jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2200018 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | JUNIEL AUDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2022, et un mémoire non communiqué, enregistré le 25 février 2024, M. C B, représenté par Me Juniel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé son licenciement à la suite du refus définitif de titularisation au terme de son année de stage ;
2°) d'annuler la lettre du 30 août 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Guyane a refusé de lui délivrer le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degrés (CAPES) ;
3°) d'annuler la décision implicite, révélée par l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi du 27 décembre 2021, par laquelle le recteur de l'académie de Guyane a mis un terme à son contrat à durée indéterminée signé le 1er septembre 2018 ;
4°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Guyane de procéder à sa réintégration en qualité de contractuel à durée indéterminée sous astreinte ;
5°) d'enjoindre à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de réexaminer sa situation administrative et sa demande de renouvellement de son stage ;
6°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 17 616 euros au titre du préjudice moral et financier qu'il estime avoir subi, somme à parfaire à la date du jugement ou à défaut, de sa réintégration ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Guyane a mis un terme à son contrat à durée indéterminée :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 du contrat à durée indéterminée signé le 1er septembre 2018 ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de convocation et d'entretien préalable ;
- le recteur de l'académie de Guyane n'a pas précédé cette décision du préavis prévu à l'article 46 du décret du 17 janvier 1986 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 32 et de l'article 33-3 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le licenciement pour un motif d'insuffisance professionnelle est injustifié dès lors que le recteur de l'académie de Guyane ne démontre pas qu'il aurait fait preuve d'insuffisance quantitative et qualitative de son travail par rapport aux missions qui lui ont été confiées ;
- la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne l'arrêté du 12 novembre 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé son licenciement :
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, compte tenu de ses qualités, il aurait dû a minima bénéficier d'un renouvellement de son stage ;
- il a été victime de faits de harcèlement moral durant sa période de stage ;
En ce qui concerne les préjudices qu'il estime avoir subi :
- le recteur de l'académie de Guyane ne lui a pas remis, dans un délai raisonnable, les documents utiles à l'inscription de l'agent lui permettant de bénéficier du régime d'assurance chômage et de solidarité ;
- il a subi un préjudice financier évalué à hauteur de la somme de 13 600 euros dès lors qu'il n'a pas perçu ses traitements entre le mois de septembre 2021 et le mois de décembre 2021 ;
- il a subi un préjudice moral évalué à hauteur de la somme de 4 000 euros en raison de son refus de titularisation et des reproches qui lui ont été opposés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le recteur de l'académie de Guyane conclut au rejet des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2021, ainsi que des conclusions indemnitaires et au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle il a mis un terme au contrat à durée indéterminée de M. B.
Il fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision mettant un terme au contrat à durée indéterminée dès lors qu'en application de l'ordonnance rendue le 27 janvier 2022 par le juge des référés du tribunal celle-ci a été retirée et M. B a été réintégré dans ses fonctions ;
- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par deux courriers du 5 février 2024 et du 13 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés d'une part de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la lettre du 30 août 2021, dès lors qu'il ne s'agit pas d'une décision susceptible de recours, cet acte ne faisant pas grief et, d'autre part, de ce que les conclusions indemnitaires étaient susceptibles de faire l'objet d'un non-lieu à statuer partiel eu égard au versement, postérieurement à l'enregistrement de la requête, des traitements de M. B au titre des mois de septembre 2021, octobre 2021, novembre 2021 et décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 ;
- le décret n° 86-83 du 14 janvier 1986 ;
- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;
- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gillmann, conseiller ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- les observations de Me Juniel, représentant M. B ;
- et les observations de M. A, représentant le recteur de l'académie de Guyane.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a exercé les fonctions de professeur contractuel de mathématiques au sein de l'académie de Guyane à compter du 1er septembre 2012 et a été recruté par un contrat à durée indéterminée (CDI) signé le 1er septembre 2018. Par la suite, M. B a été admis au concours interne de recrutement du certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degrés (CAPES) lors de la session 2020 et a été nommé, à compter du 1er septembre 2020, en qualité de professeur certifié stagiaire et affecté, pour l'année scolaire 2020-2021 dans l'académie de Guyane. Par une lettre du 30 août 2021, le recteur de l'académie de Guyane l'a informé que le jury académique d'évaluation et de titularisation, réuni le 5 juillet 2021, a estimé qu'il n'était pas apte à se voir délivrer le CAPES à l'issue de son année de stage et a transféré son dossier au ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Par un courrier du 9 septembre 2021, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision du jury académique d'évaluation et de titularisation et a demandé au recteur le renouvellement de son stage. Par un arrêté du 12 novembre 2021, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé son licenciement à la suite du refus définitif de titularisation au terme de son année de stage. Par un courrier du 14 décembre 2021 le requérant a formé une demande indemnitaire préalable et a demandé à ce que l'Etat lui verse la somme totale de 17 616 euros en raison du préjudice financier et moral lié à l'illégalité des décisions mettant fin à son CDI et prononçant son licenciement à la suite de sa période de stage. Le recteur de l'académie de Guyane a implicitement rejeté cette demande. