jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2101364 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | TATTEVIN-DERVEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 octobre 2021, le 14 juillet 2022 et le 11 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Derveaux, puis par Me Juniel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 14 août 2021 par laquelle le recteur de la Guyane a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser, à titre principal, la somme de 7 174,38 euros et, subsidiairement, la somme de 4 607,83 euros, en réparation des préjudices subis en raison des prélèvements indus ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 538,98 euros en réparation du préjudice financier subis en raison des frais de saisie et des incidents liés aux saisies pratiquées de manière infondée ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
5°) d'enjoindre à l'administration de procéder à la levée de son inscription au fichier national des incidents de remboursements des crédits aux particuliers ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rectorat de la Guyane a indument reçu la somme de 7 681,02 euros versée par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Morbihan au titre des indemnités journalières alors que la somme réclamée initialement s'élevait à 5 133,10 euros, puis à 2 566,55 euros après remise gracieuse, et elle est, par conséquent, en droit de solliciter le versement d'une somme de 5 114,47 euros correspondant à la différence entre ces deux montants, ramenée subsidiairement à 2 547,92 euros à défaut de prise en compte de la remise gracieuse ;
- la non perception par le rectorat de la Guyane du montant des indemnités journalières résulte d'un dysfonctionnement qui ne lui est pas imputable, elle a donc subi un préjudice financier en payant la somme de 513 euros correspondant à la majoration résultant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 6 novembre 2020 ;
- l'émission de saisies administratives à tiers détenteur postérieurement à la recevabilité de son dossier de surendettement, qui impliquait l'interdiction de toute mesure de saisine, est illégale et lui a causé un préjudice financier à hauteur de 2 059,91 euros ;
- les opérations de saisies sur son compte bancaire ont généré des frais correspondant à un préjudice financier de 538,98 euros ;
- elle a subi un préjudice moral évalué à 3 000 euros ;
- elle a développé une maladie pulmonaire en raison de l'anxiété générée par la situation ;
- si le tribunal fait droit à sa demande indemnitaire, elle pourra renoncer à la procédure de surendettement ce qui nécessite que soit ordonnée la levée de son inscription au fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2023, le recteur de la Guyane, conclut au rejet de la requête de Mme C.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la direction régionale des finances publiques (DRFIP) de la Martinique qui n'a pas produit d'observations.
Par un courrier du 6 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de ce que les conclusions indemnitaires tendant à la réparation du préjudice financier découlant de l'illégalité des saisies administratives à tiers détenteur émises à l'encontre de la requérante sont irrecevables dès lors que ce préjudice n'est pas distinct de celui résultant du seul remboursement de l'indu de rémunération mis en recouvrement par ces actes de poursuite qui n'ont pas été contestés par les voies déterminées par les articles L. 281 et R. 281-1 du livre des procédures fiscales.
Par un courrier du 13 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur des moyens d'ordre public, relevés d'office, tirés de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître :
- de la demande de la requérante tendant à ce que la somme de 5 114,47 euros, ou à défaut de 2 547,92 euros, correspondant à la différence entre l'indemnité journalière versée et le montant réclamé par le rectorat de Guyane lui soit remboursée, ainsi qu'à la réparation des préjudices financier et moral s'y rapportant, dès lors qu'il n'appartient qu'au pôle social du tribunal judiciaire compétent de statuer sur les recours relatifs aux différends en lien avec des indemnités journalières ;
- de la demande de la requérante tendant à l'indemnisation de la somme de 2 059,91 euros, fondée sur la méconnaissance de l'interdiction des procédures d'exécution consécutivement à la recevabilité de son dossier de surendettement, ainsi qu'à la réparation des préjudices financier et moral s'y rapportant, relevant de la compétence de la seule juridiction judiciaire ;
- de la demande de la requérante tendant à ce que la levée de son inscription au fichier national des incidents de remboursements des crédits particuliers soit ordonnée, relevant de la compétence de la seule juridiction judiciaire.
Par une décision du 26 octobre 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la consommation ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Deleplancque ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- les observations de Me Juniel, représentant Mme C ;
- et les observations de M. A, représentant le recteur de la Guyane.
