La décision de retrait prise par le maire est ainsi illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le titulaire de l'autorisation a été effectivement privé de cette garantie.

4. Il est constant que Mme D a déposé le 2 juillet 2021 la déclaration préalable de division foncière de la parcelle AL 1939. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes mêmes du récépissé de dépôt de déclaration préalable que " le projet ayant fait l'objet d'une déclaration n° DP 973 307 21 10090 déposée à la mairie le 02/07/2021 par Mme D C B, est autorisé à défaut de réponse de l'administration un mois après cette date ". Il n'est ni établi ni allégué que la commune aurait fait usage des dispositions de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme lui permettant de demander des pièces complémentaires dans le délai d'un mois de sorte que le dossier était réputé complet à cette date. Dès lors, à défaut de réponse du maire dans le délai d'instruction d'un mois expirant le 3 août 2021, Mme D a bénéficié d'une décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable de division de la parcelle en trois lots. Une telle décision ayant créé des droits au profit de son bénéficiaire, son retrait ne pouvait intervenir, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qu'après que l'intéressée ait été invitée à présenter ses observations. En l'espèce, le maire de la commune de Matoury n'invoque ni même n'allègue la réalité d'une situation d'urgence ou des circonstances exceptionnelles qui l'auraient autorisé à se dispenser de la procédure contradictoire ainsi prévue. Dans ces conditions, la décision expresse du 5 août 2021, dont il est soutenu sans être contesté en défense qu'elle a été notifiée le 21 août 2021, doit s'analyser comme une décision de retrait de la décision implicite créatrice de droit née le 3 août précédent. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision de retrait a été prise au terme une procédure irrégulière, faute pour le maire de l'avoir invitée à présenter des observations, droit constituant une garantie pour le pétitionnaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration doit par suite être accueilli.

5. En second lieu, pour retirer la décision implicite de non-opposition à la déclaration préalable de division foncière, le maire de la commune de Matoury s'est fondé sur le motif tiré de ce que " cette parcelle est située dans la zone IIAU du plan local d'urbanisme de la commune de Matoury qui interdit tout lotissement à usage d'habitation ".

6. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article L. 442-3 de ce même code : " Les lotissements qui ne sont pas soumis à la délivrance d'un permis d'aménager doivent faire l'objet d'une déclaration préalable ". Aux termes de l'article L. 442-14 de ce code : " Lorsque le lotissement a fait l'objet d'une déclaration préalable, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de non-opposition à la déclaration préalable, et ce pendant cinq ans à compter de cette même date () ".

7. Il résulte de ces dispositions que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

8. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, que la déclaration préalable déposée par Mme D ne fait état d'aucun projet de construction à venir, la destination des lots n'étant pas précisée et, d'autre part, que la déclaration d'opposition fait apparaître la mention " néant " en ce qui concerne la surface de plancher. Ainsi, la déclaration préalable n'avait pour objet que la division parcellaire de la parcelle AL 1939. Par suite, le maire à qui il appartiendra de vérifier, dans l'hypothèse du dépôt de demandes de permis de construire intéressant la division parcellaire, la compatibilité des constructions projetées avec les règles alors en vigueur du plan local d'urbanisme, ne pouvait légalement, à ce stade, s'opposer à la déclaration préalable dès lors que celle-ci ne portait que sur une simple division de terrain, sans mention d'un quelconque projet de travaux ou d'édification d'une construction. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit également être accueilli.

9. Par application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier, aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation des décisions attaquées.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2021 par lequel le maire de la commune de Matoury s'est opposé à la déclaration préalable de division foncière.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants-droit. () ".

12. Le présent jugement, qui annule l'arrêté attaqué, a pour effet de faire revivre la décision tacite de non-opposition née le 3 août 2021. Par suite, il y a lieu, sur le fondement des dispositions précitées, d'enjoindre à la commune de Matoury de délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, un certificat de non-opposition prévu par les dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme précitées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

13. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Matoury la somme de 1 200 euros à verser à la requérante au titre des frais exposés par celle-ci et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Matoury du 5 août 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Matoury de délivrer à Mme D le certificat prévu à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Matoury versera à Mme D la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la commune de Matoury.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 21 juillet 2022.

Le président - rapporteur,

Signé

L. A

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

M.-T. LACAULa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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