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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101496

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101496

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101496
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLA S.E.L.A.F.A CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2021, M. A B, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel la directrice générale des douanes et des droits indirects lui a fixé un taux d'invalidité permanente partielle de 2% ;

2°) d'enjoindre à la direction générale des douanes et des droits indirects de réexaminer son dossier, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, de désigner un expert afin de déterminer son état de santé et de préciser la date de consolidation et son taux d'invalidité permanente partielle ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est entaché de vices de procédure dès lors que la commission de réforme n'a pas été saisie et qu'il n'a pas été avisé de son droit à communication du rapport du médecin agréé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il retient un taux d'invalidité permanente partielle de 2% au titre de l'ensemble des conséquences préjudiciables de son accident de service, incluant la rechute constatée au mois de juillet 2021.

Une mise en demeure de produire a été adressée le 12 octobre 2022 à la direction générale des douanes et des droits indirects qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 3 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 mai 2023 à 12 heures 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent de constatation principal de 2ème classe de la direction générale des douanes et droits indirects, affecté à la brigade de surveillance extérieure de Saint-Laurent du Maroni, a été victime d'un accident de service en septembre 2020, lequel lui a causé une fracture de l'hallux. Après avoir été placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service il a été autorisé à reprendre ses fonctions. En juillet 2021, l'intéressé a toutefois été victime d'une rechute. Le 30 juillet 2021, le médecin expert agréé par l'administration a rendu un rapport sur l'état de santé de M. B. Par un arrêté du 15 septembre 2021, dont le requérant demande l'annulation, la directrice générale des douanes et droits indirects a déclaré l'intéressé consolidé suite à un accident imputable au service et fixé un taux d'invalidité permanente partielle de 2% à la date du 29 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête :

2. Aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " La commission de réforme est consultée notamment sur : () 5. La réalité des infirmités résultant d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, en vue de l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité instituée à l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ; () ". Aux termes de l'article 19 du même décret : " () Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme. () ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.

4. En l'espèce, l'arrêté en litige par lequel la directrice générale des douanes et des droits indirects a notamment fixé un taux d'invalidité permanente partielle de 2% à l'égard de M. B, se borne à viser les conclusions du médecin expert agréé sans toutefois mentionner l'existence d'un avis de la commission de réforme. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige ait été précédée de la saisine de la commission de réforme conformément aux dispositions du décret du 14 mars 1986 précitées. Eu égard à a composition et à sa compétence, l'absence de saisine de la commission de réforme a été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision et a privé l'intéressé d'une garantie. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté en litige a été pris au terme d'une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et d'ordonner l'expertise sollicitée, que l'arrêté du 15 septembre 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction de la requête :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la directrice générale des douanes et des droits indirects, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge l'Etat, le versement à M. B d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel la directrice générale des douanes et des droits indirects a fixé un taux d'invalidité permanente partielle de 2% suite à l'accident imputable au service de M. B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice générale des douanes et des droits indirects de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la direction générale des douanes et des droits indirects.

Copie sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. DELEPLANCQUE

Le président,

Signé

L. MARTIN La greffière,

Signé

M-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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