jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2101428 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MARCAULT DEROUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 29 octobre 2021 et 20 juin 2022, Mme C B, représentée par Me Marcault-Derouard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juin 2021 par laquelle le recteur de la Guyane n'a pas renouvelé son contrat de travail ;
2°) d'enjoindre au recteur, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, de lui proposer un contrat à durée indéterminée à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;
3°) très subsidiairement, d'enjoindre au recteur de lui payer l'indemnité légale de licenciement prévue par les articles 51 et suivants du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- le recteur a insuffisamment motivé sa décision, l'a privée de l'accès à son dossier en méconnaissance de l'article 44 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 et du droit de se faire assister par le défenseur de son choix, et a méconnu les dispositions des articles 45 et 46 du même décret ;
- la décision en cause, qui résulte du harcèlement moral subi, constitue une sanction disciplinaire déguisée ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de détournement de pouvoir.
Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés les 3 et 8 mars 2022, le recteur de la Guyane conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 2016-1156 du 24 août 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Hegesippe, rapporteur public,
- les observations de Me Marcault-Derouard pour Mme B, puis celles de Mme B, le recteur de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée à compter du 20 octobre 2016 par le rectorat de l'académie de la Guyane en qualité d'enseignante dans la filière alimentation en vertu de quatre contrats successifs. Affectée au collège Tell Eboué, puis en septembre 2019 au lycée polyvalent Léopold Elfort à Mana, elle conteste la décision du 29 juin 2021 par laquelle le recteur de la Guyane n'a pas renouvelé son contrat expirant le 31 août suivant.
Sur la légalité externe :
2. Un agent dont le contrat est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas renouveler ce contrat est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur l'aptitude professionnelle de l'agent et, de manière générale, sur sa manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de la personne, elle n'est - sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire - ni au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de prendre connaissance de son dossier, ni au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dans les circonstances qui seront exposées aux points 7 et 8, la décision en cause, prise dans l'intérêt du service, ne présente aucun caractère disciplinaire et le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 44 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, prévoyant le droit à la communication à l'agent non titulaire à l'encontre duquel une sanction disciplinaire est envisagée de la communication de l'intégralité de son dossier et de l'assistance par les défenseurs de son choix.
3. Aux termes de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 : " Lorsque l'agent non titulaire est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé (), l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : () deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à deux ans ". Si la décision en cause n'a été notifiée à l'intéressée que le 6 juillet 2021, alors que le contrat expirait le 31 août suivant, la méconnaissance du délai prévu par les dispositions précitées est sans incidence sur la légalité de la décision antérieure de non-renouvellement du contrat.
4. Le contrat de Mme B ne pouvait être réputé à durée indéterminée sur le fondement de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, qui prévoient une période maximale de six ans et la requérante n'a pas été licenciée avant le terme de son contrat à durée déterminée. Les dispositions de l'article 46 du décret du 17 janvier 1986 prévoyant un délai de préavis pour les agents recrutés pour une durée indéterminée ou licenciés avant le terme de leur contrat à durée déterminée, ne peuvent, dès lors, être utilement invoquées.
5. Un agent public recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de ce contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations. En l'espèce, Mme B, qui a été informée que son contrat ne sera pas renouvelé lors de son entretien professionnel du 2 juin 2021, a été mise à même de présenter ses observations.
Sur la légalité interne :
6. En vertu de l'article 1er du décret du 24 août 2016 portant application de l'article 32 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, aucune mesure discriminatoire, directe ou indirecte, concernant notamment le non-renouvellement du contrat ne peut être prise à l'égard d'un agent contractuel de droit public, qui bénéficie des garanties mentionnées à l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983. Aux termes de cet article 6 quinquies alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique () visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés.() ". Il appartient à l'agent public qui allègue avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. En novembre et décembre 2020, Mme B a alerté le recteur et l'inspectrice d'académie sur le harcèlement dont elle s'estimait victime de la part d'une collègue, pour avoir dénoncé les insultes et brimades de certains professeurs à l'égard de certains élèves. Elle a signalé ces comportements inappropriés à la gendarmerie de Saint-Laurent du Maroni et au procureur de la République. Compte tenu de son état dépressif sévère, elle a été placée en arrêt de travail pendant un mois à compter du 26 octobre 2020. Toutefois, aucun de ces éléments ne permet de faire présumer que Mme B aurait subi des agissements de harcèlement moral au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983. Si elle révèle à tout le moins de graves conflits interpersonnels, la circonstance, pour regrettable qu'elle soit, que l'état de santé de la requérante a été affecté par son environnement professionnel ne permet pas davantage d'apporter cette présomption, les arrêts de travail n'ayant en tout état de cause pas été reconnus imputables au service.
7. Il résulte notamment des rapports d'incident rédigés par deux enseignants en octobre 2020 et mars 2021 que les relations de Mme B avec ses collègues de l'équipe pédagogique " alimentation " étaient très dégradées. En outre, les rapports d'inspection établis les 16 mai 2019 et 26 mai 2020 antérieurement aux alertes lancées par Mme B relèvent notamment les insuffisances pédagogiques et le manque de rigueur de l'intéressée. Ni les mentions de son évaluation professionnelle pour l'année 2020-2021, qui font état, notamment, des progrès à réaliser en matière de pédagogie et de didactique, de définition des objectifs et d'engagement dans un travail d'équipe, ni les témoignages d'enseignants et du directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques, ni aucune autre pièce du dossier ne révèlent que le recteur de la Guyane se serait livré à une appréciation manifestement erronée de l'intérêt du service en ne renouvelant pas le contrat de Mme B. Le détournement de pouvoir allégué n'est donc pas établi.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au recteur de lui proposer un contrat à durée indéterminée ou de réexaminer sa situation doivent également être rejetées. Il en va de même, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, de ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au recteur de lui payer l'indemnité de licenciement prévue par l'article 51 du décret du 17 janvier 1986.
9. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.
Une copie en sera adressée au recteur de l'académie de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023
La rapporteure,
Signé
M.T. A Le président,
Signé
L. MARTINLa greffière,
Signé
M.Y. METELLUS
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026