La DRFIP de la Martinique n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a travaillé en tant qu'enseignante au sein de l'académie de Guyane. Par un courrier du 31 décembre 2019, le recteur de la Guyane l'a informée qu'elle avait perçu un indu sur rémunération et qu'elle allait recevoir un titre de perception pour un montant de 5 133,10 euros. Le 6 novembre 2020 la DRFIP de la Martinique a émis à son encontre une saisie administrative à tiers détenteur d'un montant total, avec majoration, de 5 646,10 euros. Par suite, elle a formé un dossier de surendettement qui a été déclaré recevable le 17 décembre 2020 par la commission de surendettement des particuliers du Morbihan, laquelle a informé la DRFIP de la suspension et de l'interdiction des procédures d'exécution liées à cette dette. Le 24 décembre 2020, une nouvelle saisie administrative à tiers détenteur a été émise à son encontre pour un montant de 5 626,10 euros. Toutefois un titre d'annulation à titre gracieux a été émis le 5 janvier 2021 pour un montant de 2 566,55 euros. Par un courrier du 1er avril 2021, la commission de surendettement a informé l'intéressée de l'effacement total de ses dettes à compter du 18 février 2021. Les 29 mars 2021, 4 mai 2021 et 19 août 2021, la DRFIP de la Martinique a émis à son encontre des nouvelles saisies administratives à tiers détenteur pour des montants respectifs de 2 802,55 euros, 2 059, 91 euros et 742,64 euros. Le 5 mai 2021, la CPAM du Morbihan a versé à l'académie de Guyane une somme de 7 681,02 euros correspondant aux indemnités journalières durant son arrêt maladie. Par un courrier réceptionné le 14 juin 2021 par les services du rectorat de la Guyane, l'intéressée a adressé une demande indemnitaire préalable au recteur de la Guyane à hauteur de 6 396,82 euros. En l'absence de réponse une décision implicite de rejet est née le 14 août 2021. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner le recteur de la Guyane à lui verser la somme totale de 10 713,36 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions de la requête :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 321-1 du code de la sécurité sociale : " L'assurance maladie assure le versement d'indemnités journalières à l'assuré qui se trouve dans l'incapacité physique constatée par le médecin traitant () de continuer ou de reprendre le travail () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Les indemnités journalières prévues à l'article L. 321-1 du code de la sécurité sociale constituent des prestations de sécurité sociale. Dès lors, il résulte de l'ensemble des dispositions précitées qu'il n'appartient qu'au pôle social du tribunal judiciaire compétent de statuer sur les recours dirigés contre des décisions se prononçant sur des différends en lien avec ces indemnités journalières.
3. En l'espèce, il est constant que Mme C a été placée en congé maladie au cours des années 2018 et 2019, alors qu'elle était enseignante au sein de l'académie de Guyane, et que la somme réclamée par le recteur de la Guyane et ayant fait l'objet d'un titre de perception correspond au remboursement des indemnités journalières qu'elle devait percevoir au cours de ses congés, sur la période comprise entre le 9 janvier 2019 et le 8 mai 2019 alors qu'elle continuait à percevoir sa rémunération de la part du rectorat. Dans cette mesure, la demande de Mme C tendant à ce que la somme de 5 114,47 euros ou, à défaut de 2 547,92 euros, correspondant à la différence entre l'indemnité journalière versée et le montant réclamé par le rectorat au titre de l'indu de rémunération, lui soit remboursée compte tenu du versement opéré par la CPAM du Morbihan des indemnités journalières relatives à la période de congé maladie de l'intéressée, qui serait constitutive d'un indu pour le rectorat, ressort de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire. Il en va de même, pour les préjudices financier et moral fondés sur l'absence de remboursement des indemnités journalières par le recteur de la Guyane.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 722-2 du code de la consommation : " La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d'exécution diligentées à l'encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu'alimentaires ". Aux termes de l'article L. 761-2 du même code, tout acte ou tout paiement effectué en violation de l'article L. 722-2 " peut être annulé par le juge des contentieux de la protection, à la demande de la commission, présentée pendant le délai d'un an à compter de l'acte ou du paiement de la créance ". Enfin, aux termes de l'article L. 713-1 du même code : " Le juge des contentieux de la protection connaît des mesures de traitement des situations de surendettement des particuliers et de la procédure de rétablissement personnel ".
5. En l'espèce, si Mme C se prévaut de la méconnaissance de l'interdiction des procédures d'exécution consécutivement à la recevabilité de son dossier de surendettement le 17 décembre 2020, les conclusions de sa requête tendant à ce qu'elle soit indemnisée des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis en raison de l'émission de saisies administratives à tiers détenteurs postérieures relèvent de la compétence de la seule juridiction judiciaire. Par suite, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de la demande de Mme C tendant à l'indemnisation de la somme de 2 059,91 euros résultant de l'émission de saisies administratives à tiers détenteur, aux frais bancaires correspondants ainsi qu'au préjudice moral qui s'y rapporte.
6. En dernier lieu, en vertu des dispositions législatives du chapitre III du titre Ier du livre VII du code de la consommation, l'autorité judiciaire est seule compétente pour connaître du contentieux relatif au fichier national recensant les informations sur les incidents de paiement caractérisés liés aux crédits accordés aux personnes physiques pour des besoins non professionnels institué par l'article L. 751-1 de ce code. Par suite, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de la demande de Mme C tendant à ce que la levée de son inscription au fichier national des incidents de remboursements des crédits aux particuliers soit ordonnée.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au recteur de la Guyane et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. DELEPLANCQUE
Le président,
Signé
O. GUISERIX La greffière,
Signé
C. NICANOR
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026