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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101412

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101412

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 26 octobre 2021, 14 janvier 2022 et 16 janvier 2023, M. E G, représenté B Me Marciguey, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, la décision verbale du 7 juin 2021 B laquelle un agent de la préfecture de la Guyane aurait refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé, d'autre part, l'arrêté du 6 septembre 2021 B lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros B jour de retard, d'enregistrer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours, puis de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros au titre de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

M. G soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- le refus d'enregistrement, l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour sont insuffisamment motivés ;

- le refus d'enregistrement est entaché d'erreur de droit et pris en violation des dispositions combinées des articles L.431-3, R.431-12 et R.431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a méconnu les dispositions de l'article L.435-1 du même code ;

- le refus d'enregistrement et l'obligation de quitter le territoire ont été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire, fondée sur un refus d'enregistrement illégal, est privée de base légale ; elle est prise en violation de son droit d'être entendu ; elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est fondée sur une mesure d'éloignement illégale, prise en méconnaissance des dispositions des articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est fondée sur une mesure d'éloignement sans délai illégale, prise en méconnaissance des dispositions des articles L.612-6 et L.612-10 du code et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur une mesure d'éloignement illégale.

B un mémoire en défense et une pièce complémentaire enregistrés les 12 janvier et 25 novembre 2022, le préfet de la Guyane, représenté B Me Tomasi, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant haïtien, conteste, d'une part, la décision verbale du 7 juin 2021 B laquelle un agent de la préfecture de la Guyane aurait refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé, d'autre part, l'arrêté du 6 septembre suivant B lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur la décision du 7 juin 2021 :

2. M. G a été convoqué le 7 juin 2021 à la préfecture de la Guyane pour le dépôt de sa demande de titre de séjour. S'il conteste la décision orale que lui aurait opposée un agent le 7 juin 2021, il lui appartient d'établir l'existence de cette décision. Or, le préfet, qui indique que l'intéressé ne s'est pas présenté au rendez-vous du 7 juin, conteste fermement l'existence de toute décision de refus d'enregistrement de sa demande. Ni le formulaire d'admission au séjour signé le 7 juin 2021 B M. G, non visé B l'administration, ni le courrier du 22 octobre 2021 B lequel l'intéressé a demandé au préfet de lui communiquer les motifs du refus d'enregistrement de la demande et de lui délivrer un récépissé, ni aucune autre pièce du dossier ne justifient de l'existence d'une décision, même verbale, lui opposant un refus d'enregistrement de sa demande. Il en résulte que les conclusions de M. G dirigées contre une décision inexistante, ne peuvent être accueillies.

Sur l'arrêté du 6 septembre 2021 :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. L'arrêté contesté a été signé B Mme D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2021-08-06-00003 du 6 août 2021 régulièrement publié, d'une subdélégation de Mme H, directrice générale B intérim de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de MM. Forest et Menzli. Il n'est pas établi que ces derniers n'étaient pas absents ou empêchés et Mme H disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue B l'article 1er de l'arrêté n° RO3-2021-08-03-00005 du 3 août 2021, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter sans délai le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

4. Compte tenu de ce qui a été dit au point 2, le moyen tiré B voie d'exception de l'illégalité du refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour ne peut en tout état de cause qu'être écarté. La mesure d'éloignement, fondée sur le 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, autorisant l'éloignement de l'étranger qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, n'est pas privée de base légale.

5. Le préfet, qui a reproduit les dispositions du 1° de l'article L.611-1, puis mentionné l'entrée irrégulière en France de M. G, dépourvu de titre de séjour, a suffisamment motivé la mesure d'éloignement au regard des prescriptions de l'article L.613-1 du même code.

6. Si M. G, interpellé dans le cadre d'un contrôle d'identité, invoque l'atteinte à son droit d'être entendu garanti B le droit de l'Union Européenne, il ressort des pièces du dossier qu'ayant été auditionné, il a pu faire valoir ses observations. Il ne ressort d'aucun élément du dossier qu'il aurait été privé de la possibilité de produire des pièces justificatives. Il n'apporte au demeurant aucune précision sur les pièces qui auraient été susceptibles d'influer sur la décision de l'obliger à quitter le territoire.

7. Il ne ressort ni des mentions de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. G.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue B la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". Né le 2 juillet 1983, le requérant est entré irrégulièrement en France le 16 décembre 2015. Il vit à Matoury avec son épouse, de nationalité haïtienne, leur fille née le 1er avril 2009 et sa fille aînée née le 17 juillet 2006 d'une précédente union. Toutefois, en l'absence de précisions sur la mère de sa fille aînée et compte tenu de la situation irrégulière de son épouse, il peut poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment en Haïti, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans et où il ne conteste pas avoir conservé des attaches. S'il fait valoir que sa fille aînée présente des difficultés d'apprentissage et des troubles du comportement révélant une déficience intellectuelle, ce qui a justifié le dépôt, le 19 mai 2021, d'une demande de reconnaissance de son handicap auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette enfant ne pourrait être prise en charge hors de France. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu, en outre, des conditions de séjour en France de M. G, qui n'a pas déféré à la précédente obligation de quitter le territoire du 31 août 2017, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale garanti B les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle.

9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Cet intérêt supérieur se définit principalement B le droit pour l'enfant de ne pas être séparé de ses parents. Dans les circonstances exposées au point précédent, la mesure d'éloignement, qui n'implique aucune séparation entre les enfants de M. G et leurs parents, n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants, garanti B les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ces stipulations ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

10. Compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, la décision fixant le pays de renvoi et le refus d'accorder un délai de départ volontaire ne sont pas fondés sur une mesure d'éloignement illégale.

11. En vertu du 3° de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire s'il existe un risque que l'étranger se soustraie à l'obligation de quitter le territoire. En vertu du 5° de l'article L.612-3, ce risque est établi lorsque l'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. En refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. G, qui s'est soustrait à l'exécution de la mesure d'éloignement du 31 août 2017, le préfet n'a entaché sa décision ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

12. L'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que, sous réserve de circonstances humanitaires, l'obligation de quitter sans délai le territoire français est assortie d'une interdiction de retour, laquelle doit, en application de l'article L.613-2, être motivée. En vertu du premier alinéa de l'article L.612-10, la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-6 est fixée compte tenu de la durée de présence sur le territoire, de la nature et de l'ancienneté des liens avec la France, de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public. Le préfet, qui a cité les dispositions du premier alinéa de l'article L.612-6, puis s'est référé à la durée de séjour en France de M. G, à la situation irrégulière de son épouse et à l'absence d'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, a suffisamment motivé le principe et la durée de l'interdiction de retour.

13. Dans les circonstances de l'affaire, notamment en l'absence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une telle mesure, le préfet a pu légalement prononcer une interdiction de retour d'une durée d'un an.

14. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3, 10 et 11, l'exception d'illégalité du refus d'accorder un délai de départ volontaire doit être écartée.

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 14 que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2021.

Sur les conclusions accessoires :

16. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution sur le fondement des articles L.911-1 et L.911-2 du code de justice administrative, les conclusions à fin d'injonction présentées B M. G ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même de ses conclusions tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme qu'il demande au titre de l'article L.761-1 du même code.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E G et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public B mise à disposition au greffe le 2 mars 2023

La rapporteure,

Signé

M.T. C Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière

Signé

M. A F

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou B délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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