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé son licenciement, de la lettre du 30 août 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Guyane a refusé de lui délivrer le CAPES, de la décision implicite, révélée par l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi du 27 décembre 2021, par laquelle le recteur de l'académie de Guyane a mis un terme à son contrat à durée indéterminée signé le 1er septembre 2018 et à ce que l'Etat soit condamné à lui verser la somme totale de 17 616 euros au titre du préjudice moral et financier qu'il estime avoir subi.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le recteur de l'académie de Guyane :
2. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article L. 521-1 de ce code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ". Il s'ensuit qu'une décision intervenue pour assurer l'exécution d'une mesure de suspension prise sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé.
3. Le recteur de l'académie de Guyane fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision mettant un terme au contrat à durée indéterminée de M. B dès lors qu'en application de l'ordonnance rendue le 27 janvier 2022 par le juge des référés du tribunal celle-ci a été retirée et le requérant a été réintégré dans ses fonctions. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce retrait, révélé par la réintégration de M. B, est intervenu uniquement pour l'exécution d'une l'ordonnance du juge des référés et n'a pas, par conséquent, pour effet de priver d'objet les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision attaquée. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer présentée par le recteur de l'académie de Guyane doit être écartée.
Sur le non-lieu à statuer partiel des conclusions indemnitaires :
4. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'enregistrement de la requête présentée par M. B, le recteur de l'académie de Guyane lui a versé la somme nette de 9 620,28 euros au titre des traitements qu'il n'a pas perçu aux mois de septembre 2021, octobre 2021, novembre 2021 et décembre 2021. Par suite, à hauteur de cette somme de 9 620,28 euros, les conclusions indemnitaires du requérant sont devenues sans objet en cours d'instance. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur cette partie du litige.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la lettre du 30 août 2021 :
5. Il ressort des pièces du dossier que la lettre du 30 août 2021 du recteur de l'académie de Guyane visait seulement à informer M. B du sens de la délibération du jury qui s'était réuni le 5 juillet 2021 et de la transmission de son dossier au ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Ainsi, ce courrier, qui n'a pas de portée décisoire, ne comporte aucune décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sans qu'importe la circonstance qu'il aurait été accompagné de la mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la lettre du 30 août 2021 sont irrecevables et doivent, par conséquent, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2021 :
6. Aux termes de l'article 24 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés : " Les candidats reçus aux concours prévus aux articles 6 et 11 ou ayant bénéficié d'une dispense en application du premier alinéa de l'article 23, et remplissant les conditions de nomination dans le corps, sont nommés fonctionnaires stagiaires et affectés pour la durée du stage dans une académie par le ministre chargé de l'éducation. Toutefois, les candidats reçus aux concours prévus au deuxième alinéa de l'article 6 et remplissant les conditions de nomination dans le corps sont nommés fonctionnaires stagiaires et affectés pour la durée du stage dans l'académie de Guyane par le même ministre. / Le stage a une durée d'un an. Ses prolongations éventuelles sont prononcées par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle il est accompli () ". Aux termes de l'article 26 de ce décret : " A l'issue du stage, la titularisation est prononcée par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage est accompli, sur proposition du jury mentionné à l'article 24. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré ou le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement technique. / Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle ils ont accompli leur stage à effectuer une seconde année de stage ; celle-ci n'est pas prise en compte dans l'ancienneté d'échelon. A l'issue de cette année, ils sont titularisés dans les conditions fixées au premier alinéa. / Les stagiaires qui n'ont pas été autorisés à accomplir une seconde année de stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés sont soit licenciés par le ministre chargé de l'éducation nationale, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire. / Les stagiaires issus des concours prévus au deuxième alinéa de l'article 6 qui ont été titularisés sont affectés dans l'académie de Guyane ". Aux termes de l'article 7 du décret du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'Etat et de ses établissements publics : " Le fonctionnaire stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 29 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury. () ".
7. Aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. () ". Aux termes de l'article 9 de ce décret : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. () Il transmet au ministre les dossiers des stagiaires qui n'ont été ni titularisés ni autorisés à accomplir une seconde année de stage et qui sont, selon le cas, licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine ".
8. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La procédure de titularisation des professeurs certifiés stagiaires fait intervenir un jury académique qui se prononce à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen, mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation peut être censurée par le juge de l'excès de pouvoir en cas d'erreur manifeste. Lorsque, à l'issue de la première année de stage ou, si l'intéressé a été autorisé par le recteur à accomplir une année de stage supplémentaire, à l'issue de cette seconde année, le jury académique refuse d'inscrire un professeur certifié stagiaire sur la liste de ceux qu'il estime aptes à être titularisés, le ministre de l'éducation nationale est tenu de procéder à son licenciement pour insuffisance professionnelle lorsque celui-ci, faute d'avoir la qualité de fonctionnaire, ne peut être réintégré dans son corps ou cadre d'emploi d'origine.
9. Tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve des capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné. Lorsqu'il est saisi d'une demande d'annulation de la décision de refus de titularisation prise par l'autorité administrative à l'issue du stage, il appartient au juge d'apprécier la légalité de cette décision au regard notamment de l'ensemble des circonstances susceptibles d'avoir affecté celui-ci.
10. Ainsi, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports était en situation de compétence liée par la décision du jury académique pour prononcer le licenciement de M. B qui n'avait pas la qualité de fonctionnaire. Du fait de cette situation de compétence liée, les moyens invoqués par M. B à l'encontre de l'arrêté litigieux sont inopérants.
11. Toutefois, l'application de la théorie de la compétence liée ne dispense pas le juge de statuer sur les moyens qui mettent en cause le bien-fondé de l'application de cette théorie aux circonstances de l'espèce. En invoquant l'erreur manifeste qu'aurait commise l'administration dans l'appréciation de ses mérites, dans les conditions de déroulement de son stage et en soulevant une situation de harcèlement moral durant son stage, provoquée, selon lui, par l'autorité en charge de l'évaluer, le requérant doit être regardé comme soulevant, par voie d'exception, l'illégalité de l'avis du jury académique, seul moyen opérant à l'appui de ses conclusions.
12. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté du 12 novembre 2021 que le jury académique a rendu, le 12 juillet 2021, un avis défavorable sur l'intérêt au regard de l'aptitude professionnelle de M. B à l'autoriser à effectuer une seconde année de stage. Ce refus définitif de titularisation est justifié, selon le recteur de l'académie de Guyane, par la manière de servir de l'intéressé qui ne présente pas les qualités professionnelles exigées pour l'obtention du CAPES. Toutefois, le recteur ne produit pas le rapport d'inspection du mois de mars 2021 dont il se prévaut, ainsi que l'avis litigieux du jury académique d'évaluation et de titularisation et qui se serait prononcé à l'unanimité pour le licenciement M. B, en dépit de la mesure d'instruction diligentée par le tribunal le 5 décembre 2023. À contrario, le requérant produit trois rapports d'observation de son tuteur du 2 novembre 2020, du 15 mars 2021 et du 23 mai 2021, ainsi que le rapport du chargé de mission auprès de l'inspecteur académique - inspecteur pédagogique régional (IA-IPR) de mathématiques de visite-conseil du 4 mars 2021. Il ressort de ces documents que l'intéressé, qui exerce les fonctions de professeur de mathématiques depuis 2012, a certes des lacunes en ce qui concerne notamment la gestion de ses classes, la préparation de ses cours et dans l'enseignement d'activités numériques. Toutefois, ces observateurs relèvent chez M. B des qualités en adéquation avec sa fonction telles son assiduité, sa ponctualité, sa tenue irréprochable, son implication dans la vie de son établissement avec notamment la volonté de mettre en place un projet pédagogique nommé " maths en slam ", sa maîtrise des fondamentaux et son souhait unanimement reconnu de progresser dans son activité professionnelle. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la commission d'entretien professionnelle a rendu un avis favorable, le 17 mai 2021, quant aux capacités d'analyse et de réflexivité par rapport à la pratique professionnelle de l'année en cours. Dans ces conditions, en l'absence d'élément démontrant que M. B ne présenterait pas les qualités professionnelles pour effectuer, au moins, une seconde année de stage et compte tenu du contexte dans lequel il a effectué sa première année de stage marquée par la pandémie de la Covid-19 ayant entraîné plusieurs fois la fermeture d'établissements scolaires, le moyen tiré de ce que le conseil académique a entaché son avis d'une erreur manifeste d'appréciation en n'ayant pas autorisé le requérant à effectuer une seconde année de stage doit être accueilli.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la situation de harcèlement moral invoquée par le requérant, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé son licenciement à la suite du refus définitif de titularisation au terme de son année de stage.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le recteur de l'académie de Guyane a mis un terme au contrat à durée indéterminée de M. B :
14. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.
15. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.
16. Il n'est pas contesté par le recteur de l'académie de Guyane que la décision par laquelle il a mis fin au contrat indéterminée, signé le 1er septembre 2018, de M. B est intervenue en raison de l'arrêté du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports prononçant le licenciement pour insuffisance professionnelle du requérant à la suite de sa période de stage. Dans ces conditions, l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 12 novembre 2021 emporte l'annulation par voie de conséquence de la décision par laquelle le recteur a mis un terme au contrat à durée indéterminée de M. B. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens soulevés par le requérant à l'appui de ces conclusions, cette décision doit être annulée.
Sur le surplus des conclusions indemnitaires :
17. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 12 novembre 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé le licenciement de M. B, ainsi que la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Guyane a mis un terme à son contrat à durée indéterminée sont entachés d'illégalité et susceptibles d'engager la responsabilité de l'Etat.
18. D'une part, M. B soutient qu'il a subi un préjudice financier dès lors que le recteur de l'académie de Guyane ne lui a pas remis, dans un délai raisonnable, les documents utiles à l'inscription de l'agent lui permettant de bénéficier du régime d'assurance chômage et solidarité et qu'il a subi un préjudice dû à l'absence de rémunération sur la période allant de septembre à décembre 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point 4 que le recteur l'a réintégré dans ses fonctions de professeur contractuel, de sorte qu'il n'avait plus besoin de bénéficier des aides sociales sollicitées et qu'il lui a versé ses traitements au titre des mois litigieux. Dans ces conditions, et alors même que M. B n'établit pas qu'il aurait dû lui être versé une somme supplémentaire, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a subi un préjudice financier.
19. D'autre part, M. B soutient qu'il a subi un préjudice moral découlant de son refus de titularisation qui a remis en cause ses compétences et ses qualités. L'arrêté du 12 novembre 2021 lui a nécessairement causé un préjudice moral dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 12 que le recteur ne démontre pas qu'il ne présenterait pas les qualités professionnelles exigées pour l'obtention du CAPES et qu'une seconde année de stage ne lui a pas été proposée. Ainsi, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral ainsi subi en accordant à M. B une somme de 3 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
20. L'exécution du présent jugement implique seulement que M. B soit réintégré dans ses fonctions de professeur stagiaire afin d'effectuer une seconde année de stage. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'administration de procéder à cette réintégration à la rentrée de l'année scolaire 2024/2025.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer, à hauteur de la somme de 9 620,28 euros, sur les conclusions indemnitaires présentées par M. B.
Article 2 : L'arrêté du 12 novembre 2021, ainsi que la décision par laquelle le recteur de l'académie de Guyane a mis un terme au contrat à durée indéterminée de M. B sont annulés.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 3 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi.
Article 4 : Il est enjoint à l'administration de procéder à la réintégration de M. B à la rentrée de l'année scolaire 2024/2025 afin que celui-ci puisse effectuer une seconde année de stage.
Article 5 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au recteur de l'académie de Guyane.
Copie en sera adressée pour information à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 29 février 2024 à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Gillmann, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. GILLMANN
Le président,
Signé
O. GUISERIX La greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026