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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101685

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101685

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Jouan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle le préfet de la Guyane a refusé d'enregistrer sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal d'enregistrer sa demande de titre de séjour, ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée de vice de procédure et d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article R.311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Schor.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité haïtienne, né en 1975 est entré en France en 2011, selon ses déclarations. Après avoir eu un premier titre de séjour d'un an en 2017, M. B a obtenu un récépissé de demande de renouvellement de ce titre en 2018. Puis, M. B a pris rendez-vous avec les services de la préfecture pour déposer une demande de titre de séjour le

2 mars 2021, rendez-vous reporté au 15 avril 2021. A cette date, un agent de la préfecture a refusé d'enregistrer sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour () est tenu de se présenter () à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient () ". Aux termes de l'article R. 311-4 du même code, dans sa version alors en vigueur : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Le simple fait que l'étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser.

4. M. B produit la preuve de l'achat, la veille de son rendez-vous, du timbre fiscal de 50 euros destiné à sa demande de titre de séjour. Il soutient sans être contredit s'être présenté personnellement en préfecture le 15 avril 2021. En l'absence de mémoire en défense, il n'est pas contesté que c'est au motif que M. B ne produisait pas un certificat de scolarité de sa prétendue fille, alors qu'il n'a qu'un fils, pour l'année scolaire 2021-2022, qu'un agent a refusé d'enregistrer sa demande.

5. Il ne résulte pas des dispositions précitées ni d'aucun autre texte que le caractère complet d'une demande de titre de séjour serait subordonné à la production d'un certificat de scolarité. Par suite, à la supposer établie, l'absence d'un certificat de scolarité ne saurait constituer un motif de refus d'enregistrement au sens des dispositions précitées de l'article

R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, M. B ne peut être regardé comme ayant présenté un dossier dont le caractère était incomplet. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du

15 avril 2021 par laquelle le préfet de la Guyane a refusé d'enregistrer sa demande d'admission au séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. En l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, le présent jugement implique que le préfet de la Guyane procède à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B et lui délivre un récépissé, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jouan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jouan de la somme de 900 euros au titre des frais exposés au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 avril 2021 par laquelle le préfet de la Guyane a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B et lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Jouan une somme de 900 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Jouan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Guyane.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

C. NICANOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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