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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101686

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101686

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMATHIEU ET ASSOCIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2021, M. C J, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler et de lui délivrer sans délai un récépissé l'autorisant à travailler, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

M. J soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence et prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour sont insuffisamment motivées ; elles sont prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elles sont entachées d'une appréciation manifestement erronée de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

- le refus d'accorder un délai de départ volontaire est pris en méconnaissance des articles L.612-2 3° et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour est entachée d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaire enregistrés les 29 août, 5 décembre et 7 décembre 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme B et les observations de Me Seube substituant Me Gay pour M. J, le préfet de la Guyane n'étant pas représenté ;

Considérant ce qui suit :

1. M. J, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur la légalité externe :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme I, chef de la section de l'éloignement des étrangers, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° RO3-2021-09-09-00001 du 9 septembre 2021, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. D, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, de Mme G et de Mme F. Il n'est pas établi que ces derniers n'étaient pas absents ou empêchés et M. D disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° RO3-2021-09-07-00008 du 7 septembre 2021, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

3. En vertu du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire l'étranger qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. L'arrêté en cause, qui vise notamment ces dispositions, puis relève l'entrée irrégulière en France de M. J et l'absence de titre de séjour, est suffisamment motivé au regard des prescriptions de l'article L.613-1 du même code.

Sur la légalité interne :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Né le 7 octobre 1977, entré irrégulièrement en France en août 2016, M. J vit à Macouria avec son épouse de nationalité haïtienne et leurs trois enfants nés respectivement en 2007, 2015 et 2019. Toutefois, compte tenu de la situation irrégulière de son épouse, il peut poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment en Haïti, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans et où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité. Il n'est, par ailleurs, pas dépourvu de toute attache aux Etats-Unis et au Chili, où résident ses frères et sœurs. Enfin, s'il invoque le handicap de son fils cadet, qui souffre d'épilepsie, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cet enfant ne pourrait être pris en charge hors de France. Dans les circonstances de l'affaire, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive au droit de M. J à la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle.

5. En vertu du 3° de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire s'il existe un risque que l'étranger se soustraie à l'obligation de quitter le territoire. En vertu du 8° de l'article L.612-3, ce risque est établi lorsque l'étranger ne présente pas des garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage valides. A la date à laquelle le préfet a pris sa décision, M. J n'a pas présenté de documents d'identité ou de voyage valides, ce qui a donné lieu à un procès-verbal de carence. Dès, lors, le préfet a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

6. Il résulte de l'instruction que s'il n'avait pas commis d'erreur de fait sur la présence en métropole des frères de M. J, le préfet aurait pris la même décision d'interdiction de retour s'il ne s'était pas fondé sur ce motif erroné.

7. Dans les circonstances exposées au point 4, en prononçant une interdiction de retour d'une durée de deux ans à l'encontre de M. J, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. J n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. J est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C J et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023

La rapporteure,

Signé

M.T. B Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière

Signé

M. A H

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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