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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101649

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101649

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL JEREMY STANISLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Stanislas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est illégal en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet a appliqué les nouvelles dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile entrées en vigueur le 1er mai 2021, alors que les anciennes dispositions devaient être appliquées ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens développés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;

- et les observations de Me Page, se substituant à Me Stanislas, représentant M. A.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1988, de nationalité haïtienne, a déclaré être entré en France de manière irrégulière le 6 septembre 1994. Il a été titulaire d'une carte de séjour temporaire pluriannuelle mention " vie privée et familiale " du 3 décembre 2016 au 2 décembre 2020 puis en a sollicité le renouvellement. Il a bénéficié de récépissés de renouvellement de titre de séjour jusqu'au 20 décembre 2021. Par un arrêté du 27 octobre 2021, le préfet de la Guyane lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé sur le territoire français en septembre 1994, à l'âge de 5 ans, et qu'il s'y est maintenu depuis lors. L'intéressé a été scolarisé jusqu'en 2007 et justifie d'une intégration par le travail depuis 2016, il est notamment salarié depuis le 1er juillet 2021, pour une durée indéterminée, en tant que conducteur d'engins. Par ailleurs, il justifie de la présence régulière de sa mère, de son frère ainsi que de sa sœur sur le territoire français et démontre qu'il est le père d'une enfant française, née le 11 mai 2011, qu'il a reconnue le 2 novembre 2017. Si l'intéressé ne démontre pas participer à l'entretien et à l'éducation de sa fille et s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné à plusieurs reprises, en particulier par le tribunal correctionnel de Cayenne le 13 juillet 2021 à une peine de 4 ans d'emprisonnement dont 2 ans avec sursis pour des faits principalement de violence à l'égard de sa compagne, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à sa durée de présence sur le territoire français, aux conditions de son séjour ainsi qu'au jugement du 14 octobre 2021 par lequel le juge de l'application des peines lui a accordé le bénéfice d'un aménagement de peine permettant l'exécution du reliquat de sa peine sous la forme d'une détention à domicile sous surveillance électronique et lui permettant de travailler, l'arrêté en litige a porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. A est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2021.

4. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 27 octobre 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au préfet de la Guyane, de délivrer à M. A un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Guyane du 27 octobre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guyane.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. C

Le président,

Signé

L. MARTIN La greffière,

Signé

M-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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