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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101374

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101374

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationR
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrée les 18 et 26 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Balima, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, subsidiairement de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ; le refus de séjour, la mesured'éloignement et la décision fixant le pays de renvoi sont insuffisamment motivés ;

- le refus de séjour est entaché d'erreurs de fait ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L.313-11 6°, L.313-11 7° et L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2021, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Le préfet a présenté une pièce le 22 novembre 2022.

Par un courrier du 23 novembre 2022, les parties ont été informées de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi sont privées d'objet compte tenu de la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour.

Par des observations, qui n'ont pas été communiquées, le préfet a répondu au moyen d'ordre public le 23 novembre 2022.

Le préfet de la Guyane a présenté un mémoire enregistré le 24 novembre 2022, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bissau-guinéen, conteste l'arrêté du 27 août 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet a délivré à M. A une autorisation provisoire de séjour valable du 9 août 2022 au 8 février 2023. Cette décision a eu pour effet d'abroger l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, les conclusions de M. A sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer. En revanche, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions dirigées contre le refus de séjour.

3. Pour refuser d'admettre M. A au séjour, le préfet a notamment relevé " Le nouveau dossier produit présente des anomalies qui tendant à établir l'usage de faux, qu'il s'agisse de son identité, de sa nationalité, de son numéro de sécurité sociale ou de la réalité de l'activité de l'entreprise qui l'emploie ". Alors que M. A conteste fermement ces mentions, le préfet ne répond pas sur ce point dans ses écritures en défense. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant fondé le refus d'admettre M. A au séjour sur des faits matériellement inexacts. Cette erreur présente un caractère déterminant. Il y a lieu, par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, d'annuler le refus de séjour.

4. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le requérant bénéficie d'une autorisation provisoire de séjour expirant le 8 février 2023. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Guyane se prononce sur la demande de M. A, actuellement en cours d'examen. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compte de la notification du jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Le requérant ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 11 octobre 2021, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en l'espèce, de condamner l'Etat à payer à Me Balima la somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A dirigées contre l'arrêté pris à son encontre le 27 août 2021 par le préfet de la Guyane, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français et qu'il fixe le pays de renvoi.

Article 2 : Le refus de séjour opposé le 27 août 2021 par le préfet de la Guyane à M. A est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de se prononcer sur la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Balima la somme de 900 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Guyane.

Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M.T. B Le président,

Signé

L. MARTINLe greffier,

Signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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