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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101660

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101660

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Guyane a refusé d'enregistrer sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer sur le fondement des articles L.423-23 ou L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, puis de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que la décision est entachée d'incompétence, insuffisamment motivée, entachée d'erreur de fait, puis prise en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que des dispositions des articles L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 25 octobre 2021 adressé sous pli recommandé, le conseil de M. A, ressortissant haïtien, a sollicité un rendez-vous pour le dépôt de la demande de titre de séjour de l'intéressé sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courriel du 27 octobre suivant, un agent de la direction de l'immigration lui a répondu notamment : " L'examen des pièces transmises fait apparaître : - que l'intéressé est arrivé majeur et illégalement sur le territoire en 2016. - a été définitivement débouté du droit d'asile en 2017, suivi d'une OQTF asile non respectée ; - a fait une demande étranger malade infructueuse, suivie d'une OQTF non respectée, () Dans ces conditions, il n'y a pas de raison de lui accorder un RDV () ". M. A conteste la décision, révélée par ce courriel du 27 octobre 2021, par laquelle l'administration a refusé d'instruire sa demande d'admission au séjour.

2. Il ressort des mentions du courriel du 27 octobre 2021 que pour refuser d'instruire la demande de M. A, l'administration a entendu opposer le caractère abusif ou dilatoire de cette demande, visant à faire échec à l'exécution des deux précédentes mesures d'éloignement. S'il est vrai qu'une demande de titre de séjour présentant un caractère abusif ou dilatoire n'est pas recevable, la seule circonstance que l'étranger n'a pas déféré à une précédente obligation de quitter le territoire ne suffit pas à caractériser une demande abusive ou dilatoire.

3. Né le 8 septembre 1995, M. A déclare être entré en France en mai 2017. Il a fait l'objet de deux refus d'admission au séjour, l'un au titre de l'asile, l'autre en qualité d'étranger malade, assortis d'une mesure d'éloignement. A l'appui de sa nouvelle demande présentée sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il invoquait la présence en Guyane, d'une part, de sa mère et de ses trois demi-sœurs, en situation régulière ou de nationalité française, d'autre part, de son fils né le 5 février 2018 de sa relation avec une ressortissante dominicaine. Eu égard à cet élément nouveau, la demande de titre de séjour présentée par M. A ne peut être regardée comme présentant un caractère abusif ou dilatoire. Par suite, l'administration ne pouvait légalement refuser de l'instruire. Il en résulte que M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision, révélée par le courriel du 27 octobre 2021.

4. Le présent jugement implique seulement, en application des dispositions de l'article R.431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance d'un récépissé à M. A, sous réserve de la présentation d'un dossier complet, et l'enregistrement de sa demande. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. La possibilité d'obtenir le versement d'une somme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 est réservée à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué que le requérant ou son conseil auraient sollicité le bénéfice de cette aide. Les conclusions présentées sur le seul fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent, dès lors, être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La décision, révélée par le courriel du 27 octobre 2021, par laquelle un agent de la direction de l'immigration de la préfecture de la Guyane a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane, sous réserve de la présentation d'un dossier complet, de délivrer un récépissé à M. A et d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guyane.

Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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