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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101602

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101602

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101602
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTSHEFU EMILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 décembre 2021 et 3 octobre 2022, M. B E A, représenté par Me Tshefu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 12 juillet 2021 par laquelle le jury académique a émis un avis défavorable à sa titularisation ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports l'a licencié ;

3°) d'enjoindre au recteur de la Guyane de le réintégrer dans ses fonctions, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'avis et l'arrêté litigieux sont entachés de plusieurs vices de procédure ;

- le jury académique s'est prononcé sur sa titularisation sans avoir pris connaissance de l'avis du directeur de l'institut national supérieur du professorat et de l'éducation, à défaut d'un tel avis ;

- la composition du jury académique était irrégulière dès lors qu'elle ne comportait pas en son sein de formateurs académiques ;

- il n'a pas été auditionné par l'ensemble des membres du jury académique ;

- le jury académique ne s'est pas prononcé sur l'intérêt pour lui de suivre une seconde année de stage ;

- l'avis du jury académique est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 3 et 7 octobre et 7 novembre 2022, le recteur de l'académie de Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, d'une part, que les conclusions de la requête tendant à l'annulation du courrier du 30 août 2021 sont irrecevables dès lors que, en premier lieu, il s'agit d'un acte préparatoire et, en second lieu, elles sont tardives et, d'autre part, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un courrier du 3 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, qu'en cas d'annulation de la décision du ministre de l'éducation nationale licenciant M. E A, le tribunal était susceptible d'enjoindre d'office à l'administration de réexaminer la situation du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 84-1051 du 30 novembre 1984 ;

- le décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 ;

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les conclusions de M. D ;

- le recteur de l'académie de Guyane et M. E A n'étant ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A a été recruté en tant qu'agent contractuel de catégorie A chargé de l'enseignement de la matière " Carrelage-mosaïque " au sein du lycée professionnel des métiers du BTP et de la communication visuelle de Balata à compter du 1er septembre 2011. Il a été reçu à la session 2020 du concours interne du certificat d'aptitude au professorat de lycée professionnel. Par un courrier du 30 août 2021, le recteur de l'académie de Guyane l'a informé, d'une part, de l'avis défavorable à sa titularisation émis par le jury académique le 12 juillet 2021 et, d'autre part, du transfert de son dossier au ministre de l'éducation nationale. Par une décision du 12 novembre 2021, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports l'a licencié de ses fonctions. Par la présente requête, M. E A demande l'annulation de l'avis du jury académique et de la décision du ministre prononçant son licenciement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 10 du décret du 6 novembre 1992 relatif au statut particulier des professeurs de lycée professionnel : " Les candidats reçus aux concours prévus à l'article 4 et remplissant les conditions de nomination dans le corps sont nommés fonctionnaires stagiaires et affectés pour la durée du stage dans une académie par le ministre chargé de l'éducation. [] A l'issue du stage, la titularisation est prononcée par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage est accompli, sur proposition du jury. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat de lycée professionnel [] ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, après avoir pris connaissance des avis suivants : /I. - Pour les stagiaires qui effectuent leur stage dans les établissements publics d'enseignement du second degré : /1° L'avis d'un membre des corps d'inspection de la discipline désigné par le recteur, établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur désigné par le recteur, pour accompagner le fonctionnaire stagiaire pendant sa période de mise en situation professionnelle. L'avis peut également résulter, notamment à la demande du chef d'établissement, d'une inspection ; /2° L'avis du chef de l'établissement dans lequel le fonctionnaire stagiaire a été affecté pour effectuer son stage établi sur la base d'une grille d'évaluation ; /3° L'avis de l'autorité en charge de la formation du stagiaire [] ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du jury académique du 12 juillet 2021 se prononçant sur la titularisation de l'intéressé, que cet avis a été pris après la consultation de l'inspecteur de l'Education nationale en charge de la discipline dont relève l'intéressé ainsi que du chef d'établissement. Eu égard à la particularité de la discipline dont relève M. E A, à savoir le génie civil option construction et réalisation d'ouvrage, l'avis de l'inspecteur de l'Education nationale doit être regardé comme correspondant aussi à l'avis de l'autorité en charge de la formation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'avis d'une telle autorité doit être regardé comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014 : " Il est constitué un jury académique par corps d'accès de cinq à huit membres nommés par le recteur. /Le recteur ou son représentant préside le jury. /A la demande de son président, le jury peut se constituer en groupes d'examinateurs en fonction des effectifs. /Le vice-président et les autres membres du jury sont choisis parmi les membres des corps d'inspection, les chefs d'établissement, les enseignants-chercheurs, les professeurs des écoles et les formateurs académiques. /Le jury académique est composé de membres qui ne sont pas affectés dans l'établissement d'enseignement supérieur chargé d'assurer la formation des stagiaires de l'académie ". Aux termes de son article 6 : " Le jury entend au cours d'un entretien tous les fonctionnaires stagiaires pour lesquels il envisage de ne pas proposer la titularisation ".

5. D'une part, les dispositions de l'article 4 de l'arrêté de 2014 précité n'imposent pas que l'un des membres du jury académique soit un formateur académique. Il s'ensuit que M. E A ne saurait utilement soutenir que la composition du jury académique serait irrégulière en l'absence de formateurs académiques en son sein.

6. D'autre part, il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le professeur stagiaire, qui doit être entendu par le jury académique avant tout avis négatif quant à sa titularisation, peut faire l'objet d'un entretien par un groupe d'examinateurs au sein du jury académique et non par l'ensemble de ses membres.

7. Aussi, et à défaut de contester que les personnes ayant réalisé cet entretien n'étaient pas membres du jury académique, M. E A n'est pas fondé à soutenir que l'avis du jury académique serait entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été auditionné par l'ensemble des membres du jury académique.

8. En dernier lieu, il ressort de la lecture de l'avis du jury académique du 12 juillet 2021 que ce dernier s'est prononcé défavorablement sur l'intérêt d'autoriser le requérant à effectuer une " année complémentaire de formation " afin " d'atteindre le niveau de compétences requis pour l'entrée dans le métier du professorat ". Par suite, ce moyen tiré de l'absence d'avis complémentaire sur l'intérêt d'une seconde année de stage manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. Il résulte des dispositions précitées de l'arrêté du 22 août 2014, combinées à celles de l'article 10 du décret du 6 novembre 1992 relatif au statut particulier des professeurs de lycée professionnel, que le jury se prononce à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation peut être censurée par le juge de l'excès de pouvoir en cas d'erreur manifeste.

10. En l'espèce, il ressort des rapports établis par le professeur tuteur que le niveau de maîtrise de l'intéressé de l'ensemble des compétences, prévues par l'arrêté du 1er juillet 2013 relatif au référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation, est insuffisant. En outre il ressort des appréciations littérales portées par son tuteur que M. E A n'a pas réussi à surmonter les difficultés rencontrées lors de son stage, notamment en matière de gestion de la classe et dans l'accompagnement pédagogique des élèves. Si M. E A remet en cause l'impartialité de son tuteur, il n'établit toutefois pas l'existence d'un parti pris ou d'une animosité particulière à son encontre. Dans ces conditions, et eu égard au manque d'amélioration significative de son niveau de maîtrise des compétences attendues, le jury académique n'a pas entaché son avis d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par le recteur de l'académie de Guyane, que M. E A n'est pas fondé à demander l'annulation ni de l'avis du jury académique, ni de l'arrêté du ministre de l'éducation nationale. Par suite, les conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A et au recteur de l'académie de Guyane.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

S. C

Le président,

Signé

L. MARTIN Le greffier,

Signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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