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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101578

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101578

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101578
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 décembre 2021 et le 20 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Pépin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation administrative, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'au réexamen de sa situation administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de procéder à l'effacement de son signalement au fichier du système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- son comportement ne révèle pas d'un risque de fuite au sens de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des circonstances humanitaires.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 juillet 2023 et le 4 décembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que la requérante a fait l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement qui a implicitement abrogé l'arrêté litigieux.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gillmann a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née en 1995, de nationalité haïtienne, déclare être entrée irrégulièrement en France en avril 2019. Le préfet de la Guyane a édicté une première mesure d'éloignement le 26 septembre 2019. L'intéressée a fait l'objet d'une interpellation, le 15 octobre 2021, dans le cadre d'un contrôle aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors la disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Le préfet de la Guyane fait valoir qu'il a implicitement abrogé l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel il a obligé Mme C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il ressort des pièces du dossier que Mme C s'est vue notifier le jour même l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. La requérante ne conteste pas que celui-ci serait devenu définitif. Toutefois, l'arrêté du 15 octobre 2021 a néanmoins reçu un commencement d'exécution entre sa date d'édiction et le 20 septembre 2022 date à laquelle il a été abrogé. Par suite, et contrairement à ce que soutient le préfet, la requête a conservé son objet et il y a lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation formées par la requérante. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu à statuer doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

4. D'une part, si la requérante soutient que l'identité de l'auteur de l'arrêté en litige n'est pas précisée, il ressort de la pièce fournie par le préfet de la Guyane le 1er août 2023 que l'arrêté du 15 octobre 2021 a été signé par M. D A, sous-préfet de l'arrondissement de Saint-Laurent-du-Maroni.

5. D'autre part, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. L'arrêté contesté a été signé par M. A, sous-préfet de l'arrondissement de Saint-Laurent du Maroni, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2021-10-04-00003 du 4 octobre 2021, régulièrement publié, d'une délégation à l'effet de signer dans le cadre de la permanence, " les arrêtés portant obligation de quitter le territoire avec ou sans délai et les décisions de placement ou maintien en rétention administrative des étrangers [] ainsi que les requêtes adressées au juge des libertés et de la détention en vue d'obtenir la prolongation des mesures administratives de rétention des étrangers placés au centre de rétention administrative ". Il ne ressort toutefois ni de la lecture de cet arrêté ni des autres pièces produites à l'instance que la délégation de signature s'étendait aux décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Il s'ensuit que M. A ne tenait d'aucun texte le pouvoir de prendre, au nom du préfet, une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, comme il l'a fait par l'arrêté contesté. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision, que le moyen tiré du vice de compétence doit être accueilli en tant seulement qu'il concerne l'interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

7. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet fait ensuite référence à la situation personnelle de Mme C, relevant que l'intéressée est dépourvue de tout titre de séjour, qu'elle serait entrée irrégulièrement sur le territoire français en avril 2019 sans cependant démontrer ni la date certaine de sa dernière entrée sur le territoire, ni non plus la continuité de son séjour, qu'elle se déclare célibataire et sans enfants à charge. Dans ces conditions, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances propres de sa situation, la décision en litige mentionne l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

10. Mme C soutient que la décision litigieuse porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors que toute sa famille vit en Guyane, que sa grand-mère est décédée en Haïti et qu'elle a développé des relations sur le territoire français tant amicales que professionnelles. Toutefois, si la requérante justifie d'une présence récente sur le territoire français depuis le mois d'avril 2019, par la production de documents médicaux et administratifs, l'intéressée est célibataire, sans enfant et ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle ne dispose d'aucune attache privée et familiale dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Les circonstances que sa mère, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que celle-ci serait en situation régulière à la date de la décision attaquée, sa sœur et son frère résideraient en Guyane ne permettent pas de lui conférer un droit au séjour. Il en résulte, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, et alors même qu'elle justifie être bénévole au sein de l'association Terra Da Danca, ainsi qu'à l'atelier de couture Union fraternelle, que la requérante, qui n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 26 septembre 2019, n'est pas fondée à soutenir qu'en décidant de prendre à son encontre la décision contestée, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet dans son appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

13. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet se fonde ensuite sur les circonstances que Mme C ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français, qu'elle refuse de retourner dans son pays d'origine et qu'elle n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 26 septembre 2019. Dès lors, le préfet de la Guyane a mis l'intéressée à même de connaître les éléments de droit et de fait fondant la décision portant refus de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. En troisième lieu, Mme C ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision attaquée, les dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, dès lors que cette directive a été transposée en droit interne par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité et plus particulièrement à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En dernier lieu, si Mme C soutient qu'elle sera isolée en Haïti et que son comportement ne révèle pas un risque de fuite, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne peut justifier être entrée régulièrement en France. En outre, l'intéressée ne conteste pas l'allégation du préfet portant sur son refus de retour dans son pays d'origine et elle ne démontre pas que la précédente mesure d'éloignement ne lui pas été notifiée en raison de la clôture de sa domiciliation par la croix rouge. Dans ces conditions, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, la décision en litige vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue le fondement en droit de la décision fixant le pays de destination, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, l'arrêté en litige fait état de la nationalité haïtienne du requérant, permettant ainsi d'identifier Haïti comme pays d'origine et, partant, pays de destination. La décision précise, en outre, que Mme C n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée, en droit et en fait, et le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

17. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

18. En se bornant à faire état du contexte politique exceptionnel en Haïti, de l'insécurité élevée, du climat de violence généralisée, des conséquences du tremblement de terre du 14 août 2021, ainsi que de la crise sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19, Mme C ne démontre pas être exposée à des risques actuels et personnels pour sa sécurité ou sa santé. Ainsi, en fixant Haïti comme pays de renvoi, le préfet de la Guyane n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination.

20. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 15 octobre 2021 doit être annulé en tant seulement qu'il interdit à Mme C le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. L'exécution du présent jugement n'implique aucune des mesures demandées par la requérante dans ses conclusions à fin d'injonction. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de Mme C doivent être écartées.

Sur les frais liés au litige :

22. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, le versement d'une somme au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Guyane du 15 octobre 2021 est annulé en tant seulement qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. GILLMANN

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y METELLUS

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